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Elections législatives : la transition avortée

Pages 39 à 50

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  • Salgon, J.-M.
(2008). Elections législatives : la transition avortée. Les Cahiers de l'Orient, 90(2), 39-50. https://doi.org/10.3917/lcdlo.090.0039.

  • Salgon, Jean-Michel.
« Elections législatives : la transition avortée ». Les Cahiers de l'Orient, 2008/2 N° 90, 2008. p.39-50. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-les-cahiers-de-l-orient-2008-2-page-39?lang=fr.

  • SALGON, Jean-Michel,
2008. Elections législatives : la transition avortée. Les Cahiers de l'Orient, 2008/2 N° 90, p.39-50. DOI : 10.3917/lcdlo.090.0039. URL : https://shs.cairn.info/revue-les-cahiers-de-l-orient-2008-2-page-39?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/lcdlo.090.0039


Notes

  • [1]
    Aujourd’hui le Maroc, le 11 septembre 2007.
  • [2]
    Al Badil Al Hadari a présenté un total de 106 candidats répartis sur 35 listes, dont trois comprenant huit candidats en lice dans la région du grand Casablanca.
  • [3]
    Mustapha Ramid (Casablanca – Idrissia), Mohamed Karbal (Casablanca – Bouchentouf), Al Moqri Abou Zaid (Casablanca – Sadri Raja) et Rachid Lamdaouer (Casablanca Bab Jedid).
  • [4]
    Dès les élections de 1997, le parti a obtenu un siège à Agadir.
  • [5]
    Récemment Fouad Ali Al Himma, désormais député à la Chambre des représentants, a violemment attaqué le PJD et ses dirigeants, dans un entretien télévisé, en manifestant son refus de collaborer avec ce parti dans le cadre d’une coalition gouvernementale : « Si, le PJD est dans le gouvernement, je basculerai dans l’opposition. Si le parti de el Othmani est dans l’opposition, je soutiendrai le gouvernement. » (le 11.09.2007).

1« Ne donnez pas vos voix aux vendus et aux voleurs ! » scandent des militants en distribuant des tracts dans un quartier populaire de Casablanca. Un cortège d’une cinquantaine de militants islamistes du Parti de la Justice et du Développement défile sous l’œil indifférent de la population. Accompagnés de sympathisants d’un petit parti, les Forces Citoyennes, avec qui le PJD a scellé une alliance électorale, ils tentent d’entamer un dialogue avec des habitants. La campagne est terne. Les affiches électorales sur les murs de la capitale économique du Maroc sont rares et les distributions de tracts des formations en compétition ne suscitent que peu de commentaires. Les mêmes scènes se répètent dans la ville. Des mouvements ont appelé au boycott comme la très influente organisation islamiste non autorisée mais tolérée du cheikh Abdessalam Yassine, Justice et Spiritualité, comme des mouvements de gauche. Quelques jours plus tard, le verdict des urnes est sans appel, les électeurs notamment dans les grandes villes du royaume ont boudé le scrutin.

2Le parti nationaliste Istiqlal, le plus vieux parti marocain, a remporté les élections législatives marocaines organisées le 7 septembre 2007, avec cinquante deux sièges, devançant le PJD qui avait été présenté par de nombreux observateurs et par la plupart des acteurs politiques, comme favori du scrutin. Toutefois, le parti islamiste est le premier parti du pays en nombre de voix 503 396 contre 494 256 obtenues par l’Istiqlal.

3Les enquêtes d’opinion menées avant la consultation avait minoré l’ampleur de l’abstention (63 % des inscrits ne se sont pas déplacés le jour du scrutin) et quelque peu surestimé la mobilisation en faveur du PJD. Un sondage financé et réalisé par une ONG américaine avait estimé à 47 % les suffrages devant se porter sur le parti islamiste. Des observateurs ont annoncé et disséqué, durant les mois précédents la tenue des élections, une probable et imminente transition politique marquée par l’arrivée au gouvernement de ministres islamistes portés par une victoire incontestable. Ces analyses ont été reprises par la presse marocaine.

4Dans ces conditions, au terme du processus électoral, la faible progression en sièges, 46 au lieu de 42, du parti islamiste a été analysée comme un échec.

5Faut-il considérer comme certains commentateurs, au regard des résultats des élections, que « l’islamisme, lui-même, a atteint son pic au Maroc » et qu’il « est, désormais, sur une pente descendante. » [1] ? Plus généralement quels enseignements doit-on tirer de cette consultation électorale ? Il faut au préalable revenir sur les dispositions en vigueur. Le mode de scrutin adopté, la proportionnelle au plus fort reste, pour cette élection à la Chambre des représentants favorise la prolifération des organisations politiques dont certaines ne disposent à l’évidence que d’un faible nombre d’adhérents. Par ailleurs, il ne permet pas la domination d’une seule formation politique, sauf dans des circonstances exceptionnelles. Cette technique électorale encourage la confection d’alliance, les compromis politiques. 34 partis ont participé au scrutin. Pour la première fois deux formations islamistes nouvellement créées, Al Badil al Hadari (Alternative Civilisationnelle) et le Parti de la Renaissance et de la Vertu, présentaient des listes pouvant concurrencer le Parti de la Justice et du Développement. L’électeur était appelé à manifester ses choix politiques en deux temps, pour une liste locale (95 circonscriptions au total) puis pour une liste nationale composée uniquement de femmes. Lors du dernier scrutin en 2002, le PJD avait décidé, en liaison avec le palais, de réduire sa participation au scrutin en ne présentant pas de candidats dans la moitié des circonscriptions. La direction du parti a décidé cette fois de se positionner sur la totalité du territoire marocain.

6Aucune fraude massive n’a été signalée, selon les nombreux observateurs présents. Les opérations électorales se sont effectuées dans d’excellentes conditions, des contestations étant relevées cependant dans certaines circonscriptions notamment dans la ville de Nador.

7Premier enseignement (voir tableaux pages suivantes) : les résultats du scrutin ont surtout démontré les limites d’un jeu politique fondé sur des règles et des codes très stricts que les citoyens rejettent ou dédaignent en refusant de se rendre aux urnes. Le taux d’abstention très élevé, notamment dans les quartiers déshérités révèle certes les carences des principaux acteurs politiques incapables de mobiliser les citoyens, mais aussi que l’électeur estime qu’aucun changement profond ne peut être espéré à la suite d’élections de ce type. Le Parlement est considéré par de nombreux marocains comme une simple chambre d’enregistrement, composée de politiciens véreux peu soucieux du bien public, divisée en de multiples chapelles politiques présentant des programmes pratiquement identiques.

TABLEAU 1

Répartition des sièges et des suffrages par parti (listes locales)

Description de l'image par IA : Tableau des sièges et voix par parti politique.
1. Parti de l’Istiqlal 46 sièges et 494 256 voix 10,70 % 2. Parti de la Justice et du développement 40 sièges et 503 396 voix 10,90 % 3. Mouvement Populaire 36 sièges et 426 849 voix 9,30 % 4. Rassemblement National des Indépendants 34 sièges et 447 244 voix 9,70 % 5. Union Socialiste des Forces Populaires 33 sièges et 408 945 voix 8,90 % 6. Union Constitutionnelle 27 sièges et 335 116 voix 7,30 % 7. Parti du Progrès et du Socialisme 14 sièges et 248 103 voix 5,40 % 8. Front des Forces Démocratiques 9 sièges et 207 982 voix 4,50 % 9. Mouvement Démocratique et Social 9 sièges et 168 960 voix 3,70 % 10. Union Parti National Démocratique - Al Ahd 8 sièges et 139 688 voix 3 % 11. Parti travailliste 5 sièges et 140 224 voix 3 % 12. Parti Environnement et Développement 5 sièges et 131 524 voix 2,90 % 13. Union PADS-CNI-PSU (1) 5 sièges et 98 202 voix 2,10 % 14. Parti du Renouveau et de l’Equité 4 sièges et 83 516 voix 1,80 % 15. Al Ahd 3 sièges et 57 952 voix 1,30 % 16. Parti National Démocratique 3 sièges et 56 176 voix 1,20 % 17. Union Marocaine pour la Démocratie 2 sièges et 76 795 voix 1,70 % 18. Parti Socialiste 2 sièges et 67 786 voix 1,50 % 19. Initiative Citoyenneté et Développement 1 siège et 50 278 voix 1,10 % 20. Parti de la Renaissance et de la Vertu 1 siège et 36 781 voix 0,80 % 21. Alliance des Libertés 1 siège et 34 801 voix 0,80 % 22. Forces Citoyennes 1 siège et 31 207 voix 0,70 % 23. Congrès National Ittihadi 1 siège et 25 695 voix 0,60 %. 24. Sans appartenance politique 5 sièges et 81 364 voix 1,80 % Autres listes (12) 0 siège et 6,3 % des suffrages exprimés.

Répartition des sièges et des suffrages par parti (listes locales)

TABLEAU 2

Répartition des sièges et des suffrages par parti (liste nationale)

Description de l'image par IA : Tableau des sièges et voix par parti politique avec pourcentages.
1. Parti de la Justice et du Développement 6 sièges et 545 636 voix 13,40 % 2. Parti de l’Istiqlal 6 sièges et 480 561 voix 11,80 % 3. Rassemblement National des Indépendants 5 sièges et 429 053 voix 10,50 % 4. Mouvement Populaire 5 sièges et 410 197 voix 10 % 5. Union Socialiste des Forces Populaires 5 sièges et 389 471 voix 9,50 % 6. Parti du Progrès et du Socialisme 3 sièges et 253 929 voix 6,20 % 7. Union Parti National Démocratique – Al Ahd 0 siège et 217 827 voix 5,30 % 8. Front des Forces Démocratiques 0 siège et 200 846 voix 4,90 % 9. Mouvement Démocratique et Social 0 siège et 163 799 voix 4 % 10. Parti Travailliste 0 siège et 139 907 voix 3,40 % Autres listes (15) 0 siège et 855 268 voix 20,10 %

Répartition des sièges et des suffrages par parti (liste nationale)

8Aucune formation politique n’a véritablement suscité un mouvement d’adhésion franc et incontestable. En effet, les deux formations arrivées en tête du scrutin n’ont obtenu qu’un pourcentage de suffrages très faible, à peine plus de 10 %, comparativement aux scores obtenus traditionnellement par des formations politiques dans des élections générales notamment dans le monde arabe. Cette dissémination des votes, 23 partis seront représentés à la Chambre des représentants, constitue un phénomène exceptionnel et reflète à l’évidence un certain désarroi. Le rapport de forces entre les différentes formations n’a que peu évolué. Les partis de la majorité gouvernementale sortante (Union Socialiste des Forces Populaires, Istiqlal, Parti du Progrès et du Socialisme, Rassemblement National des Indépendants et Mouvement Populaire) recueillent une majorité de sièges (186 sur les 325 de l’assemblée) et peuvent considérer que la politique menée durant la législature n’a pas été clairement sanctionnée par les Marocains.

9Toutefois, il convient de noter que la situation est plus complexe puisque certains partis de la coalition progressent, comme l’Istiqlal et le PPS, d’autres perdent de l’influence. Le recul des socialistes de l’USFP qui perdent 12 sièges est avec le relatif échec du PJD le principal enseignement du scrutin. Deux ministres (Mohamed Achaâri et Nezha Chekrouni) et le chef du groupe parlementaire (Driss Lahgar) ont perdu leurs sièges.

10Des nouvelles formations, comme le Parti Travailliste (5 sièges), siègeront à la chambre. La participation de deux partis, récemment agréés, classés dans la mouvance islamiste à cette échéance électorale, s’est soldée par un échec. Le Parti de la Renaissance et de la Vertu a obtenu un siège dans la circonscription de Casablanca Anfa mais n’a réalisé que 0,80 % des suffrages exprimés. Le parti Al badil al hadari (Alternative civilisationnelle), dirigé par Mustapha Moâtassim, s’est avéré incapable de capter une partie significative de l’électorat en captant seulement 15 600 suffrages soit 0,30 % des suffrages exprimés [2]. Dans un tel système, le mode de scrutin à la proportionnelle est la règle y compris pour les élections municipales, les partis islamistes qui optent pour une participation au jeu politique ne peuvent se contenter de simples déclarations sur le pluralisme politique et ses bienfaits mais doivent pour pouvoir consolider leurs positions tisser des contacts, voire des alliances avec des formations professant d’autres options idéologiques. La survie de ces deux formations n’est pas à ce jour assurée, faute de compromis.

11Le découpage électoral, adopté en février 2007 pour les élections législatives, a favorisé le poids du monde rural et a modifié les contours des circonscriptions dans les grandes villes notamment à Casablanca. Il a semble t-il contribué au succès relatif de l’Istiqlal et du Mouvement populaire qui bénéficient de relais locaux très efficaces dans toutes les régions du Maroc. Le découpage avait du reste été très largement critiqué par la direction du PJD au moment de son adoption.

Implantation géographique du PJD

12Il ressort clairement d’une analyse des résultats du scrutin que les listes présentées par le parti islamiste totalisent d’excellents scores en milieu urbain et plus particulièrement dans le nord du pays (Casablanca, Fès, Rabat, Salé…). En prenant comme base la région, le Maroc est composé de seize régions, il apparaît que le PJD obtient la moitié de ses sièges dans trois régions septentrionales fortement peu peuplées et économiquement très développées (Grand Casablanca, Tanger-Tétouan et Rabat-Salé-Zemmour-Zaer).

Tableau 3

Grand Casablanca (8 circonscriptions au total). 1 910 185 inscrits taux de participation régional : 27 %

Description de l'image par IA : Tableau de résultats électoraux avec suffrages obtenus, pourcentage de voix et sièges obtenus pour différents partis politiques.
Parti Suffrages obtenus Voix % Sièges obtenus PJD 72 980 19,8 7 Istiqlal 47 272 12,8 5 RNI 46 341 12,6 5 UC 32 666 8,9 5 MP 38 028 10,3 4 USFP 25 929 7 2 FFD 18 235 4,9 PRV 9 550 2,6 1 PPS 12 340 3,3 0 Autres listes (23) 65 832 17,8 0

Grand Casablanca (8 circonscriptions au total). 1 910 185 inscrits taux de participation régional : 27 %

13Casablanca a été et demeure un fief du PJD qui arrive en tête dans six des huit circonscriptions. Dès les élections législatives du 14 novembre 1997, les candidats islamistes, alors affiliés au MPDC (Mouvement Populaire Démocratique Constitutionnel) qui se sont présentés dans la capitale économique, ont obtenus d’excellents résultats. Sur les neuf sièges obtenus par le parti à la Chambre des représentants lors des élections de 1997, quatre ont été gagnés à Casablanca avec des scores souvent élevés [3]. Si les résultats obtenus en 2007 confirme la position dominante du PJD, une lente érosion est toutefois perceptible ; le taux d’abstention ne cesse de s’accroître et le parti peine à susciter l’adhésion notamment dans les quartiers populaires. Pour les dirigeants locaux et les militants du parti les résultats ont été décevants. Si, par exemple le PJD distance largement ses adversaires politiques dans la circonscription de Al Fida Mers Sultan avec plus de 25 % des voix, le très faible niveau de participation 20 % et le niveau particulièrement élevé des bulletins nuls 32 % témoignent d’un désaveu. L’organisation a, depuis les élections municipales de 2003, modifié sa stratégie au niveau local en intégrant la coalition municipale et en soutenant l’action du maire Mohamed Sajid, cadre du parti Union Constitutionnelle. Le parti, n’a pas été pénalisé mais n’a pas tiré bénéfice de cette nouvelle politique.

14À Rabat, autre fief du PJD, le taux de participation est plus élevé et le parti progresse en obtenant un siège supplémentaire (3 contre 2 en 2002). Le parti socialiste USFP qui avait fait jeu égal avec le mouvement islamiste lors du précédent scrutin est sanctionné par les électeurs :

Tableau 4

Rabat (deux circonscriptions au total sept sièges). 352 132 inscrits taux de participation 36 %

Description de l'image par IA : Tableau de résultats électoraux pour Rabat avec taux de participation et sièges obtenus par parti.
Parti Voix Sièges obtenus PJD 24 770 25,9 3 MP 17 322 18,1 2 USFP 9 378 9,8 1 PPS 8 699 9,1 1 PI 5 578 5,8 0 Autres listes (19) 30 056 31,3 0

Rabat (deux circonscriptions au total sept sièges). 352 132 inscrits taux de participation 36 %

15Le parti obtient son meilleur score, plus de 36 % des suffrages exprimés, dans la circonscription de Larache, ville côtière proche de Tétouan. Si le Parti de la Justice et du Développement obtient d’excellents résultats dans le nord du pays, il convient toutefois de remarquer qu’une région septentrionale se distingue en n’accordant que de faibles scores électoraux au parti islamiste, la région de Taza-Al Hoceima-Taounate, située le long de la côte méditerranéenne. Dans la circonscription de Al Hoceima, la liste présentée par le PJD obtient 2,40 % des suffrages et se classe seulement onzième !

16En raison notamment d’une faible implantation, l’organisation éprouve de sérieuses difficultés pour capitaliser des voix dans les régions du sud du pays.

17Dans les localités importantes, à l’exception notable de la ville d’Agadir [4], les candidats n’ont pas bénéficié d’un nombre de suffrages très important. Dans la circonscription de Essaouira le score obtenu est l’un des plus faibles au niveau national (2,7 %).

18Dans la région de Marrakech-Tensift-Al Haouz, où le PJD n’avait pas présenté de candidats lors du précédent scrutin, les résultats ont été très décevants en dépit d’une forte mobilisation orientée notamment sur les thèmes de la lutte contre la corruption et la dissolution des mœurs. Le parti n’obtient aucun siège alors que dix formations politiques se partagent les 28 siéges réservés à cette région.

19Dans les circonscriptions du Sahara, divisé en trois régions, où les électeurs se sont mobilisés massivement, le parti ne parvient qu’a de faibles résultats et a échoué également à obtenir le moindre siège. Dans la région de Oued Edddahab Lagouira, la plus australe du Maroc, limitée à l’est et au sud par la Mauritanie dont Dakhla est la capitale, le PJD arrive en septième position avec 953 voix (5,7 % des suffrages exprimés). Dans les localités les plus importantes du Sahara, les notables locaux influents sont souvent affiliés aux anciens partis marocains comme l’Istiqlal ou l’USFP. Ainsi à Boudjour, la liste PJD ne totalise que 2,7 % des suffrages exprimés, loin derrière l’Istiqlal (40,3 %) et l’USFP (36,9 %) qui obtiennent les deux sièges réservés à cette circonscription.

PJD : de la modération à la banalisation

20Par ailleurs, en dépit de la présence de réseaux locaux depuis plusieurs années, l’organisation islamiste a moins mobilisé que par le passé l’électorat des jeunes des quartiers populaires des grandes métropoles. Il y a ainsi une érosion notable du vote en faveur du PJD dans certains fiefs de la capitale économique, Casablanca, notamment dans les circonscriptions de Al Fida Mers Sultan et Aïn Sebaa-Hay Mohammadi, les taux de participation n’ont été respectivement que de 20 % et 23 %. Comment expliquer cette tendance, pour le moins préoccupante pour la direction du parti ?

21À l’évidence et contrairement aux idées reçues, les citées déshéritées comme les bidonvilles ne constituent pas un réservoir naturel pour les formations islamistes. Il faut aussi tenir compte de l’évolution de la perception du parti dans l’opinion publique : une partie de son discours devient inaudible pour des pans importants de la société marocaine.

22Les campagnes de presse orchestrées par des personnalités politiques, notamment à l’occasion des attentats de Casablanca (mai 2003) et l’hostilité marquée de certains conseillers influents du roi comme Fouad Ali Al Himma [5], ont entretenu un climat de tension. Les responsables du PJD ont été dans l’obligation de rappeler régulièrement leur position de principe sur le pluralisme et le refus de la violence comme de multiplier les gestes d’ouverture. Le Parti de la justice et développement a indéniablement adopté un discours plus lisse supposé plus consensuel, notamment ces deux dernières années, sur maints sujets de société comme la consommation et la vente d’alcool ou le port du voile. À Meknès, capitale du vin au Maroc, dirigée par un maire islamiste, le PJD a fait preuve de pragmatisme. En signe d’ouverture, le parti a présenté trois candidates ne portant pas le voile sur les affiches électorales, dont une universitaire, Anissa Khal Laâyoune qui était par le passé proche des socialistes de l’USFP.

23Les positions modérées, le pragmatisme des responsables du PJD ont lassé une partie de l’électorat prompt à se mobiliser pour des candidats islamistes. La stratégie d’ouverture, reposant sur une alliance électorale a échoué. À Casablanca, dans la circonscription de Anfa, les électeurs ont boudé la liste présentée conjointement par le PJD et un petit parti les Forces Citoyennes, dirigée par l’ancien « patron des patrons » Abderahim Lahjouji qui n’obtient que 2 426 voix. Ils ont préféré porter leurs suffrages sur un candidat de la mouvance islamiste réputé plus radical Abdelbari Zemzemi, tête de liste du Parti Renaissance et vertu.

24Si, confronté à ses insuffisances, le parti peut vraisemblablement améliorer ses résultats électoraux en secteur rural en créant des structures de représentation dans des secteurs négligés jusqu’à récemment, la reconquête de l’électorat jeune et urbain suppose à l’évidence une réorientation de la ligne politique et stratégique. Faute d’un discours audible, plus revendicatif permettant de distinguer aisément l’organisation islamiste des autres partis politiques largement discrédités, le PJD qui dispose d’une base militante jeune, dévouée et disciplinée dont le nombre avoisine 1 500 à 1 800 adhérents selon les sources, devra renoncer à ses ambitions de conquête et se contenter d’un rôle mineur dans le champ politique marocain.

25Les résultats de cette confrontation électorale devraient renforcer dans leurs convictions d’autres personnalités islamistes, liées à des mouvements plus radicaux comme Justice et bienfaisance du cheikh Abdessalam Yassine, qui jusqu’à présent refusaient de participer au jeu politique en exigeant une révision constitutionnelle immédiate et un affaiblissement des pouvoirs incombant au monarque.


Date de mise en ligne : 01/11/2016

https://doi.org/10.3917/lcdlo.090.0039