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Demolins vu par ses pairs : la correspondance de Paul de Rousiers à Robert Pinot (1886-1903)

Pages 189 à 208

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  • Savoye, A.
(2008). Demolins vu par ses pairs : la correspondance de Paul de Rousiers à Robert Pinot (1886-1903) Les Études Sociales, 147-148(1), 189-208. https://doi.org/10.3917/etsoc.147.0189.

  • Savoye, Antoine.
« Demolins vu par ses pairs : la correspondance de Paul de Rousiers à Robert Pinot (1886-1903) ». Les Études Sociales, 2008/1-2 n° 147-148, 2008. p.189-208. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-les-etudes-sociales-2008-1-page-189?lang=fr.

  • SAVOYE, Antoine,
2008. Demolins vu par ses pairs : la correspondance de Paul de Rousiers à Robert Pinot (1886-1903) Les Études Sociales, 2008/1-2 n° 147-148, p.189-208. DOI : 10.3917/etsoc.147.0189. URL : https://shs.cairn.info/revue-les-etudes-sociales-2008-1-page-189?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/etsoc.147.0189


Notes

  • [1]
    Ces lettres, au nombre de 418, dont la transcription nous a été généreusement confiée par M. Robert Pinot, petit-fils de Robert Pinot, couvrent une période allant d'avril 1886 à janvier 1903. Qu'il en soit ici chaleureusement remercié.
  • [2]
    De ce travail collectif naît, un peu plus tard, un audacieux Programme de gouvernement et d'organisation sociale d'après l'observation comparée des divers peuples (1881).
  • [3]
    De sa nouvelle revue La Science sociale (ndr).
  • [4]
    Alexis Delaire, secrétaire général des Unions de la paix sociale, qui a été le fer de lance de l'éviction de Demolins et de Tourville (ndr).
  • [5]
    Citée par P. Prieur, Henri de Tourville, Paris, Plon, 1911, p. 220-221.
  • [6]
    Camille d'Artigues et Paul de Rousiers se sont mariés le 23 mai 1879. En 1889, Paul et Camille ont déjà quatre enfants, un cinquième naîtra en 1896.
  • [7]
    Pour plus de détails, nous nous permettons de renvoyer au chapitre 7 de notre ouvrage Les débuts de la sociologie empirique, Paris, Méridiens Klincksieck, 1994, p. 203-230.
  • [8]
    Pour plus de détails, voir, dans le même numéro, N. Duval, « Eléments pour la biographie d'Edmond Demolins, promoteur du "particularisme" ».
  • [9]
    La Société internationale des études pratiques d'économie sociale (SES en abrégé) est la société savante fondée par Le Play en 1856. Elle tient des séances mensuelles sous forme d'une conférence, reposant souvent sur une enquête, suivie d'une discussion. Ces séances donnent lieu à un compte rendu dans son bulletin. Remarquons que Demolins, tout comme Tourville, n'y sont admis qu'en 1883. On peut s'interroger sur cette admission tardive.
  • [10]
    Ses enseignements ont pour intitulé, par exemple, en 1883-1884 : « Cours de méthode » (conjointement avec U. Guérin et F. d'Artigues) ; en 1885-1886 : « Cours sur les origines des trois races agricoles » (pasteurs, chasseurs, pêcheurs, ndr). Pour l'année suivante, Demolins annonce : « Cet enseignement se fait en trois années. La première année a été consacrée à l'étude des sols primitifs et des trois formes les plus simples de sociétés qui s'y développent : les pasteurs, les pêcheurs et les chasseurs. (…) le cours de cette année comprend l'étude de sociétés arrivées à un degré plus grand de complication. Ce sont celles qui tirent leurs principales ressources des exploitations agricoles, forestières et minières », La Science sociale, I-1886, p. 23.
  • [11]
    La présente étude s'est, en effet, originellement inscrite dans le cadre de la journée d'étude « Edmond Demolins (1852-1907), un intellectuel polyvalent », Paris, Maison de la recherche de Paris IV-Sorbonne, 19 décembre 2007.
  • [12]
    Maurice Firmin-Didot, l'imprimeur-éditeur, était étroitement associé aux activités de la revue La Science sociale dont il était l'éditeur et qui avait son siège dans son entreprise, 56, rue Jacob à Paris.
  • [13]
    E. Demolins à P. de Rousiers, 16 décembre 1889, Archives privées Rousiers. Aimablement communiquée par le regretté Bernard de Rousiers.
  • [14]
    Voir N. Duval dans ce même numéro.
  • [15]
    L'hypothèse d'un Tourville quelque peu machiavélique, plaçant ses disciples en concurrence, n'est pas à écarter.
  • [16]
    Voir sa publication sous le titre « Cours de méthode de la Science sociale », La Science sociale, mars 1891-août 1893
  • [17]
    Sur ces expériences, voir A. Dauprat, « « La révolution agricole : récit de notre expérience personnelle », étude publiée en feuilleton dans La Science sociale en 1900 et 1901.
  • [18]
    Lettre de R. Pinot à P. de Rousiers du 19 septembre 1891, archives privées Rousiers.
  • [19]
    Yves Guyot (1843-1928), publiciste et homme politique, ministre des Travaux publics (1889), adversaire du socialisme. Il succédera à Molinari à la tête du Journal des économistes en 1909.
  • [20]
    Manifestement, Demolins a fait figurer P. de Rousiers sur la liste des premiers adhérents à sa Ligue anti-socialiste, contre son avis formel !
  • [21]
    La conférence publique a lieu à la Société de géographie en juin 1892.
  • [22]
    E. Demolins, « L'état actuel de la science sociale, d'après les travaux des dix dernières années », La Science sociale, janvier 1893, p. 5-20.
  • [23]
    Sur cette pratique scientifique, voir Marie-Vic Ozouf-Marignier, « Le pays des leplaysiens : réalité scientifique ou catégorie d'analyse ? », Les Etudes sociales, n° 139-140, 2004, p. 7-38.
  • [24]
    Il s'agit de son « bestseller » À quoi tient la supériorité des anglo-Saxons ? (1897).
  • [25]
    L'allusion concerne, très certainement, les élèves de l'École des Roches qui ouvert ses portes en 1899. On voit, par là, la destination de cet ouvrage qui est, dans l'esprit de Demolins, une sorte de manuel d'introduction à la Science sociale pour jeunes gens.
  • [26]
    Demolins se rend en Écosse pour participer au Summer Meeting à l'invitation de Patrick Geddes.
  • [27]
    Il s'agit de L'Éducation nouvelle dans lequel Demolins détaille le plan de l'école nouvelle qu'il se propose de créer.
« On aurait voulu se représenter l'auteur d'À quoi tient la supériorité des Anglo-Saxons comme une sorte de géant septentrional, un grand corps flegmatique et un rouge visage aux yeux bleus et aux longues moustaches blondes. Pas du tout ! M. Edmond Demolins était le type du Français du Midi, courtaud, noiraud, bavard, mobile, petits yeux brillant derrière le lorgnon, barbe mal piquée, et, pour achever, une gousse d'accent de la Canebière qui ne laissait aucun doute sur son origine »
Henri Mazel, « M. Edmond Demolins » Le Mercure de France, 1er octobre 1907, p. 453.

1 Les lettres de Paul de Rousiers à Robert Pinot [1] nous font pénétrer dans l'intimité d'un groupe de chercheurs, rassemblés autour d'une revue scientifique, La Science sociale (1886), dirigée par Edmond Demolins, puis, bientôt, associés en une société savante, la Société de science sociale (1892). Elles nous livrent des informations inédites sur son fonctionnement, ses relations internes, la stratégie de ses membres. Elles recèlent aussi les appréciations de P. de Rousiers sur ses confrères et leurs travaux respectifs. C'est donc, à ces divers titres, une archive extrêmement précieuse, mais qu'il ne faut, cependant, pas surestimer. Les jugements que cette correspondance contient, n'étaient pas destinés à être rendus publics. Confidences et mouvements d'humeur exprimés à un ami intime (Pinot), ne doivent pas être pris au pied de la lettre ! Pour être évalués équitablement, ils sont à contrebalancer par les textes publics de P. de Rousiers (articles et ouvrages notamment), voire recoupés avec d'autres sources.

2 C'est particulièrement vrai concernant Demolins, régulièrement évoqué dans ces lettres et, souvent, avec sévérité. À lire ce qu'écrit P. de Rousiers sur « ce bon Edmond », on pourrait hâtivement en déduire que l'auteur de la Vie américaine n'avait qu'une piètre opinion de l'auteur de Comment la route crée le type social. Ce serait une erreur. Nous n'en voulons pour preuve que le bel et argumenté hommage que Paul de Rousiers rendra à Demolins dans La Science sociale au lendemain de sa mort, mais aussi les encouragements qu'il prodiguera à Paul Descamps, véritable continuateur de Demolins en matière de recherche des « répercussions sociales ». Quoi qu'il en soit, c'est moins les jugements sur les hommes contenus dans ses lettres sur lesquels nous devons nous attarder que sur la vision qu'elles nous offrent d'un collectif de chercheurs au travail, peu complaisant avec lui-même, toujours en quête de la voie scientifique la plus exacte.

Le triangle Paul-Edmond-Robert

3 L'auteur de ces lettres, Paul de Rousiers (1857-1934), est de cinq ans plus jeune que Demolins qu'il a connu lorsqu'il est venu faire des études de droit à Paris, peut-être à la conférence Olivaint, cercle d'étudiants catholiques où ceux-ci s'entraînent collectivement à la réflexion et à l'art oratoire sur des sujets d'actualité. Edmond Demolins (1852-1907) l'entraîne vers la science sociale, l'intègre à un groupe de jeunes gens avec qui il étudie les textes de Le Play [2]. Après cet épisode parisien, rentré chez lui, sur ses terres du Confolentais, marié (1879) et bientôt père de famille (1880), P. de Rousiers devient un collaborateur très actif de La Réforme sociale que son ami Edmond vient de fonder. Par ailleurs, il participe aux activités de l'Union de la paix sociale locale, avec rang de correspondant. Au moment de la crise que connaît l'École de Le Play, à l'automne de 1885, où les positions se durcissent entre partisans du maintien du credo leplaysien et novateurs qui veulent poursuivre l'élaboration de la science sociale, non encore achevée à leurs yeux, il se range du côté de Tourville et Demolins, encouragé par son cadet Robert Pinot. Une des rares lettres publiées de ce dernier à P. de Rousiers, datée de Pâques 1886, montre quelle fut alors l'action du jeune adepte de Tourville en direction de l'ami d'Edmond :

« Cher monsieur et ami,
Vous savez quelle affection j'ai pour Demolins ; aussi vous ne vous étonnerez pas que, suivant de très près ce qui l'intéresse, je vous demande aujourd'hui de venir à Paris pour la réunion annuelle des Unions [de la paix sociale].
(…) Aujourd'hui, Demolins a pour public, pour abonné[3], une bonne partie des abonnés de la Réforme [sociale] qui, il faut bien le dire, sont venus un peu à l'aveuglette, en croyant toujours « être dans l'œuvre ». (…) Les lecteurs resteront-ils l'an prochain ? C'est là toute la question ; mieux que moi, vous savez quelle est son importance pour Demolins. Or, dans quelques jours, ces braves gens et leurs représentants, les correspondants des Unions, vont venir à Paris (…). D. [4] dont l'honorable manière de faire vous est connue, ira de l'un à l'autre, procédera par insinuation et, à la réunion générale des correspondants, il présentera à la signature collective un petit placard qui sera une exécution en belle et bonne forme.
(…) Vous seul pouvez empêcher cela. Si vous venez, votre venue décidera M. Robert Dufresne ; Guerrin de Périgueux viendra (…) M. Touzaud d'Angoulême vous sera acquis. À vous quatre, vous menant la bande, vous pouvez tout changer.
(…) Je me suis permis de vous le dire, parce que je connais et j'apprécie votre caractère franc et droit. À la place de Demolins, je n'aurais pas hésité un seul instant à vous déclarer ce que je pense. Je vous aurais écrit : « Vous êtes mon meilleur ami ; j'ai absolument besoin de vous, venez »[5].

4 À l'époque de sa correspondance avec Pinot, Rousiers partage son temps entre la gestion de son domaine agricole situé sur la commune de Saint-Maurice-des-Lions (dont il est maire), sa vie familiale où l'éducation de ses enfants l'occupe beaucoup [6] et des travaux de science sociale qui vont l'amener, bientôt, à faire quelques grands voyages pour y effectuer des enquêtes qui feront date (États-Unis, 1890, Angleterre, 1893 et 1895, etc.) [7].

5 Quant à Robert Pinot (1862-1927), le destinataire de ces lettres, de cinq ans plus jeune que P. de Rousiers, donc rendant dix ans à Demolins, il est un des élèves les plus doués de l'École des voyages, structure d'enseignement de la science sociale selon la conception de Tourville. Convaincu de la supériorité intellectuelle de celui-ci, de l'utilité de la Nomenclature des faits sociaux pour guider les enquêtes, Pinot va en démontrer toute la valeur lors d'une recherche qui sera souvent donnée en exemple. C'est sa fameuse monographie du Jura bernois, datant de l'été 1885, pour l'enquête de terrain, et des années 1887-1889 pour sa publication en feuilleton dans La Science sociale. À la suite de ce travail, Pinot est chargé d'un des deux cours de science sociale organisés sous la houlette de Tourville. D'élève, il devient professeur : parallèlement à Demolins, il assure le cours d'exposition de la méthode. Il réside alors à Paris dont il s'éloigne peu. La science sociale ne nourrissant pas son homme, la correspondance le montre, durant cette période, à la recherche d'une situation professionnelle stable. Il est tour à tour assistant parlementaire, journaliste au Gaulois, secrétaire à l'École libre des sciences politiques, grâce à l'appui de Boutmy, enfin, directeur au Musée social que vient de fonder le comte de Chambrun. Il terminera, comme on sait, à un haut poste d'influence, celui de secrétaire général du Comité des forges et de l'Union des industries minières et métallurgiques.

6 Concernant Demolins, objet de nombreuses assertions de P. de Rousiers dans ses lettres, sur lesquelles nous avons focalisé notre étude, un bref retour sur sa carrière est nécessaire pour en comprendre le sens. Au moment où la correspondance débute, cette carrière, à la différence de Rousiers et Pinot, est déjà bien fournie [8]. En une douzaine d'années, de 1874 à 1886, Demolins s'est forgé une solide compétence de chercheur et de publiciste en science sociale, pour l'essentiel dans le cadre des organisations fondées ou patronnées par Le Play : la SIEPES [9] aux séances desquelles il participe à partir de 1874, l'Union de la paix sociale de Paris où il a rang de correspondant, l'École des voyages où il suit l'enseignement de Focillon, puis devient, à son tour, professeur. Mais aussi à la conférence Olivaint, évoquée plus haut, dont il est conférencier (1875) et vice-président (1875-77) ou encore au journal l'Univers auquel il collabore. Cette compétence se traduit par divers travaux et publications. Demolins débute par une recherche historique sur le mouvement des libertés communales au Moyen Âge (1875), puis se fait enquêteur en étudiant la situation d'un chiffonnier parisien dans le cadre du concours de monographies de la SIEPES (1879), et celle des populations des marais de la Sèvre Niortaise (1883). Par ailleurs, il concourt à la doctrine sociale qui s'élabore au sein des Unions de la paix sociale, alimentant la réflexion sur la centralisation administrative par une étude sur Colbert (Annuaire de l'économie sociale, 1877-78). Il va même jusqu'à proposer, avec d'autres, un Programme de gouvernement et d'organisation sociale… (1881). En 1881, sa carrière prend un tournant décisif. Il constitue une société par actions qui sera l'éditrice d'un périodique que Le Play appelle de ses vœux depuis longtemps : La Réforme sociale (1881). Revue dont il est rédacteur en chef.

7 Dès lors, sa voie intellectuelle est tracée et comporte trois axes. Tout d'abord, assurer le succès de sa revue, La Réforme sociale, dont la ligne éditoriale est triple : approfondir la connaissance des sociétés, à travers des recherches de fond, de nature sociologique (enquêtes) ou historique ; rendre intelligible — la science sociale aidant — les événements d'actualité sociale ; servir de lien entre les membres de l'École de Le Play. Ensuite, enseigner la science sociale pour former de nouveaux chercheurs. Enfin, poursuivre ses propres recherches en science sociale qu'il axe vers des synthèses ou des conclusions générales. Ce dispositif dont les éléments se complètent, vole en éclats moins de cinq plus tard, à la fin de l'année 1885. La crise est provoquée par Tourville qui entend développer le dispositif d'enseignement et le rendre plus indépendant des autres structures du mouvement leplaysien. Cette perspective qui est lourde d'une remise en cause des fondements méthodologiques de la science sociale de Le Play et de ses acquis théoriques, est refusée par les autres leaders du mouvement leplaysien. Ceux-ci, pour lui faire pièce, choisissent de saborder le dispositif d'enseignement dirigé par l'abbé, c'est-à-dire l'École des voyages, et dissoudre la société éditrice de La Réforme sociale. Demolins est remercié et se retrouve sur le sable à 33 ans : plus de revue, plus d'enseignement à l'École des voyages. Va-t-il renoncer ou entamer une guérilla juridique contre ses anciens partenaires ? Non, il préfère risquer une solution plus positive à cette crise : fort de l'autorité scientifique de Tourville et avec son aide matérielle, il construit immédiatement un dispositif similaire en fondant une nouvelle revue, La Science sociale et en relançant son enseignement [10]. C'est un véritable pari car les conditions sont infiniment moins favorables : le lectorat, le collectif des auteurs et le public étudiant étant quasi entièrement à reconstruire.

8 Chronologiquement, c'est durant cette crise que débute une correspondance fournie entre P. de Rousiers et R. Pinot lesquels vont, très vite, devenir plus que des interlocuteurs scientifiques, des amis très proches s'exprimant librement sur leurs projets personnels, leur appréciation des événements et des personnes, y compris leurs collègues et amis de la Science sociale, à commencer par Demolins lui-même. Cette correspondance va nous servir à apprécier comment Demolins surmonte la crise de 1885 et adopte, peu à peu, une stratégie conquérante, tant pour la Science sociale que pour sa position personnelle. Stratégie toujours supervisée par l'abbé de Tourville et qui, cependant, ne fait pas l'unanimité parmi ses collègues, au moins aux yeux de P. de Rousiers et R. Pinot qui ont souvent la « dent dure » à l'encontre des initiatives parfois aventureuses d'Edmond le Marseillais. Les lettres de P. de Rousiers traitent, comme on a dit, de beaucoup plus que la seule personnalité et la seule activité de Demolins. C'est néanmoins sur celles-ci que nous avons choisi de concentrer notre étude, en écho aux autres contributions de la journée d'étude qui lui a été consacrée [11]. Les informations et appréciations qui concernent Demolins, peuvent se ranger en quatre thèmes où s'entrecroisent production scientifique, organisation collective et implications matérielles. D'abord, la coopération scientifique, non exempte de rivalité, entre les artisans de la Science sociale sous le magistère de l'abbé de Tourville, ensuite les difficultés à faire vivre la revue La Science sociale et son propriétaire, puis la création de la Société de science sociale, enfin, l'œuvre scientifique et personnelle de Demolins lui-même.

Coopération et rivalité scientifiques sous le magistère d'Henri de Tourville

9 La correspondance confirme l'intense coopération scientifique entre Rousiers, Pinot et Demolins (et, accessoirement, d'autres protagonistes qui apparaissent au fil des lettres comme Poinsard, Champault ou Bureau). Une coopération qui se déploie à plusieurs niveaux : en matière d'enquêtes (comme lors d'une enquête, effectuée de concert, par Rousiers et Demolins en Auvergne en 1889), en matière d'enseignement, en matière de rédaction de textes scientifiques (articles et ouvrages). Cette coopération va de pair avec des relations amicales continues (marquées par de fréquents séjours des uns chez les autres), mais qui perdra en intensité au fil des années, du moins entre Rousiers et Demolins. Deux exemples suffiront à démontrer le caractère concret de cette coopération. Le premier est tiré, non de la correspondance de P. de Rousiers, mais d'une lettre de Demolins qui nous révèle que c'est lui, Demolins, qui trouve le moyen pour que son ami Paul puisse effectuer sa première grande enquête à l'étranger, en l'occurrence aux Etats-Unis, dont il tirera La Vie américaine, base de sa notoriété. En voici les circonstances racontées dans cette lettre datée du 16 décembre 1889 :

« Mon cher Paul,
Au reçu de votre lettre de ce matin, je me suis mis la tête dans les mains et j'ai sérieusement réfléchi aux questions que vous me posiez. La collaboration à des journaux n'est pas chose très facile à trouver : vous savez que Pinot qui était entré au Gaulois n'a pu y rester ; son dernier article attend depuis huit mois. La plupart des Revues périclitent et celle des Deux Mondes est de difficile accès. Cela constaté, j'arrivai à cette conclusion qu'il fallait se tourner vers la publication de volumes et, au besoin, simultanément, vers les nombreux concours de l'Institut. Il y a peu de concurrents, les prix sont souvent assez élevés et peuvent s'obtenir avec des protections. On a ensuite tout le loisir de publier des volumes.
Ces réflexions faites, et pour passer des paroles aux actes, je me suis rendu chez Maurice[12] de suite après mon déjeuner, pour le pressentir sur la publication d'un volume sur la région circumpolaire, ou sur l'Amérique. Or admirez l'événement ! La conversation tombe d'abord sur les livres d'étrennes et Maurice me dit que, dans deux ans, il y a une grande exposition aux États-Unis, à Chicago, et qu'il conviendrait de faire pour le jour de l'an un splendide volume illustré sur Chicago, pour montrer le fonctionnement et le mécanisme d'une grande ville américaine ; en un mot quelque chose comme le Paris de Maxime Du Camp. J'ai saisi la balle au bond et je lui ai dit que personne ne ferait cela mieux que vous. L'idée lui a plu tout à fait et l'affaire a été entendue. Enfin la Maison vous enverrait faire un voyage de deux mois aux États-Unis pour recueillir les documents nécessaires. J'aime à croire que vous n'allez pas cracher sur tout cela et que votre femme saura se faire une âme d'Anglo-saxonne pour supporter ce veuvage momentané.
Vous pensez bien que je n'ai pas soufflé mot à Maurice de votre lettre ; ce qui vous laisse tous les avantages vis-à-vis de lui. Votre voyage à Paris devient donc nécessaire, et je vais demander un permis avec arrêt à Poitiers. Je vous conseille de venir avant le 15 janvier afin de battre le fer pendant qu'il est chaud.
Outre ma visite chez Maurice, je suis allé à l'Institut pour demander la liste des sujets mis aux concours, dans les différentes Académies. Ainsi il y en a trente dans la seule Académie des sciences morales et politiques. Je vous enverrai ces documents si vous le désirez, mais peut-être vaut-il mieux que nous en causions ici, puisque nous allons avoir le plaisir de vous serrer dans nos bras.
(…)
Je viens de faire un plan d'histoire universelle qui est tout simplement une œuvre de génie, laissant loin derrière elle la misérable élucubration de Bossuet. Je me réserve de vous épater à votre prochain voyage. Si M. Bernoville n'est pas à Paris, nous pouvons vous offrir une chambre modeste ; ce qui nous permettrait de nous voir plus souvent. N'ayez pas peur de nous gêner, nous n'en sommes plus là entre nous.
Mes amitiés bien affectueuses à votre chère femme.
Votre vieil et complet ami, E. Demolins
Ps : La Maison Didot consacrera plus de cent mille francs au volume sur l'Amérique ; vous pouvez juger par là des proportions de l'ouvrage. Je n'ai pas abordé la question des droits d'auteurs, par un sentiment que vous comprendrez ; il y a d'ailleurs des conditions fixes pour ces sortes d'ouvrages et vu l'importance de celui-ci, on ira plutôt au-delà qu'en deçà. Je compte d'ailleurs m'en informer[13] »

10 Second exemple, lorsque Rousiers est à la phase de rédaction de son futur ouvrage, La Question ouvrière en Angleterre (1895), il en fait lire le plan et plusieurs chapitres, non seulement à Tourville (qui le préfacera) et à Pinot, mais aussi à Demolins et à Champault. Les lettres de P. de Rousiers, mais aussi celles du fonds Tourville [14], fourmillent de notations analogues qui indiquent l'intensité de la coopération entre les chercheurs de la Science sociale, en général placée sous l'autorité de Tourville. Cette coopération n'est pas exempte de controverse, ni d'émulation, voire de rivalité. Des phénomènes de ce type percent dans plusieurs lettres. Ainsi, à propos de l'étude de la microsociété jurassienne, P. de Rousiers encourage son ami à la terminer pour qu'elle puisse servir de référence aux travaux de Science sociale, en lieu et place de la relecture d'anciennes monographies à laquelle se livre Demolins :

« Mais l'œuvre que j'attends de vous, c'est le Jura, c'est la monographie de la famille distribuée selon la nomenclature et éclairant complètement le pays où vit cette famille. Tant que nous n'aurons pas cela, nous ne pourrons guère avancer que par la publication des cours dans lesquels Demolins met sur pied les anciennes monographies du Bachkir, de Bousrah, etc. Voyez ce que Le Play, et après lui la Soc. d'E. Soc. [la Société d'économie sociale avec Delaire et Focillon, ndr] arrivent à produire de monographies sans avoir d'école, c'est-à-dire sans pépinière de travailleurs. Que n'arriverons nous pas à faire dans les circonstances infiniment plus favorables où nous sommes, le jour où on pourra présenter aux élèves non plus seulement une classification, mais une méthode pratique de recherches sociales ? » (4 février 1887.)

11 Quelques années plus tard, ce n'est plus le modèle d'enquête qui est en cause, mais la nouvelle classification sociale selon les types de famille. Contre Demolins « qui s'entête », Rousiers se rallie à Tourville, avec des réserves toutefois sur l'appellation d'un des types :

« Ci-joint les lettres de l'abbé dont j'ai fait copier les principaux passages par ma fille Anne. Elles sont bien curieuses et bien intéressantes. Je ne puis pas dire que l'expression de fausse famille-souche me convienne beaucoup ; elle ne se justifierait qu'autant que ce type ne se produirait réellement qu'au contact de la vraie famille souche, comme le dit l'abbé. Ce serait alors un type distinct, mais subordonné ; mais ce qui est capital, c'est la division en quatre groupes, substituée à celle en deux groupes à laquelle Demolins s'entêtait. À mon sens, le groupe de la fausse famille-souche ne serait même pas subordonné, et c'est pourquoi l'étiquette ne me convient pas beaucoup. Ce qui me fait dire cela surtout, c'est le monde ancien. Actuellement je ne vois guère que de fausses familles-souches ayant plus ou moins directement subi le contact des vraies, mais au début de Rome ? Peut-être, il est vrai, l'abbé classe-t-il la famille romaine dans le type des communautés réduites ? C'est une question délicate. J'avoue ma part que l'expression de communauté me choque toujours pour des gens qui ont organisé la propriété quiritaire comme vous savez. Je vois bien clairement que ce ne sont pas des gens en famille-souche vraie, à la façon dont ils établissent leurs enfants, mais la fausse n'est-elle pas leur fait ? Et le contact avec la vraie, où est-il ? Voilà ma seule objection. » (18 janvier 1893.)

12 De telles controverses ou émulations se doublent d'une rivalité en matière de leadership de l'enseignement public qui se déroule dans les locaux de la Société de géographie. C'est un temps évidemment décisif de la formation des apprentis chercheurs en Science sociale, sur lesquels on peut exercer une influence pour les rallier à sa conception, sinon à sa personne. Or, l'existence de deux cours, voulue par Tourville lui-même [15], génère de facto une telle rivalité. Parallèlement au cours de synthèse assuré par Demolins et qui traite, en 1886, des « sols transformés », plus tard « des sociétés à formation communautaire » ou de « la géographie sociale de la France », il existe un « cours de méthode » confié à Pinot [16] qui, manifestement, lui porte ombrage :

« Ce que vous me dites de vos rapports avec Demolins me fait beaucoup de peine. Tâchez de le traiter en malade, car il a une maladie terrible, celle de la méfiance, qui ne se guérit ou ne se calme (car elle ne se guérit pas) que par les bons procédés. Qu'il fasse une petite campagne contre vous et votre cours, cela est ridicule et odieux, mais au fond, cela l'atteint plus que vous, et l'important pour vous est de marcher toujours de l'avant dans la voie où vous vous êtes engagé avec succès. Quand même vous perdriez des élèves à ses petites manœuvres, cela ne serait jamais qu'un retard. Formez vous excellent professeur, le reste viendra toujours et sûrement ; au surplus comptez sur l'abbé pour moucher Demolins à l'occasion ; il le fera sans risquer de se brouiller avec lui, vous savez pourquoi, et il le fera efficacement, vous savez aussi pourquoi. Teneo lupum auribus. Et dire que ce loup est un si brave garçon quand il n'a pas ses accès de méfiance ! » (ibid.)

13 De fait, c'est l'apaisement qui est recherché en jouant sur le temps et en comptant sur l'abbé ! :

« Je suis content de voir que Demolins paraît animé de sentiments moins féroces vis-à-vis de vous. Vous prenez le bon parti en faisant comme si vous ne vous aperceviez de rien ; les crises de méfiances ne se guérissent que par des témoignages de confiance et une figure de bonne humeur. En ce qui concerne votre dissentiment sur le classement des sociétés humaines, il n'y a qu'à laisser faire le temps d'une part, et l'abbé de l'autre. Demolins, auquel j'avais touché un mot de cela dans une de mes dernières lettres, m'écrit que la fausse famille souche n'est point une imitation de la vraie avec laquelle elle ne paraît pas avoir jamais eu aucun contact. Bien entendu je ne lui ai pas dit que L'abbé avait écrit précisément tout le contraire et très formellement ; je le laisse à ses illusions, sachant bien que l'abbé l'en fera revenir quand il voudra, et que Demolins sera de son avis avec autant de conviction qu'il est maintenant de l'avis contraire. » (5 février 1893.)

Une revue qui ne nourrit pas son homme

14 La correspondance nous révèle aussi les coulisses de la revue qui fonctionne avec une sorte de comité de rédaction invisible. Tourville y joue, là encore, un rôle éminent, mais pas toujours compatible avec les impératifs de la publication, étant donné sa propension à être fréquemment en retard dans la remise de ses textes ou de l'évaluation de textes qu'on lui soumet. La correspondance souligne aussi les difficultés financières de la revue qui mettent son propriétaire, Demolins, en fâcheuse posture et le placent d'autant plus sous la coupe de Tourville que celui-ci couvre une partie des pertes.

« Tout ce que vous me dites de la Revue dans vos deux dernières lettres me fait une grande peine. Edmond ne m'a pas raconté ses difficultés ; je ne sais donc pas en quoi il met son espoir, mais je vois clairement que vous ne mettez le vôtre en rien du tout, et je trouve que c'est peu. Là-dessus nous serons évidemment d'accord, mais cette constatation n'est pas tout. En effet, à côté de l'avenir de la Revue qui est un peu notre affaire à tous, et de son présent qui est l'affaire de Demolins, il y a votre avenir à vous qui est votre affaire à vous.
Jusqu'ici cela va encore bien, n'est-ce pas ? Ayez un peu de patience et suivez moi jusqu'au bout. Le présent de la Revue, me dites-vous, n'est pas brillant. J'en suis désolé, mais c'est l'affaire personnelle de Demolins, du propriétaire, puisque ce présent n'est peu brillant qu'au point de vue financier. Car le côté financier de la Revue nous échappe absolument, et nous savions tous en la fondant que notre prose ne serait pas-de longtemps au moins-un moyen d'existence pour nous. » (2 janvier 1889.)

15 Face à ces difficultés, Demolins éprouve la tentation de se retirer et de s'installer agriculteur en Normandie, ce qui le rendrait indépendant financièrement, tout en le mettant en position de devenir un « vrai particulariste » comme Dufresne l'est à Calmont (près de Dieppe) ou Dauprat en Anjou. Ces deux actifs adeptes de la Science sociale sont, en effet, devenus des propriétaires-agriculteurs et conçoivent ce « retour à la terre » comme une expérience de science sociale, à même de démontrer la validité du « particularisme » [17]. Cette perspective qui se traduira par l'achat par Demolins de La Guichardière, propriété située à Verneuil-sur-Avre et futur embryon de l'École des Roches, consterne P. de Rousiers qui connaît et les difficultés de l'agriculture et les talents de Demolins :

« Demolins m'a écrit qu'il était sur le point de devenir propriétaire en Normandie. Je crains qu'il s'emballe. Pour moi, Nonancourt est beaucoup trop loin de Paris avec les occupations de Demolins. Sa femme lui rend un mauvais service en s'opposant à toute installation aux environs de Paris, seule chose pratique dans leur position actuelle. Enfin, ils en seront quittes pour revendre à perte dans quelques années. » (5 mai 1891.)

16 Les difficultés de la revue persistant, elles débouchent sur une crise grave à l'automne de 1891. Les protagonistes s'affairent alors pour trouver une combinaison en mesure de sauver la revue. L'idée de créer une société savante qui élargisse le lectorat de la revue et en soutienne l'activité scientifique en amont, fait son chemin. R. Pinot et P. de Rousiers imaginent un tel dispositif « pour réunir de l'argent pour des bourses de voyage et pour payer des articles » [18]. Demolins se rallie à cette idée dans laquelle il voit une issue à la crise : « Demolins voulant immédiatement passer à l'exécution, je lui ai fait le plan et les statuts possibles, sauf modification, de cette société, le modèle d'une lettre à envoyer aux abonnés, et enfin le plan détaillé de la lettre qu'il devrait écrire à l'Abbé » (Pinot, ibid.).

17 Cependant, Pinot reste réservé quant au succès d'une telle initiative étant donné les rapports complexes entre Tourville et Demolins :

« Tout cela peut réussir. Mais cela réussira-t-il ? Je vous avoue que je n'en sais rien. Ce pauvre Demolins manque de ressort. L'Abbé l'a brisé. Il le tient dans sa main. Le pauvre garçon ne sait que faire. À sa place, j'aimerais mieux que l'Abbé me lâche pécuniairement tout de suite que de me lâcher peu à peu. Aussi j'estime qu'il sera bon que vous et moi qui ne sommes pas dans la même position vis-à-vis de l'Abbé, nous lui disions carrément qu'il y a quelque chose à faire, que la revue baisse, non par notre faute comme il le pensera immédiatement, mais par manque de temps pour travailler » (ibid.).

18 Paul de Rousiers est, par contre, plus optimiste et espère que cette solution va tirer d'affaire son ami Edmond, à condition qu'il ne persiste pas dans ses projets agricoles :

« Je vous adresse les statuts, la circulaire et la lettre à l'abbé que ce bon Edmond m'a adressée il y a déjà 7 jours et sur laquelle je n'ai pu réfléchir un peu qu'hier soir. Tout cela me paraît bon, sauf une phrase ambitieuse de la circulaire sur laquelle j'ai attiré l'attention d'Edmond et que je souligne au crayon. Je n'aime pas à me présenter comme « le Monsieur qui a renouvelé les connaissances humaines ». C'est trop.
Mais voilà une critique toute de détail. Le fond du projet me paraît ce qu'il y a de mieux dans l'état actuel des choses, et si notre tentative de souscription réussissait à peu près, peut-être Edmond reprendrait-il assez courage pour s'occuper de son affaire. Dans ce moment, il ne pense qu'à tirer parti de La Guichardière, à joindre les deux bouts et à voir venir. À ce métier-là, c'est l'anéantissement qui viendra, et grand train encore ! Sans compter qu'il n'arrivera à rien avec La Guichardière. Demolins est homme à trouver un moyen d'existence dans ses facultés mentales, plutôt que dans ses sept hectares de Normandie. Chacun son métier, que diable ! Qu'il prenne l'air là-bas, que ses enfants y poussent, c'est très bien, mais c'est tout. Son avenir n'est pas là. Il faut absolument le forcer à redevenir lui-même. Dans ce moment, c'est un garçon qui s'abandonne ; nous devons à notre amitié pour lui de chercher à le sortir de là, de le rendre à sa carrière normale. Vous le connaissez : il subit très fortement l'impression du moment, et je le crois capable de faire beaucoup pour sa revue, même dans le sens affaire, le jour où il verra un moyen de réussir. » (22 septembre 1891.)

19 Et P. de Rousiers poursuit par une analyse sans concession du rôle néfaste de Tourville qui ne doit pas obérer l'action de la future société :

« Jusqu'ici l'abbé lui a bouché les avenues du succès ; il lui a cassé bras et jambes avec ses promesses vagues, son inertie voulue. Il l'a dompté en l'énervant. Demolins ne voit pas moyen de vivre avec la revue et se retourne d'un autre côté ; c'est naturel. Il faut tenter de rouvrir la voie au succès possible. L'obstacle, ce sera l'abbé, bien entendu. Je suis très décidé à lui dire très carrément tout ce qui pourra être utile de lui dire à ce sujet, mais je ne me dissimule pas qu'aucune bonne raison ne triomphera de son opiniâtreté. S'il a l'idée de tuer la revue, il la tuera et constatera d'un air calme et serein que la science n'est pas morte pour cela. Parbleu ! Elle existait avant lui, avant Le Play ! Seulement personne ne la connaissait.
Un autre danger, c'est que l'abbé n'admettra pas que Ton soit d'un avis contraire au sien quand il s'agira d'administrer les fonds de cette société. Tout l'argent qu'on pourra avoir passera à soutenir la Revue dans la personne de son Directeur, c'est-à-dire à la tuer. Toute combinaison qui n'aura pas pour effet immédiat de diminuer les charges de l'abbé ne sera pas admise par lui. Voilà ce que je crains. Demolins et l'abbé se préoccupent surtout du paiement immédiat d'une dette personnelle sans voir plus loin, sans parer à cette situation stupide d'une revue-chancre qui ronge leurs ressources, quand elle devrait en fournir. Si on veut faire une société pour combler des déficits, elle tombera de suite, c'est clair. » (Ibid.)

La Société de science sociale au secours de la revue

20 Pour Pinot et P. de Rousiers, le sauvetage de la revue passe donc par la création d'une Société sur laquelle l'appuyer. Mais il faut compter autant avec la stratégie personnelle de Tourville qu'avec la personnalité de Demolins toujours imprévisible à leurs yeux. Ainsi, sur la lancée d'un article consacré au socialisme publié en janvier 1892 et qui a eu un écho certain dans l'opinion, Demolins transforme leur idée d'une société savante (à laquelle il semblait pourtant avoir adhéré), en un tapageur projet de Ligue anti-socialiste. Pour lui donner corps, il tente de persuader des personnalités politiques de le rejoindre. Celles-ci, comme le publiciste Yves Guyot [19], se dérobent, mais le mal est fait au grand dam de Paul de Rousiers. D'autant plus que Demolins a engagé son nom dans l'entreprise sans le lui dire…

« Eh bien ! mon cher Robert, je crois que les événements n'ont pas tardé à nous donner raison pour, ou mieux contre cette fameuse ligue ? Le plus joli, c'est qu'Edmond est enchanté de la réclame qui s'est faite autour de lui, et qu'il porte 100 000 fr à son actif de ce chef. Il ira loin avec des opérations de ce genre ! Maintenant, le voici qui va devoir faire une alliance politique sans hommes politiques ! Ça c'est une autre manière de se tromper, c'est l'autre gueule du four, du moins c'est une autre gueule, car je crois que nous sommes en présence d'un four à cent gueules, comme l'hydre de Lerne d'épouvantable mémoire ! Encore quelques échecs, mon pauvre vieux ! Quant à la Science, c'est le cas de dire qu'on l'envoie su l'four !
J'ai été assez surpris de voir mon nom sur la liste[20]. En fait d'adhésion, je n'avais jamais donné que ma désapprobation la plus formelle, et c'était à coup sûr l'interpréter légèrement que d'en faire une adhésion. Sur le moment, j'ai eu une forte envie de sauter sur ma plume de Tolède et d'écrire à Edmond qu'on ne se f…tait pas du monde comme cela ; puis, réflexion faite, je me suis dit que je ne voulais pas lui faire l'affront d'un retrait public, et que par conséquent mieux valait rester tranquille ; mais il y a deux ou trois jours, répondant à une lettre qu'il m'écrivait, je lui ai dit ma surprise et l'ai prié par intérêt pour lui de ne pas agir comme cela à l'avenir, parce que cela me mettait dans une situation fausse et lui aussi ; que je ne voulais pas avoir l'air d'approuver ce que je blâmais, et que mes amis témoins de mon blâme et de ma soi-disant adhésion, perdaient forcément toute confiance en son affaire. J'aurais pu ajouter : en lui. C'est, je vous l'avoue, ce qui me fait une peine réelle dans tout cela : Edmond n'a pas le souci de sa dignité, et se déconsidère positivement par sa façon d'agir. Nous qui savons ce qu'il y a sous ses dehors marseillais, et qui sommes ses amis, nous pouvons passer par là-dessus, mais le public, qui n'a pas les mêmes raisons que nous, est sévère. Le mot de Patinot est dur, le démenti d'Yves Guyot très formel ; les jugements de l'article de l'Éclair que vous m'avez adressé indique bien la vanité de l'entreprise et la petite homélie du Temps sur l'impossibilité de s'unir en dehors du terrain républicain bien amusante. Que diable la Science Sociale va-t-elle faire dans cette galère ? » (15 mai 1892.)

21 Et P. de Rousiers de s'inquiéter des effets que risque de produire la conférence contradictoire de Demolins avec le socialiste Paul Lafargue, gendre de Karl Marx et figure intellectuelle du « socialisme scientifique » :

« Je souhaite sincèrement le succès de la conférence avec Lafargue[21], parce que là notre ami est sur un bon terrain, si toutefois il peut maintenir son attitude scientifique après l'affaire de la Ligue, mais je redoute les conséquences de ce succès pour Demolins qui voudra plus que jamais reformer la Ligue. Est-ce qu'il ne serait pas cent fois plus habile de rester le Monsieur, Directeur d'une Revue, qui s'est fait un bruyant succès oratoire et qui en profite tout naturellement, lui et sa revue ? Que la Science Sociale fasse en ce moment une campagne scientifique contre l'erreur socialiste, à merveille, j'applaudis et j'aide s'il faut, mais pourquoi est-il nécessaire pour cela de fonder des ligues mort-nées ? » (Ibid.)

22 Finalement, le projet de Ligue ou d'Alliance anti-socialiste est remisé par Demolins et c'est bien une Société de science sociale, « pour le développement de l'initiative privée et la vulgarisation de la science sociale » qui voit le jour au printemps de 1892. Elle rencontre rapidement une audience non négligeable, si l'on en juge par le nombre de ses adhérents. Sans doute permet-elle à la revue-qui garde son indépendance-d'être sauvée grâce au nouveau lectorat qu'elle lui procure.

Une œuvre scientifique contestée

23 Le dernier thème sur lequel nous éclairent les lettres de P. de Rousiers à R. Pinot, ce sont les différences pouvant exister entre auteurs de la Science sociale quant à l'acception et aux contenus de celle-ci. Derrière l'unité que suggère la collaboration à une revue scientifique commune, il existe une gamme de conception qui n'est pas sans évoquer la formule : « il y a plusieurs demeures dans la maison du Père ». Et à en juger par ses confidences à R. Pinot, cette diversité oppose notamment P. de Rousiers à Demolins.

24 Ainsi, l'article, évoqué plus haut, de Demolins sur le socialisme, entraîne de la part de P. de Rousiers le commentaire suivant :

« Comment trouvez-vous le Socialisme d'Edmond ? À mon sens, il l'a un peu trop simplifié. 1) Il aurait dû dire que toute l'Allemagne n'est pas socialiste. Dieu merci les Allemands que j'ai vus dans le Dakota et ailleurs sont d'assez jolis exemples d'initiative personnelle, et c'est un gros morceau en Allemagne, malgré tout, que cette plaine saxonne. Il le sait bien, d'ailleurs ; la France, moins socialiste, serait joliment en peine d'en montrer autant. 2) Il aurait dû aller au devant d'objections inévitables en décrivant le socialisme chez les peuples anglo-saxons ; aujourd'hui les Trade Unions anglaises se prononcent pour l'intervention de l'État dans certaines questions. Je sais bien quelles ne sont pas socialistes pour cela, du moins dans leur partie anglo-saxonne, mais encore aurait-il fallu le montrer. De même, comment avoir la prétention d'indiquer l'état du socialisme en Amérique sans parler d'Henry George, dont les théories ont groupé aujourd'hui le noyau d'un véritable parti politique ? Je regrette ces omissions qui enlèvent de l'autorité et exagèrent les résultats. Je ne sais pas non plus pourquoi il est allé chercher querelle aux Pharaons. Préville a montré précisément que le système de culture pharaonique était le seul possible dans la vallée du Nil, en raison des circonstances toutes spéciales qui s'y rencontraient ; c'est une grosse erreur d'indiquer cela comme un échec du socialisme.
Je suis un peu embarrassé pour écrire cela à ce pauvre Edmond qui est aigri et n'a pas besoin de critiques en ce moment, mais je tâcherai de lui en glisser quelques mots le plus doucement possible. Je remarque avec peine que tous les esprits sérieux et indépendants qui le lisent, sont frappés de la manière tranchante et incomplète dont il pose les questions. Il veut toujours professer dans la Revue, sans se rendre compte que des abonnés ne sont pas des élèves. » (16 janvier 1892.)

25 Cette critique argumentée n'empêche pas P. de Rousiers de reconnaître, par ailleurs, les qualités de didacticien de son ami et sa maîtrise pédagogique de la Science sociale, comme en 1893 à l'occasion de son article sur « L'état actuel de la science sociale, d'après les travaux des dix dernières années » [22] :

« Demolins a fait un bon article auquel je reprocherai seulement son titre trop général, son début et sa fin trop marseillais. Sans doute la Science Sociale est une chose très forte, mais à quoi bon le dire de cette manière quand on est de la partie ? On n'a jamais envie d'adopter des vues aussi emballées quand on lit une revue, et l'esprit critique trouve facilement à s'exercer quand il est mis en éveil par ce manque de mesure. Cela entre nous… et d'ailleurs nous savons que cela sera toujours ainsi. » (16 janvier 1893.)

26 La tendance au schématisme et le manque de rigueur qui l'accompagne sont des défauts récurrents que croit percevoir P. de Rousiers chez Demolins et qu'il dénonce de manière de plus en plus acerbe au fil du temps. L'enjeu n'est pas la réputation de son ami, ni même de sa revue, mais de la Science sociale toute entière qui se trouve compromise, aux yeux du public savant, par des enquêtes hasardeuses, des conclusions hâtives. Ainsi, concernant les enquêtes collectives [23] dont Demolins est un fervent partisan depuis l'époque de la Réforme sociale, P. de Rousiers estime qu'elles risquent de ne produire que des résultats médiocres en raison de l'impréparation des enquêteurs sollicités et du programme de recherche qui ampute la Nomenclature des faits sociaux :

« Demolins m'a écrit l'autre jour qu'il allait faire un essai d'étude sociale de la France avec les abonnés et collaborateurs de la Revue, que nous nous partagerions ce travail, que vous aviez demandé le Nord, qu'il m'envoyait le plateau central, etc.
J'ai été un peu surpris, je lui ai répondu que je ne croyais pas beaucoup au succès de cette affaire telle qu'il l'entreprenait. En effet il parlait de faire déterminer d'abord les conditions du Lieu et du Travail. Je lui ai fait observer que ce serait de la statistique, que le Lieu et le Travail n'étaient intéressants que par leurs liens avec le reste, et que le reste ne pouvait pas être vu par des gens pas au courant ; que la seule marche à suivre était de s'attacher à former complètement quelques élèves, non à frapper partiellement un grand nombre, etc., toutes chose qu'il sait aussi bien que moi, mais que son impatience des résultats lui cache.
Je lui trouve malgré tout meilleure allure que l'an dernier. Au moins il travaille, il a l'air vivant. Et avec vous, comment cela marche-t-il ? » (11 mars 1893.)

27 Rousiers a la même réserve vis-à-vis des grandes synthèses qu'affectionne Demolins et que celui-ci range sous l'appellation de « géographie sociale » :

«  Pour la Géographie Sociale, je l'ai félicité de ne pas la continuer a son cours, et lui ai dit que le public attendait maintenant autre chose de lui, puis je lui ai rappelé que nous l'avions tous dissuadé de cette entreprise telle qu'il la faisait. Je crois que je ne lui aurai pas fait plaisir, mais si cela l'empêchait de publier un volume là-dessus, j'estimerais que cela vaut bien un peu de mauvaise humeur. Au fond, il doit certainement — et il a raison — chercher à exploiter le succès de son ouvrage[24] mais n'ayant produit et n'ayant de prêt que ces divagations sur des généralités géographico-sociales, il est tenté de les servir au public — et cela c'est une erreur. » (12 décembre 1897.)

28 En fait, l'intervention de P. de Rousiers n'empêche nullement Demolins de publier Les Français d'aujourd'hui. Les types sociaux du Midi et du Centre (1898), puis de récidiver avec un ouvrage du même genre, Comment la route crée le type social (sd), provoquant, à nouveau, les doléances de son ami Paul à son ami Robert :

« Demolins me dit qu'il va publier sans retard deux volumes avec ce titre : "Comment la route crée le type social", et que ce sera là le manuel tant désiré des élèves[25] ! Je ne souhaite pas, je l'avoue, qu'il mette ce projet grandiose à exécution ! Et je n'ai pas besoin de vous dire pourquoi. Il n'est pas utile de refaire à grands traits un Discours sur l'Histoire Universelle pour donner aux gens désireux de travailler une méthode de fantaisie. Tout cela me fait de la peine, bien que ce ne soit pas nouveau, et j'ai un peu honte pour la Science Sociale de la voir galvauder ainsi. » (Janvier 1901.)

29 Si les « généralités géographico-sociales » de Demolins ne trouvent pas grâce aux yeux de P. de Rousiers, engagé lui-même dans une pratique de la science sociale fort différente où les enquêtes de terrain, approfondies et documentées, sont la pierre angulaire de ses analyses, par contre, l'éducation lui semble un terrain que Demolins explore avec beaucoup plus de sûreté. Il est vrai que c'est un domaine où ses travaux se fondent sur une connaissance directe de la réalité étudiée, notamment à travers ses nombreux séjours en Grande-Bretagne où Demolins se rend, en effet, quatre années de suite (1892, 1893, 1894, 1895) [26]. Et c'est à cette occasion qu'il visite la new school d'Abbotsholme fondée par Reddie, puis celle de Bedales où il décide de scolariser son fils, Jules. De là son intérêt pour les questions d'éducation qui le conduit, en quelques années, à fonder une école secondaire originale, sous forme d'un internat de garçons situé dans la campagne normande : l'Ecole des Roches.

30 Cette orientation des recherches de Demolins obtient, cette fois, l'assentiment de son « censeur » du Confolentais :

«  Demolins m'avait écrit l'autre jour que l'abbé était tout à fait avec lui pour son école ; je vois par ce que vous me dites qu'il y a des réserves à faire. En somme, le livre[27] est très bon, sauf les petites manifestations de goût marseillais : le programme est très heureux et l'auteur connaît bien son sujet – c'est la première fois depuis les deux derniers bouquins. Il est donc naturel et légitime qu'il poursuive la réalisation de son idée. Pour moi, il réussira dans la mesure de ce que vaudra son personnel, ce qui peut aller du succès partiel et modeste à l'œuvre de réforme de l'éducation, mais je suis persuadé aujourd'hui qu'il réussira, et je l'approuve d'avoir entrepris la chose. Il est profondément convaincu ; il est au courant par le fait qu'il a suivi de près l'éducation de son fils à Bedales, et c'est bien plus dans sa tournure d'esprit de faire une œuvre de ce genre que de s'atteler à une observation scientifique patiente. Je me demandais dans quoi il tomberait avec ses livres à succès et sans base sérieuse ; il s'est perdu dans le public savant, mais il a gagné l'oreille du gros public, et il pourra utilement lui raconter comment il poursuit son expérience sur l'éducation nouvelle. Cela doit être sa voie. Bien entendu il nous agacera souvent pas ses exagérations, c'est une question de tempérament, mais il pourra néanmoins rendre réellement des services. » (8 novembre 1898.)

31 P. de Rousiers est à ce point convaincu de l'intérêt de l'entreprise éducative de Demolins qu'il est prêt à la défendre, en personne, face à ses détracteurs :

« Il y a à Limoges un collège ecclésiastique, dénommé St-Martial, dont le Supérieur a entrepris une série de conférences devant des pères de famille pour tomber les idées de Demolins. François de La Borderie se trouve y avoir assisté il y a trois ou quatre jours ; d'après ce qu'il me dit, l'homme serait sérieux, aurait voyagé dans divers pays pour s'enquérir des moyens d'éducation, mais ne comprendrait pas exactement – je m'en doute – les conclusions de la Science Sociale sur l'Éducation. Il donnera une de ses conférences le 10 janvier ; j'irai probablement avec les La Borderie, et je verrai s'il admet qu'on lui demande quelques explications. Il paraît qu'on parle beaucoup à Limoges de l'École Nouvelle et des idées que le livre de Demolins met sur le tapis. Il serait intéressant de voir ce mouvement, surtout de profiter d'une occasion pour mettre les choses sous leur vrai jour. » (31 décembre 1898.)

32 In fine, on semble donc assister, sur le terrain de l'éducation, à un rapprochement entre les deux amis de vingt-cinq ans qui se concrétise, dans l'immédiat, par l'entrée du jeune Pierre de Rousiers à l'École des Roches, tandis que son père acceptera d'en présider la destinée après la mort de Demolins.

33 Ces retrouvailles ne doivent pas, cependant, gommer les désaccords que nous avons pointés et qui émaillent la correspondance de P. de Rousiers à R. Pinot. Car ces désaccords renvoient, au-delà d'un conflit de personnalités, voire d'une rivalité de pouvoir, à deux conceptions de la Science sociale. Et ce n'est pas un des moindres intérêts de cette correspondance que de nous permettre de les identifier nettement. L'une, celle de Demolins, est tournée vers la synthèse, vers des explications générales qui embrasse une multitude de faits et de situations sociales agrégés par le raisonnement. C'est la même tournure d'esprit intellectuel que celle que l'on trouve incarné par son contemporain Élysée Reclus. L'autre, celle de P. de Rousiers, s'attache à élucider des réalités plus circonscrites, plus spécialisées (les ports, le syndicalisme britannique) qu'il s'agit d'analyser minutieusement avant d'en montrer les rouages et les articulations avec le système social environnant, proche ou lointain. Cette deuxième orientation implique des enquêtes, un travail de terrain préalable et approfondi, sans lequel l'explication risque d'être insuffisamment étayée et fumeuse.

34 Cette opposition entre deux registres de scientificité, issus du même tronc, la Science sociale tourvilienne, ne sera pas résolue du vivant de Demolins. Jusqu'en 1907, les deux registres continuent de cohabiter au sein de la Science sociale, bien que l'un semble prendre le pas sur l'autre, en particulier lorsque P. de Rousiers prend la présidence de la Société internationale de science sociale constituée après la mort de Tourville (1903). Mais c'est là une évolution que la correspondance à R. Pinot ne nous permet pas d'expliquer. L'apport de celle-ci s'arrête, en effet, en 1903. Pour une raison simple : à partir de cette date, Paul de Rousiers, devenu secrétaire général du Comité central des armateurs de France, réside à Paris. Il a moins besoin d'écrire à son ami qu'il peut voir fréquemment. D'autres fonds d'archives privées, espérons le, prendront le relais. Sans doute, ne révolutionneront-ils pas l'histoire de la Science sociale, mais ils permettront de la préciser, de l'affiner afin qu'elle apparaisse dans toute sa complexité et avec tous ses enjeux qui, d'une certaine manière, sont encore les nôtres.

Journée d'étude « Edmond Demolins », 19 décembre 2007. De gauche à droit : F. Audren, Em. de Sartiges. D. Denis (cliché N. Duval ©).

Description de l'image par IA : Arbre généalogique détaillant les descendants de Jean LEBAUDY et Jean-Baptiste DEMOLINS avec dates de naissance, décès et nombre d'enfants.

Journée d'étude « Edmond Demolins », 19 décembre 2007. De gauche à droit : F. Audren, Em. de Sartiges. D. Denis (cliché N. Duval ©).


Date de mise en ligne : 27/02/2015

https://doi.org/10.3917/etsoc.147.0189