Les entrepreneurs entre le local et le global
- Par Yves-André Fauré
- et Pascal Labazée
Pages 357 à 391
Citer cet article
- FAURÉ, Yves-André
- et LABAZÉE, Pascal,
- Fauré, Yves-André.
- et al.
- Fauré, Y.-A.
- et Labazée, P.
https://doi.org/10.3917/ltm.620.0357
Citer cet article
- Fauré, Y.-A.
- et Labazée, P.
- Fauré, Yves-André.
- et al.
- FAURÉ, Yves-André
- et LABAZÉE, Pascal,
https://doi.org/10.3917/ltm.620.0357
Notes
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[1]
Un trait paradoxal du monde contemporain de l’appui aux petites entreprises vient de ce que les Etats ne sont nullement absents des dispositifs d’action, soit qu’ils en gèrent directement certains, et non des moindres, soit qu’ils soumettent peu ou prou les autres à des contraintes techniques d’organisation et de redistribution de sorte que les autorités publiques, qui disposaient d’un « pouvoir de consécration » non négligeable sur les milieux entrepreneuriaux à l’ère des Offices et banques de promotion — ceux-ci ont fait faillite dans les décennies passées —, orientent de façon significative la destination finale d’une partie non négligeable des appuis.
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[2]
Ce qui n’est pas contradictoire avec le fait que ces outils reconduisent, dans des contextes « marchands » sensés être nouveaux — alors que bien souvent la « nouveauté » se limite au turn over des concepteurs et des techniciens et, partant, à leur méconnaissance des expériences passées —, les moyens et les actions déjà mis en œuvre au détour des années 60 et 70 et qui ont connu de spectaculaires échecs (cf. par ex. Labazée 1988, Fauré 1994).
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[3]
Cf. Fauré & Labazée (2000). Le choix du Burkina Faso, pays sahélien dont les bases d’accumulation sont objectivement limitées, et de la Côte-d’Ivoire, pays forestier vivant de l’exploitation du café-cacao et ayant connu pendant les années 1960-1980 une réelle amorce d’industrialisation, a tenu aux différences dans les composantes de leurs milieux d’opérateurs et dans leurs niveaux globaux de richesse, éclairant ainsi la diversité des structures du monde des entreprises et de l’appui qui leur est destiné et favorisant l’élargissement de l’aire de validité des résultats à un ensemble régional. Les enquêtes ont porté d’une part sur 600 petits entrepreneurs pour partie aidés, pour partie non aidés — la comparaison permettant d’isoler l’efficace propre des appuis —, et d’autre part sur une vingtaine de dispositifs visant, par des moyens techniques extrêmement variés, à développer la croissance interne des établissements.
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[4]
C’est à cette ignorance qui touche jusqu’à l’existence et à l’importance, en termes de production, d’emplois et de chiffre d’affaires, des divers segments de l’activité économique privée africaine, que l’on doit par exemple l’affirmation suivante : « L’Afrique a besoin d’entrepreneurs […]. Ce sont les entrepreneurs africains qui devront créer les emplois […] et seule leur initiative permettra de garantir la production en quantité suffisante de biens et de services bon marché » (Banque mondiale 1989). La confusion est ici évidente : elle a été judicieusement relevée par Béraud et Perrault (1994) qui notent que « ne voyant pas l’entrepreneur-entreprise industrialiser, les partisans de la théorie dominante en ont conclu à son absence ». Peu convaincante est l’interprétation de type conventionnaliste qui reprend à son compte l’idée commune du déficit d’entreprises de taille intermédiaire en Afrique — dont on doit souligner qu’il est abusivement assimilé à l’absence d’affaires importantes traitées par des opérateurs africains : aux grandes entreprises gouvernées par les règles de la Cité marchande répondrait un secteur informel « reposant sur un compromis entre Cités domestique et marchande » (Favereau, 1995). Plus généralement, les omissions ou sous-estimations de la marchandisation réelle des rapports domestiques et, à l’autre bout de la chaîne, les oublis ou les euphémisations des processus concrets d’appropriation privée des ressources publiques, en passant par la faible sensibilité aux formes organisationnelles des affaires économiques africaines, sont de nature à entretenir plus qu’à combattre les illusions du culturalisme et les présupposés de la théorie standard.
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[5]
Le divorce entre les banques et les petits établissements informels, observé depuis fort longtemps, semble en effet définitif.
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[6]
Pour un panorama continental de cette diversité, cf. l’ouvrage collectif dirigé par Ellis et Fauré (1995).
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[7]
La pluriactivité fut approchée par quatre séries d’informations collectées lors des enquêtes : les activités rémunératrices menées dans l’entreprise lorsqu’elles sont substantiellement différentes de l’activité principale, les investissements du promoteur dans d’autres secteurs et lieux que l’entreprise elle-même, la reproduction de la même activité dans d’autres lieux, enfin les aides fournies par l’opérateur en vue de l’installation d’un proche.
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[8]
Si l’on excepte les entreprises publiques et les établissements à capital social étranger, la configuration spécifique des secteurs nationaux de production et d’échange tient à ce que leur forme sociale et juridique n’est pas toujours l’entreprise, que l’accumulation s’effectue par diversification et non par densification des activités, et que la comptabilité des flux réels et financiers ne suffit pas à établir le compte des exploitants, tant le poids des actifs sociaux se révèle déterminant (Labazée, 1990).
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[9]
Cf., par exemple, Labazée (1988), ce dernier constatant notamment que 70 % des entreprises burkinabè enquêtées s’étaient diversifiées, au cours des années 80, à partir d’une activité de base.
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[10]
Par exemple, Fauré (1994), Lootvoet & Oudin (1995).
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[11]
On a pu constater, par exemple, que diverses activités secondaires gérées par les opérateurs aidés étaient apparues dans les mois suivant l’attribution de prêts.
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[12]
La pluriactivité est donc alimentée simultanément par « le bas » et par « le haut » du monde des petits entrepreneurs (Labazée, 1997), les premiers optant pour des stratégies de survie qu’impliquent les revenus faibles tirés du métier principal, les seconds renvoyant aux opportunités de placement offertes par l’activité principale. Au sens strict, ces derniers mériteraient seuls d’être rangés parmi les unités réalisant une accumulation extensive.
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[13]
Bien des tentatives de diversification des activités, décrites par les promoteurs, se sont en effet soldées par des échecs faute de cette autorité sociale incontestable qui seule peut réduire le risque d’une délégation de responsabilité. Ce point mérite d’être souligné non seulement parce qu’il limite objectivement les opportunités de diversification, mais aussi parce qu’il rend improbable toute incursion maîtrisée des organismes d’aide dans l’univers de la pluriactivité. A la différence des évaluations de rentabilité faites sur un point d’activité principale, celles qui pourraient être menées sur les points annexes se heurteraient aux difficultés d’appréciation du degré d’autorité sociale du patron.
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[14]
Voir en ce sens l’étude pionnière de Cohen (1969). Ces fondements sociaux de la taille, de la structure et de l’organisation des affaires constituent aussi un obstacle à leur reproduction élargie sur le long terme et une difficulté à leur « institutionnalisation », le décès de l’opérateur remettant bien souvent en cause l’ensemble des conventions, formelles aussi bien qu’implicites, qui favorisent de telles exploitations — et par là les canaux de contrôle qu’elles scellaient. Ainsi les affaires sont-elles régulièrement placées sous la menace d’une fragmentation, voire d’une disparition.
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[15]
La construction de l’enquête visait ainsi à apparier chaque patron « aidé » avec un patron non soutenu, sur la base de caractéristiques communes : âge, sexe, taille et secteur d’activité, lieu d’exercice.
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[16]
Il n’existe guère d’organismes de soutien qui ne réalisent une sélection implicite, ou secondaire, fondée sur l’appréciation du « sérieux », de la « réputation », du « dynamisme », etc., de l’opérateur éligible selon les critères premiers. Cette opération, en elle-même légitime et inévitable, reste néanmoins périlleuse tant que la pertinence des critères n’est pas établie.
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[17]
En fait, et dans les quelques cas concernés, l’activité de destination était exercée avant la perte d’emploi.
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[18]
Il a été montré (Fauré 1992) que, contrairement à des espoirs hâtivement formés sur ces institutions financières dont l’endogénéité a paru enthousiasmer ceux qui sont à la recherche d’outils populaires pour financer l’essor des petites exploitations locales, les tontines ne participent que très exceptionnellement au financement des investissements d’entreprises, même de faibles dimensions.
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[19]
Nous renvoyons ici aux courants institutionnalistes et néo-institutionnalistes en économie et, d’une façon générale, à tous les travaux de socio-économie et de sociologie économique.
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[20]
Cf., Ebin (1991).
Avant même de se convertir au détour des années 1980 en principes universels d’action publique, la mondialisation — notion éminemment performative dont la polysémie, rappelée par certains (Boyer, 1997) et l’imprécision, relevée par d’autres, laisse un vaste champ d’actions aux pouvoirs économiques structurant le monde (Chesnais, 1994) — a reposé sur un formidable travail de mise en cohérence, d’unification et, doit-on ajouter, de domination incluant le contrôle institutionnel des représentations légitimes liées au bon fonctionnement des marchés, à la création de richesses par les nations, aux politiques publiques de croissance et de bien-être, aux structures entrepreneuriales les plus aptes à participer à l’échange. L’Afrique, comme d’autres continents en développement, a été tenue, via de multiples programmes de privatisation, de déréglementation et de libéralisation, de fournir les gages apparents d’une mise aux normes internationales de son appareil productif et financier en vue de libérer l’énergie —supposée naturelle, pour reprendre Bourdieu (2000) — de son secteur privé.
Toutefois, la relance des activités également attendue de ces prescriptions et de ces redéploiements se fait attendre et l’empilement considérable de mesures, réformes, programmes et initiatives de soutien aux entreprises et aux entrepreneurs privés, suggère toute l’improbabilité d’une transition spontanée qui mènerait de l’intervention publique et de l’économie administrée à une régulation strictement marchande (Hugon, 1994), et simultanément toute l’importance des démarches volontaires et, partant, arbitraires, visant à établir, soutenir et entretenir les marchés et les milieu…
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