Fleur de clergie. Mélanges en l’honneur de Jean-Yves Tilliette, éd. Olivier Collet, Yasmina Foehr-Janssens, Jean-Claude Mühlethaler, coll. Prunelle Deleville, Genève, Droz, 2019 ; 1 vol., 1 080 p. (Rayon Histoire de la librairie Droz, 8). ISBN : 978-2-600-05960-2. Prix : CHF 98,00
- Par Estelle Doudet
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- DOUDET, Estelle,
- Doudet, Estelle.
- Doudet, E.
https://doi.org/10.3917/rma.282.0467p
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1 Quarante-neuf articles en français, allemand, italien et français nourrissent ce volume conçu en hommage à J.Y. Tilliette, l’un des plus éminents spécialistes du médio-latin. Toutes les contributions relèvent des études médiévales dans leur plus vaste étendue, de l’histoire des savoirs (O. Weijers) à celle des arts (F. Santi), avec des échappées vers les Moyen Âges orientaux (A.L. Rey, N. Zufferey, J. Isserles) et le médiévalisme (V. Griveau-Genest).
2 Pour permettre une consultation aisée, les articles sont organisés en quatre parties qui sont autant de champs de recherche rénovés par les travaux de J.Y.T. Un premier volet (p. 29–194) est consacré aux auteurs et aux œuvres de la littérature médio-latine, de l’époque mérovingienne à l’orée de la Renaissance italienne. Le deuxième (p. 195–536) explore les articulations entre poétique et rhétorique. Une troisième partie (p. 537–812) s’attache à analyser les interactions entre les littératures antiques et littératures en langue vernaculaire. Enfin sont abordées dans une quatrième partie (p. 813–1052) les questions épistémologiques que soulève l’étude matérielle et codicologique des sources.
3 La quantité et la variété des contributions ne permettent pas d’en donner une description exhaustive. Mais plusieurs apports du volume s’imposent avec clarté. Le premier est de remettre au jour des écrivains majeurs de la tradition médio-latine européenne. Outre Baudri de Bourgueil (C. Cardelle de Hartmann, F. Mora-Lebrun) et les poéticiens des xii e–xiii e siècles (A. Paravicini Bagliani ; B. Grévin) dont J.Y.T. a naguère révolutionné l’approche, sont étudiés des auteurs aussi divers que Martianus Cappella (A.S. Heneveld), Friedrich von Hirsau (W. Berschin), Liutprando (P. Chiesa), Étienne de Bourbon (J. Berlioz), Guibert de Nogent (P. Genequand), Joseph d’Exeter (M. Possamaï-Pérez), Jean de Salisbury (C. Grellard), Honoré d’Autun (C. Giraud), Mechthild de Magdeburg (R. Wetzel), Jacques de Vitry (M. Zink), Jacques Legrand (E. Marguin-Hamon), Jean Gobi (M.A. Polo de Beaulieu), François Pétrarque (A. Corbellari, P. Frieden). S’esquisse ainsi une nouvelle histoire de la littérature médio-latine européenne.
4 Cet immense continent est pourtant loin d’être entièrement connu. L’ouvrage donne aussi accès à des textes rares, voire inédits : traités sur la patience (F. Morenzoni), exercices de méditation (F. Coste, P. Stotz), vies de saints (F. Dolbeau) et poésie d’actualité (T. Haye) en sont quelques exemples. Ils nourrissent la réflexion sur les méthodes de l’édition critique (D. Poirel), le recensement des manuscrits (N. Togni), l’étude des traditions textuelles (J. Dalarun, M. Goullet), l’identification des auteurs (G. Besson).
5 Un autre apport important est l’attention minutieuse portée à la langue médio-latine, à ses usages sociaux (P. Bourgain) et à son lexique. L’ouvrage propose de remarquables enquêtes sur des concepts littéraires comme junctura/conjointure (C. Méla), limae labor (L. Barbieri), délit (C. Lucken) ou respit (M. Uhlig). Il replace en perspective des notions de première importance, telles que l’homo creans (P. von Moos), le lexique de l’adoration (J. Wirth) ou l’idée de mystique (J.R. Valette). La langue latine médiévale se révèle ainsi un laboratoire de mots et d’idées ayant modelé pendant des siècles la pensée culturelle et jusqu’aux perceptions de l’espace (F. Stella) et du temps (M. Engammare).
6 La force de la culture latine tient au rôle d’interface qu’elle a longtemps joué entre l’héritage antique et les créations modernes. Cette perspective renouvelle la lecture de textes fondateurs : la Bible (C. Van Coolput-Storms), Le Roman de la rose (V. Fasseur), Marco Polo (D. Boutet), l’Ovide Moralisé (J.M. Fritz, R. Trachsler).
7 Par sa richesse, le volume parvient remarquablement à mettre en dialogue la culture latine du Moyen Âge et les questionnements actuels sur la production et la transmission des savoirs.
8 Estelle Doudet