Mieux prendre en considération l’enfance maltraitée
- Par Dominique Youf
Pages 4 à 5
Citer cet article
- YOUF, Dominique,
- Youf, Dominique.
- Youf, D.
https://doi.org/10.3917/lcd.066.0004
Citer cet article
- Youf, D.
- Youf, Dominique.
- YOUF, Dominique,
https://doi.org/10.3917/lcd.066.0004
1Les professionnels de la Protection judiciaire de la jeunesse sont spécialisés dans la prise en charge des adolescents en conflit avec la loi. Cela ne signifie pas qu’ils négligent l’histoire de ces jeunes. Ils savent, en effet, que leurs difficultés trouvent souvent leur source dans leur enfance, voire leur petite enfance. Cependant, ils s’en tiennent généralement au discours tenu par les parents et les autres travailleurs sociaux ayant suivi le jeune auparavant. La connaissance du développement du bébé et du petit enfant ne prend pas une part suffisamment importante dans la formation des éducateurs de la pjj. Pourtant, cette connaissance s’avère nécessaire pour au moins deux raisons. D’abord, si la Protection judiciaire de la jeunesse est spécialisée dans la prise en charge de l’adolescence délinquante, elle n’est pas déchargée de la protection de l’enfance puisqu’elle est compétente en matière d’investigation judiciaire. Par ailleurs, un comportement déviant peut être le symptôme de traumatismes subis durant la petite enfance.
2Cette méconnaissance de la petite enfance et de son éventuelle maltraitance ne se limite pas aux professionnels de la pjj. En France, on a longtemps priorisé les droits parentaux sur les besoins fondamentaux des enfants. Les politiques de protection de l’enfance avaient pour objectif central le retour de l’enfant dans sa famille. Progressivement, de grands esprits comme Françoise Dolto ont affirmé que l’enfant était une personne ; la Convention internationale de 1989 a proclamé que l’enfant avait des droits. Les recherches nous confirment qu’au-delà des besoins physiques, le bébé a besoin de sécurité, de pouvoir s’attacher à une personne répondant à ses besoins physiques et affectifs. Si le bébé ne parle pas, il éprouve des souffrances psychiques et subit des traumatismes qui s’expriment par des symptômes. Lorsque ces souffrances n’ont pas été traitées pendant l’enfance, elles réapparaissent à l’adolescence et à l’âge adulte sous forme d’addictions, de troubles du comportement, de délinquance ou d’autodestruction.
Développer la formation pour prévenir et traiter la maltraitance de l’enfant
3Le bébé et le petit enfant sont des êtres profondément vulnérables. Ils sont à la merci du pouvoir quasi absolu de leurs parents. Le plus souvent, ceux-ci répondent de façon positive à leurs besoins fondamentaux, leur apportant la sécurité affective leur permettant de se développer harmonieusement. Cependant, de trop nombreux enfants sont victimes de mauvais traitements physiques et/ou psychologiques. La seule façon de mieux les protéger et de prévenir leurs troubles ultérieurs est de renforcer les compétences des professionnels de la petite enfance. Médecins libéraux, professionnels de la protection maternelle et infantile et de la protection de l’enfance doivent être mieux formés à la séméiologie de la maltraitance. Dans ce combat pour la protection de la petite enfance, la Protection judiciaire de la jeunesse et le secteur associatif habilité ont un rôle important à jouer.