Rebecca Rist, Popes and Jews, 1095–1291, Oxford, Oxford U.P., 2016 ; 1 vol., 352 p. ISBN : 978-0-19-871798-0. Prix : GBP 98,00
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Citer cet article
- SHATZMILLER, Joseph,
- Shatzmiller, Joseph.
- Shatzmiller, J.
https://doi.org/10.3917/rma.282.0467zl
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- Shatzmiller, J.
- Shatzmiller, Joseph.
- SHATZMILLER, Joseph,
https://doi.org/10.3917/rma.282.0467zl
1 Lorsqu’elles se sont engagées dans le réveil de la civilisation de l’Europe occidentale vers l’an mil de notre ère, les autorités laïques de France, d’Angleterre et d’Allemagne ont trouvé commode d’inviter les Juifs à s’installer sur leurs territoires. Les nouveaux arrivants devaient contribuer à la croissance de la civilisation urbaine et à sa prospérité économique, et occuper des postes en raison du besoin croissant d’une administration alphabétisée. Dans la mesure où les autorités avaient besoin d’une justification pour amener des « ennemis du Christ », les dirigeants comptaient sur les doctrines de tolérance du début du Moyen Âge qui portaient la signature de saint Augustin et du pape Grégoire le Grand ; le théologien d’Hippone avait par exemple soutenu que les Juifs occupaient une place légitime dans le monde chrétien. Ce n’est pas seulement que les deux religions concurrentes partageaient le même respect pour l’Ancien Testament : le fait que les Juifs étaient réduits à un peuple minuscule et opprimé, témoignait de la vérité du christianisme et de sa juste victoire. Pour le pape Grégoire, d’autre part, il n’y avait rien dans le droit romain qui empêchait leur existence parmi les chrétiens. Ces théories ont accompagné un état de fait bienveillant qui a duré durant environ deux siècles après leur arrivée en grand nombre au xi e siècle. Aux environs des années 1230, de nombreuses municipalités urbaines et de nombreux dignitaires princiers ont estimé que les Juifs avaient alors joué leur rôle et que les différents domaines de leur activité pouvaient être gérés sans leur aide. Un nombre croissant de localités ont donc adopté une politique de renvoi. Vers 1300 il n’y avait plus de Juifs dans de nombreux endroits en Allemagne, tandis que les royaumes d’Angleterre et de France les expulsaient tous. Ici encore, les autorités laïques pouvaient compter sur les chancelleries pontificales et diverses autres institutions ecclésiastiques pour développer avec enthousiasme l’aspect négatif de la doctrine. Elles avaient ainsi trouvé les moyens de justifier les bannissements décrétés par leurs fidèles laïques.
2 Dans les huit chap. de son livre bien documenté, R.R. commence son étude par une analyse des politiques tolérantes de la papauté. Les Juifs, qui étaient au courant de ces doctrines, comptaient sur l’aide du Saint-Siège face à des allégations délirantes, comme la « diffamation sanglante », selon laquelle les Juifs ont besoin du sang chrétien. Un chroniqueur hébreu du xii e siècle savait très bien qu’à la veille de la Deuxième croisade les Juifs avaient été sauvés par la prédication de saint Bernard de Clairvaux de la catastrophe qui les avait frappés une cinquantaine d’années plus tôt, à savoir les massacres survenus en Rhénanie en 1096. Cependant saint Bernard était à bien des égards une exception : la grande majorité des documents délivrés par la chancellerie pontificale de l’époque était marquée par l’idée que les Juifs se trouvaient trop à leur aise dans le monde chrétien. Les Juifs, au lieu d’être opprimés par l’humiliation et par un état de servitude, exerçaient des fonctions d’autorité sur les chrétiens. Les servantes chrétiennes trouvaient un emploi dans les foyers juifs. Le plus humiliant était le fait que des hommes juifs avaient des relations sexuelles avec des femmes chrétiennes. L’implication juive dans l’industrie monétaire et les richesses que tant de gens accumulaient en pratiquant l’usure n’étaient pas seulement une distorsion sociale, mais un péché religieux. Et ce qui n’était pas moins scandaleux, c’était leur abandon de la sainte Bible au profit de l’étude du Talmud : cela pouvait être considéré comme une déviation de la doctrine augustinienne de tolérance et comme une justification de leur bannissement des terres chrétiennes.
3 Depuis plus de 200 ans, les relations entre chrétiens et juifs sont au centre de l’attention des chercheurs. Durant la plus grande partie du xx e siècle, les chercheurs se sont principalement appuyés sur L’Église et les Juifs au xiii e siècle de S. Grayzel, (2 vol., 1933/1966–1989) paru en anglais à Philadelphie et New York. Au cours du dernier quart du siècle (1988–1994) parut, à l’Institut pontifical de Toronto, une série de sept vol. intitulés Le siège apostolique et les Juifs, assemblés, édités et interprétés par le regretté S. Simonsohn de l’Université de Tel-Aviv. Cette collection monumentale porte jusqu’au cœur de la Renaissance (1555). Elle est accompagnée d’un extraordinaire volume d’Histoire. Tout naturellement R.R. s’appuie fortement sur ces deux sources. Mais notre consœur est confrontée à ce que l’on peut appeler une « explosion » de livres et d’articles qui paraissent presque quotidiennement. Et encore, il y a certaines publications auxquelles R.R n’avait pas accès et d’autres qu’elle avait probablement décidé de ne pas utiliser. Quoi qu’il en soit, nous devrons tous maintenant mettre de côté notre propre travail et suivre son exemple si nous voulons être au courant du rythme auquel cet important domaine d’études continue de se développer et de progresser.
4 Joseph Shatzmiller