Sortir de (la) prison. Entre don, abandon et pardon (La revue du MAUSS, n° 40, 2012)
- Par Céline Chantepy
Pages 128m à 139m
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- CHANTEPY, Céline,
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- Chantepy, C.
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1 Ce numéro 40 de La revue du Mauss est un florilège de textes de professionnels et d’experts issus du monde associatif, universitaire ou militant, réunis lors d’un colloque organisé à Caen en février 2012. Il traite de la question carcérale dans son horreur et ses paradoxes qu’elle entretient jusqu’à la sortie. Les prisons françaises sont dans un état moral et physique dramatique. Même les plus récentes et les plus modernes a priori semblent toutes aussi inhumaines que les plus anciennes. Comment dans ces conditions permettre aux personnes condamnées de réparer leur délit, d’entamer un travail et une réflexion sur soi et sur autrui, quand elles vivent dans un univers hostile, où la haine, la peur et la violence sont inscrites dans la vie quotidienne carcérale. Comment aménager la sortie, accompagner au mieux le détenu pour qu’il ne récidive pas, trouve la mobilisation et la motivation à se projeter de nouveau dans un avenir ? Mais, au-delà même de la question des modalités souhaitables de la sortie de prison, il convient de se demander comment serait-il possible de sortir du régime actuel de l’institution Prison, et de son monopole du châtiment légitime ? « Le nombre de personnes emprisonnées est en train d’atteindre des records historiques. Or jamais, nulle part, l’augmentation du nombre de personnes incarcérées n’a fait diminuer la criminalité ni la délinquance. Il y aurait même de sérieuses raisons pour penser l’inverse. » (Alain Cugno, p. 26) Il n’y a sans doute pas de débat de société plus explosif et plus urgent que celui-ci aujourd’hui. D’ailleurs, les mesures annoncées par la garde des Sceaux Christiane Taubira qui visent à désengorger les prisons en sortant du tout-carcéral (qui induit toujours plus de récidives) déchaînent les passions et font l’objet d’un virulent tir de barrage à droite. La construction de nouvelles prisons peut se donner l’objectif, certes louable, de mettre fin à la surpopulation carcérale, mais elle ne fait en réalité qu’entériner cette fausse évidence que la prison est un moyen de lutte efficace pour assurer la sécurité et la sérénité d’une nation. Au fond, personne n’ignore vraiment le problème des prisons et le scandale qu’elles représentent. Si certains préfèrent en somme que la question ne soit pas posée, c’est à la fois parce que personne ne croit que la prison puisse parvenir à (re)socialiser là où la famille et l’école ont échoué, et peut-être aussi en raison de la prégnance d’une conception dominante du pardon qui empêche de bien poser la question. Comme dans les logiques de don et de contredon, la faute comme la dette ne s’abolit jamais, mais circule et se transforme. Pour que celui qui sort de prison puisse en effet repartir d’un pas nouveau, il faut quelque chose en plus de l’accomplissement de la peine, une forme de pardon. une des raisons, pour lesquelles le débat sur la prison ne parvient pas à naître, c’est que la conception dominante du pardon, exposée par Vladimir Jankélévitch ou Jacques Derrida est tellement exigeante, dans son refus du repentir des coupables, que personne ne pense pouvoir l’accorder. La prison fonctionne dès lors, logiquement, comme ce lieu où l’on ne pardonne pas. Ni rien ni personne.
2 Céline Chantepy-Touil
Date de mise en ligne : 29/04/2014