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Compte rendu

Doon de la Roche. Chanson de geste de la fin du xiie siècle, éd. Nathalie Reniers-Cossart, Paris, Champion, 2019 ; 1 vol., 318 p. (Classiques français du Moyen Âge, 190). ISBN : 978-2-7453-5059-6. Prix : € 28,00

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  • Suard, F.
(2020). Doon de la Roche. Chanson de geste de la fin du xiie siècle, éd. Nathalie Reniers-Cossart, Paris, Champion, 2019 ; 1 vol., 318 p. (Classiques français du Moyen Âge, 190). ISBN : 978-2-7453-5059-6. Prix : € 28,00. Le Moyen Age, Tome CXXVI(3), VII-VII. https://doi.org/10.3917/rma.263.0559g.

  • Suard, François.
« Doon de la Roche. Chanson de geste de la fin du xiie siècle, éd. Nathalie Reniers-Cossart, Paris, Champion, 2019 ; 1 vol., 318 p. (Classiques français du Moyen Âge, 190). ISBN : 978-2-7453-5059-6. Prix : € 28,00 ». Le Moyen Age, 2020/3 Tome CXXVI, 2020. p.VII-VII. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-le-moyen-age-2020-3-page-VII?lang=fr.

  • SUARD, François,
2020. Doon de la Roche. Chanson de geste de la fin du xiie siècle, éd. Nathalie Reniers-Cossart, Paris, Champion, 2019 ; 1 vol., 318 p. (Classiques français du Moyen Âge, 190). ISBN : 978-2-7453-5059-6. Prix : € 28,00. Le Moyen Age, 2020/3 Tome CXXVI, p.VII-VII. DOI : 10.3917/rma.263.0559g. URL : https://shs.cairn.info/revue-le-moyen-age-2020-3-page-VII?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rma.263.0559g


Notes

  • [8]
    Londres, British Library, ms. Harley 4404.
  • [9]
    Paris, Bibliothèque nationale de France, ms. Naf. 23087.

1 Il fallait à l’É. beaucoup de courage pour s’attaquer à un texte transmis par un seul ms. [8], comportant de nombreuses lacunes et plusieurs passages inintelligibles, copié par un scribe qui ne comprend pas toujours son texte et utilise un modèle lui-même fautif, tandis qu’un fragment de 270 vers [9] n’apporte qu’une aide limitée pour d’éventuelles corrections. La précédente édition, parue en 1921 et attribuée à G. Huet et P. Meyer, avait mobilisé en réalité plusieurs transcripteurs ou relecteurs successifs : elle avait abondamment corrigé le ms., dont l’intérêt est pourtant de présenter nombre de formes ou de graphies lorraines. N. Reniers-Cossart a justement pris conscience de cet intérêt philologique et s’est gardée de transformer ses caractères linguistiques en ancien français standard. Nous pouvons donc lire grâce à elle et à M.M. Castellani, sa directrice de thèse, qui a soigneusement relu le texte édité, une histoire à la fois épique et romanesque, ayant de nettes analogies avec Orson de Beauvais : les malheurs et les hauts faits de Doon de la Roche, de son épouse Olive et de leur fils Landri, tous trois injustement privés de leur terre et de leur dignité à la suite d’accusations calomnieuses, et qui retrouveront leur statut grâce à leur vaillance, Landri devenant pour sa part l’époux de la fille de l’empereur de Constantinople, avec droit de succession.

2 L’édition comporte une étude de la langue du ms., qui présente l’essentiel de ses caractéristiques dialectales et une étude littéraire comparative de Doon de la Roche avec les versions espagnole et norroise apparentée. Elle présente avec prudence l’ancrage géographique et historique possible de la chanson (région limitrophe de l’Alsace et de la Lorraine, relations entre l’Empire grec et Frédéric Barberousse) et propose pour la composition du texte, comme l’avaient fait les É. de la précédente édition, une date antérieure à la prise de Constantinople par les croisés (1204). Nous sommes donc en face d’un travail aux partis-pris légitimes, qui conserve la saveur originale d’un petit roman épique aux caractères bien affirmés (Olive, l’épouse calomniée, n’hésitera pas à pendre de ses propres mains son persécuteur) et aux péripéties nombreuses, couvrant une aire géographique considérable.

3 Le ms., nous l’avons dit, est largement fautif, et l’É., sans toucher aux traits linguistiques, a dû rejeter de nombreuses leçons. Elle a noté également quelques inconséquences, comme les variations à propos d’Asse et Guinemant, donnés d’abord comme partisans d’Olive et de Landri, puis de Tomile leur ennemi, et tués pour cette raison, et réapparaissant plus tard aux côtés de Doon. On pourra ajouter le changement de dénomination affectant les montures des deux messagers envoyés par l’empereur grec à Laon : le terme de dromadaires alterne avec celui de chevaux. Qu’est-ce à dire, sinon que le copiste ou son modèle ne font pas la différence entre un cheval et un dromadaire, qu’ils n’ont sans doute jamais vu, et qu’ils prennent seulement pour un coursier particulièrement rapide (1562). Les notes donnent de précieux renseignements, signalant les lacunes, notant certaines corrections proposées par Huet-Meyer et proposant d’ingénieuses interprétations.

4 Restent toutefois d’assez nombreux passages d’interprétation difficile. Lorsqu’une correction, nécessaire à l’intelligence du texte, est possible – et l’édition Meyer-Huet en propose de nombreuses – elle devrait être sinon réalisée, du moins signalée. Ainsi le terme cires (v. 561 ; sires, v. 604) devrait être corrigé en tires, étoffe de soie de Tyr, qui figure d’ailleurs au v. 2947 ; de même pour les v. 2256–2257, incompréhensibles en l’état, sans doute en raison de l’omission d’un vers : il faut soit accepter la correction de Meyer-Huet (preste fu et non preste estois), soit indiquer qu’on a affaire ici à un discours d’Olive rapporté dont l’introduction manque. Voir aussi v. 2688, as pour ses, v. 2887 ; v. 3157 : vers probablement corrompu ; v. 496 plus pour puis ; v. 3493 estour pour osterin ; v. 4367 loee pour lee.

5 Le glossaire permet de résoudre de nombreuses difficultés d’interprétation ; certains termes pourraient être ajoutés (mise, v. 211 : action de mettre ; pourchace, v. 3585 : procure ; contremontés, v. 2341, 2344 : allés à contremont, montés à la rencontre ; souliers, v. 2190 : étages ; maton, v. 335 : lait caillé) ou leur traduction précisée (alué, v. 3557 : fief en alleu). Les locutions proverbiales, assez nombreuses dans la première part. de la chanson (v. 99–100, 426–427, 567, 610, 870–871, 1023, 1470-1471, 3040–3041, 3132), auraient pu être regroupées en annexe.

6 Ces remarques ne diminuent pas l’intérêt de cette nouvelle édition de Doon de la Roche qui, permettant l’accès à un texte difficile, enrichit notre connaissance des évolutions du poème épique à la fin du xiie siècle.

7 François Suard


Date de mise en ligne : 07/04/2021

https://doi.org/10.3917/rma.263.0559g