Disparition de Jean Laplanche
- Par Victor Azoulay
Pages 213 à 214
Citer cet article
- AZOULAY, Victor,
- Azoulay, Victor.
- Azoulay, V.
https://doi.org/10.3917/lspf.027.0213
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- Azoulay, V.
- Azoulay, Victor.
- AZOULAY, Victor,
https://doi.org/10.3917/lspf.027.0213
1Jean Laplanche nous a quittés, à l’âge de 87 ans à l’hôpital de Beaune (Côte-d’Or), des suites d’une fibrose pulmonaire, le 6 mai 2012, jour anniversaire de la naissance de Freud. Ces circonstances, si hétérogènes qu’elles soient, reflètent les engagements de ce psychanalyste très français. Né le 21 juin 1924 à Paris et porteur d’une double ascendance vigneronne (Bourgogne et Champagne), il reçoit une formation scientifique avant de s’orienter vers la philosophie et préparer son admission à l’École normale supérieure. Doté d’une grande puissance de travail, il réussira ce concours, sans difficulté. Jean-Bertrand Pontalis s’en souvient : « J’ai connu Jean en 1941. À cette époque, le jeune Laplanche venait de finir ses études au lycée de Beaune et se lançait à la conquête de Normale Sup », confie-t-il. « Je me souviens qu’il n’avait pas étudié le grec pendant le secondaire. Il a rattrapé le niveau en à peine trois mois ! » Le lauréat y sera formé par Jean Hyppolite, Gaston Bachelard ou encore Maurice Merleau-Ponty. Pendant l’année 1946-1947, il étudie à l’université Harvard, période au cours de laquelle il rencontrera Rudolph Loewenstein. En 1950, il obtient l’agrégation de philosophie et se marie avec Nadine Guillot. Il sera Docteur d’État ès lettres et sciences humaines en 1970.
2Figure éminente de la psychanalyse française, Jean Laplanche appartenait à « la troisième génération » psychanalytique française. Ancien élève de l’École normale supérieure (ENS), agrégé de philosophie, ancien interne en psychiatrie et docteur en médecine, il s’engage dans la Résistance. Plus tard, il soutiendra un doctorat d’État de lettres et sciences humaines. Engagé un temps à l’extrême gauche, Laplanche sera un des fondateurs, avec Cornelius Castoriadis et Claude Lefort, de la revue Socialisme ou barbarie (1948). Un an plus tôt, il entreprend une cure analytique avec Jacques Lacan. Sur son conseil, il poursuit une formation médicale comme « préalable à la formation analytique » ; interne des Hôpitaux psychiatriques, il soutient sa thèse de médecine, publiée deux ans plus tard en 1961 sous l’intitulé : Hölderlin et la question du père. À l’automne 1960 a lieu le colloque de Bonneval où il présente avec Serge Leclaire le fameux rapport : L’Inconscient, une étude psychanalytique. À partir de 1962, il enseignera à la Sorbonne à l’invitation de Daniel Lagache.
3Propriétaire du château de Pommard, dont il avait hérité de son père, il fut, par ailleurs, sous le nom de Jean-Louis Laplanche, un remarquable viticulteur, de 1966 jusqu’en 2003, année où il cède son domaine.
4Une œuvre importante vient couronner son brillant parcours. Une vingtaine de volumes, publiés aux PUF, dont certains sont traduits en plusieurs langues, ont ainsi fait connaître son enseignement : Vie et mort en psychanalyse ; la Psychanalyse à l’université, Problématiques (1970) La Théorie de la séduction généralisée (1980). Les Nouveaux Fondements de la psychanalyse (1984). Toutes ces œuvres, gardant des traces d’un héritage lacanien, seront l’occasion de profondes réflexions théoriques novatrices, dont entre autres, la nécessité de rouvrir « le concept de sublimation », l’« après-coup », « la sexualité élargie au sens freudien », « la raison clinicienne sine qua non, ses cas-limites », « la quatrième génération » ; « la question de l’Œdipe » est à souligner : « le complexe d’Œdipe n’est-il pas moins universel que le complexe de castration ? Relève-t-il de la structure, d’un inconscient primordial ou du social ? »
5À partir de l’expérience freudienne, Jean Laplanche développe un certain nombre de thèses originales concernant l’existence humaine, notamment la priorité de l’autre aux origines de la sexualité. Par la perspicacité de ses interrogations et la pertinence de son questionnement, sa réflexion ouvre des horizons novateurs à certaines « vérités » freudiennes communément admises. Dans son souci passionné de bien « traduire Freud », ce lecteur du texte freudien en langue allemande, n’a-t-il pas, à sa manière, redécouvert certaines « intuitions » de la pensée du découvreur, et du même coup, pu interroger la signification de certains fondements de la psychanalyse ?
6Jean Laplanche ne transmet-il pas aux analystes d’aujourd’hui le fruit innovant d’un questionnement rigoureux ? Il aura en tout cas apporté à la communauté analytique d’importantes contributions théoriques qui feront date.