Jean-Louis Biget, Église, dissidences et société dans l’Occitanie médiévale, éd. Julien Théry, Paris, CIHAM Éditions, 2020 ; 1 vol., 960 p. (Mondes Médiévaux, 2). ISBN : 978-2-9568426-1-3. Prix : € 52,00
- Par Robert I. Moore,
- trad. Nicolas Ruffini-Ronzani
Page XXIV
Citer cet article
- MOORE, Robert I.,
- trad. RUFFINI-RONZANI, Nicolas,
- Moore, Robert I..,
- et al.
- Moore, R.-I.,
- trad. Ruffini-Ronzani, N.
https://doi.org/10.3917/rma.272.0415x
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- Moore, R.-I.,
- trad. Ruffini-Ronzani, N.
- Moore, Robert I..,
- et al.
- MOORE, Robert I.,
- trad. RUFFINI-RONZANI, Nicolas,
https://doi.org/10.3917/rma.272.0415x
Notes
-
[13]
Paris, 2007.
1 La publication d’un recueil d’une trentaine d’articles de J.L. Biget, dont un inédit – une fine analyse des obstacles auxquels Simon de Montfort a dû faire face pour asseoir sa domination en Occitanie (p. 457–476) –, constituerait déjà un événement en soi. Ce livre représente cependant plus qu’un simple recueil de travaux. À l’origine, la plupart de ces études n’ont pas été spécifiquement préparées en vue d’une publication. Elles constituaient plutôt des présentations réalisées lors de rencontres et de colloques mêlant historiens de profession et passionnés. En outre, comme le suggèrent leurs titres, ces articles portaient sur des sujets bien identifiés, le plus souvent d’intérêt régional. Toutefois, après avoir été revus par leur auteur, puis édités et réarrangés par J. Théry, ces travaux forment désormais une synthèse d’une importance fondamentale sur la religion et la société dans l’Europe médiévale. Ils sont le fruit de plusieurs décennies de réflexion méthodologique et thématique de l’un des historiens les plus savants et les plus accomplis de son temps. La majorité des travaux ici rassemblés sont postérieurs à 1990, mais le plus ancien d’entre eux est paru en 1971. Si l’érudition de J.L. Biget est exemplaire et si sa maîtrise des sources et du cadre régional est totale, deux autres qualités confèrent à ce recueil sa force et sa cohérence. D’abord, l’A. possède l’un des dons les plus rares et les plus enviables, celui de « savoir parler, du même ton, aux doctes et aux écoliers » – pour reprendre les mots de M. Bloch – avec une clarté absolue. Ceci résulte non seulement d’un talent oratoire indéniable, mais aussi d’une capacité à penser globalement son sujet et, ainsi, à maîtriser l’ensemble du contexte – comme en étaient d’ailleurs capables Bloch lui-même ou le grand maître anglais F.W. Maitland. Chaque argument commence à partir de son point de départ logique, avant que chaque étape de la réflexion ne soit construite avec beaucoup d’économie et de précision, sans pour autant laisser place aux omissions ou à la condescendance. Ainsi, un examen minutieux du financement des cathédrales dans le Midi (p. 191–217) permet de réévaluer la relation entre l’architecture ecclésiastique et l’urbanisation dans l’Europe médiévale. De même, en expliquant le passage graduel de la dîme du clergé à la noblesse, puis aux monastères avant de revenir à nouveau au clergé, une synthèse sur La dîme en France (xii e–xiv e siècle) (p. 95–118) livre un récit complet de la formation de l’Église latine entre l’Antiquité et la Renaissance, en incluant une analyse pointue et pénétrante de la réforme grégorienne.
2 À l’instar d’un recueil précédent intitulé Hérésie et inquisition dans le Midi de la France [13] – lequel est la meilleure introduction au sujet pour l’érudit comme pour le profane –, Église, dissidences et société dans l’Occitanie médiévale incarne une vision novatrice, convaincante et originale de l’un des sujets les plus clichés de l’histoire médiévale, la « religion et la société », non seulement en Occitanie, mais aussi dans l’Europe latine entre l’Antiquité tardive et la Renaissance. Les papiers sont organisés en six chap., aboutissant, comme on pouvait s’y attendre, en des analyses très complètes de la préparation et de la mise en place de la croisade des Albigeois ainsi qu’au sujet de l’évolution de la dissidence des « bons hommes » – le terme « dissidence » est préféré, à raison, aux mots « hérésie » ou « mouvement ». Chacun de ces deux dossiers aurait pu paraître sous la forme d’une publication indépendante, tout comme l’étude qui les précède sur l’accumulation de la propriété ecclésiastique et sur l’impact sociologique de sa distribution et de son contrôle. Ici, ces dossiers sont cependant contextualisés à travers des aperçus pénétrants sur le christianisme dans la région au premier millénaire, et enrichis par des discussions autour des spirituels et des béguins. En somme, ces travaux matérialisent les avancées scientifiques révolutionnaires portées par une génération de médiévistes dont J.L. Biget a été l’une des figures de proue. Biget, et d’autres, ont ainsi établi que « l’hérésie » ne devait pas être étudiée comme un assaut de l’Église venu de l’extérieur, mais comme la source et le produit de tensions durables au sein de l’Église, et donc que la « religion » médiévale ne pouvait être comprise ou analysée comme une entité distincte du contexte social dans lequel elle s’exprimait. Rares sont les historiens à avoir établi des conclusions aussi mémorables que celles de J.L. Biget à travers une reconsidération méticuleuse des sources, rares aussi sont ceux qui les ont exprimées avec une autant de clarté, si bien que la lecture de chaque page est un véritable plaisir.
3 Robert I. Moore (trad. Nicolas Ruffini-Ronzani)