S'abonner
Compte rendu

André Vauchez, S. Homebon de Crémone, « père des pauvres » et patron des tailleurs. Vies médiévales et histoire du culte, coll. Umberto Longo, Laura Albiero, Véronique Souche-Hazebrouck, Bruxelles, Société des Bollandistes, 2018 ; 1 vol., 166 p. (Subsidia hagiographica, 96). ISBN : 978-2-87365-033-9. Prix : € 65,00

Page X

Citer cet article


  • Toubert, P.
(2020). André Vauchez, S. Homebon de Crémone, « père des pauvres » et patron des tailleurs. Vies médiévales et histoire du culte, coll. Umberto Longo, Laura Albiero, Véronique Souche-Hazebrouck, Bruxelles, Société des Bollandistes, 2018 ; 1 vol., 166 p. (Subsidia hagiographica, 96). ISBN : 978-2-87365-033-9. Prix : € 65,00. Le Moyen Age, Tome CXXVI(3), X-X. https://doi.org/10.3917/rma.263.0559j.

  • Toubert, Pierre.
« André Vauchez, S. Homebon de Crémone, “père des pauvres” et patron des tailleurs. Vies médiévales et histoire du culte, coll. Umberto Longo, Laura Albiero, Véronique Souche-Hazebrouck, Bruxelles, Société des Bollandistes, 2018 ; 1 vol., 166 p. (Subsidia hagiographica, 96). ISBN : 978-2-87365-033-9. Prix : € 65,00 ». Le Moyen Age, 2020/3 Tome CXXVI, 2020. p.X-X. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-le-moyen-age-2020-3-page-X?lang=fr.

  • TOUBERT, Pierre,
2020. André Vauchez, S. Homebon de Crémone, « père des pauvres » et patron des tailleurs. Vies médiévales et histoire du culte, coll. Umberto Longo, Laura Albiero, Véronique Souche-Hazebrouck, Bruxelles, Société des Bollandistes, 2018 ; 1 vol., 166 p. (Subsidia hagiographica, 96). ISBN : 978-2-87365-033-9. Prix : € 65,00. Le Moyen Age, 2020/3 Tome CXXVI, p.X-X. DOI : 10.3917/rma.263.0559j. URL : https://shs.cairn.info/revue-le-moyen-age-2020-3-page-X?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rma.263.0559j


1 A. Vauchez, dans sa riche production hagiographique, avait déjà consacré au cas très original de saint Homebon de Crémone († 1197) une demi-douzaine d’art. Suivant occasionnellement au cours de plusieurs décennies la piste offerte par l’hagiographie du saint patron de la ville de Crémone et des confréries de marchands drapiers, l’A. a pu réunir en un important dossier les vies du saint, mettre la main sur un ms. jusque-là inédit comportant un recueil de miracles de saint Homebon. Prenant également en compte des vies du xvie et du xviie siècles en allemand et en espagnol il a pu mettre en lumière la diffusion d’un culte qu’il qualifie justement de « non négligeable ». Le dossier que l’on peut tenir pour complet nous en est ici offert. Il en vaut la peine puisqu’il illustre bien cette nouveauté du xiie siècle que constitue l’émergence de saints laïques dans l’Italie communale. Elle est ainsi pour l’A. l’occasion de nouer la gerbe de thèmes fréquemment évoqués (voir bibliographie, p. 156–157) quant à l’ecclésiologie autour du pontificat d’Innocent III. Une introduction nourrie (p. 1–65) présente les sources médiévales et modernes de la vie du saint, à commencer par la bulle de canonisation d’Innocent III du 12 janvier 1199. Suit l’analyse de vies et recueils de miracles (p. 1–65) qui forment tout naturellement l’essentiel de l’ouvrage. L’accent est ainsi heureusement mis sur les sources elles-mêmes plus précisément que dans les art. déjà consacrés par l’A. à la sainteté dans les décennies qui encadrent Latran IV. Présentation d’une précision et d’une pertinence qui n’étonnera pas de la part du spécialiste majeur des procès de canonisation au Moyen Âge. Dès la bulle de canonisation motivée par une initiative bien attestée de Sicard de Crémone auprès du pape, se dessine avec une certaine précision la personnalité du saint et le mérite de ses actions. Ici rééditée et traduite (p. 116–121) la bulle a été complétée dans le courant du xiiie siècle par trois vies latines dont l’édition critique (et traduction) forme le cœur du volume. On notera à ce chapitre l’intérêt qui s’attache à l’interprétation si décisive du rôle de l’évêque Sicard de Crémone et au contexte politique et religieux qui le motive. Elle est sans aucun doute à mettre au profit de l’action antihérétique déployée à la fin du xiie siècle dans les cités lombardes en proie à « l’eresia del Male ». L’A. souligne ainsi avec justesse à quel point la personnalité du saint retenue par la bulle de canonisation sert une politique pontificale de valorisation du laïcat soutenue par l’exaltation du modèle de ses plus éminents représentants. Intention première destinée à être précisée et complétée dans les Vitae postérieures. À cet égard, l’hypothèse formulée par Vauchez selon laquelle l’auteur de la première Vita surtout destinée à un usage liturgique du chapitre cathédral de Crémone prend tout son sens. Convaincante est l’analyse fine de cette première Vita dite Cum orbita solis comme texte élaboré par Sicard en vue de fournir à Innocent III les arguments théologiques propres à étayer vers 1197–1198 la bulle de canonisation de 1199. Dûment soulignées sont les raisons pour lesquelles, dans le texte de Sicard, se fait jour (p. 13–15) une conception de la sainteté et, plus précisément, du rôle du vrai miracle dans sa manifestation probatoire. Remarquable par son contenu, certes, mais aussi par sa relative précocité est l’effort qu’y manifeste Sicard de Crémone « pour subordonner l’élément miraculeux de la sainteté à ses aspects doctrinaux et moraux ». Cette analyse conjointe de la première Vita et de la bulle de canonisation est décisive. Elle éclaire l’intérêt des quelque huit sources médiévales et modernes qui constituent les Vitae et recueils de miracles du saint du xiiie siècle à la fin du xvie siècle. Ces sources ont fait jusqu’à ces dernières années l’objet d’études, d’éditions et traductions italiennes incomplètes et insuffisamment critiques. C’est en revanche un corpus intégral étayé ici par les recherches antérieures d’A.V. qui est édité après une excellente présentation (p. 16–27) des traits originaux de chaque élément du corpus hagiographique que l’on peut tenir pour complet en l’état actuel du dossier. Les vies médiévales et recueils de miracula édités et traduits avec le plus grand soin (p. 67–147) font l’objet, en fin d’introduction d’une version globale de la sainteté médiévale du saint laïque (p. 28–63) qui noue en une remarquable conclusion, les enseignements que l’on peut tirer de ce corpus à tant d’égards original dans la littérature hagiographique des xiiiexive siècles. Le thème – en soi majeur – de la place faite au laïcat dans l’ecclésiologie des siècles centraux du Moyen Âge est considérablement enrichi par la constitution et l’édition impeccable du dossier de saint Homebon. Il marque de manière exemplaire l’aboutissement d’une enquête conduite par A.V. depuis plusieurs années. Il va enfin de soi que le dossier patiemment mis au net dépasse à maints égards le « case study » du saint crémonais et des éléments qui lui ont ouvert en précurseur les portes de la sainteté canonisée.

2 Pierre Toubert


Date de mise en ligne : 07/04/2021

https://doi.org/10.3917/rma.263.0559j