L’Eredità di san Colombano. Memoria e culto attraverso il Medioevo / L’Hérédité de saint Colomban. Mémoire et culte au Moyen Âge / Saint Colombanus’ Legacy. Memory and Cult in the Middle Ages, éd. Eleonora Destefanis, Rennes, P.U. Rennes, 2017 ; 1 vol., 360 p. (Art & société). ISBN : 978-2-7535-5920-2. Prix : € 34,00.
- Par Bruno Judic
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- JUDIC, Bruno,
- Judic, Bruno.
- Judic, B.
https://doi.org/10.3917/rma.243.0733zc
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1 Dans une présentation générale, J.M. Picard rappelle que ce volume est l’une des trois publications prévues à la suite des trois colloques internationaux organisés entre mai et novembre 2015 à l’occasion du 1 400e anniversaire de la mort de saint Colomban, à Bangor en Irlande, à Luxeuil et enfin à Bobbio. Les trois colloques avaient un thème commun : Construire l’Europe. Colomban et son héritage, thème qui se retrouve nécessairement dans ce volume comme le rappelle E. Destefanis dans sa longue introduction scientifique. On notera par exemple qu’elle examine attentivement les deux lettres de saint Colomban dans lesquelles se trouve le terme « Europe », l’une était adressée au pape Grégoire le Grand en 600, l’autre en 612 était adressée au pape Boniface IV. Que l’adresse à l’évêque de Rome évoque « toute l’Europe » laisse un peu perplexe ; quel sens donnait Colomban à ce terme ? Il faut sans doute y voir l’association d’un espace et d’une religion, le passage de la romanité à la chrétienté. Elle pose aussi la question du monachisme colombanien. C’est l’aspect le plus connu du personnage mais c’est aussi une question complexe sur la nature précise de ce monachisme, sur sa postérité, sur l’importance des fondations « colombaniennes » telles que Luxeuil et Bobbio. P. Geary souligne d’ailleurs le paradoxe de l’héritage de Colomban. Ce moine irlandais, exerçant sur le continent, serait un excellent « européen ». Pourtant sa mémoire a complètement disparu de l’Irlande. Aucun texte irlandais, ni annales, ni hagiographie, ne le mentionne. Il ne revient en Irlande, si l’on peut dire, qu’au xixe siècle… C’est aussi le résultat de la Vita Colombani de Jonas de Bobbio. écrivant vers 640, Jonas réinterprète son héros en le détachant des circonstances concrètes de la fin du vie siècle et même en évitant soigneusement de rappeler tout ce qui était désormais périmé dans l’activité de Colomban : ses polémiques sur la date de Pâques, sur les trois chapitres ou contre les évêques gallo-francs. On découvrira ensuite un groupe de quatre études sur l’histoire du culte de saint Colomban. G. Zaccagnini examine le culte en Italie sur toute la période médiévale : certes, Bobbio fut une étape importante sur les routes de pèlerinage mais n’a jamais réussi à s’imposer comme sanctuaire. Certes, il y eut des efforts au xe siècle pour renouveler le culte mais il est resté limité au-delà de Bobbio et de ses possessions à l’Italie du nord-ouest et à la Toscane. C. Mériaux considère le Nord de la Gaule pour le haut Moyen Âge seulement. Là aussi le culte de Colomban a connu une certaine vigueur au viie siècle dans quelques fondations monastiques (Sithiu, Saint-Bertin) mais il a été supplanté aux ixe–xe siècles par d’autres irlandais, Fursy et ses frères. En Bretagne armoricaine, A.Y. Bourgès constate une confusion probable entre Colomban et au moins un autre saint local. Les litanies médiévales anglo-saxonnes, sous le regard de P. Lendinara, montrent un Colomban complètement intégré aux saints monastiques bénédictins et éventuellement aux saints « francs ». Un deuxième groupe de quatre études concerne ensuite la production des textes. D. O’Corrain considère que le pénitentiel attribué à Colomban est en réalité la fusion de trois pénitentiels élaborés en Irlande au vie siècle et véhiculés par les milieux colombaniens en y joignant des interpolations. A. Dubreucq constate que, depuis l’édition Krusch de la Vita Colombani en 1905, de nouveaux mss ont été découverts, remettant en cause le classement de Krusch. Une nouvelle édition devrait tenir compte d’une composition en plusieurs versions en fonction des établissements destinataires. R. Savigni considère l’héritage colombanien à l’époque carolingienne : Paschase Radbert fit l’éloge de Wala, puissant comte, puis abbé de Corbie et enfin abbé de Bobbio ; de même que Colomban avait subi le courroux de Brunehaut, Wala devait subir les intrigues de Judith. Walafrid Strabon dans sa Vita Galli, puis le rédacteur des Gesta des abbés de Fontenelle, vantent l’un et les autres les mérites de Bobbio. Il est vrai qu’à l’époque carolingienne, Bobbio possédait une magnifique bibliothèque qui atteignit son apogée au xe siècle. M. Stansbury étudie les étapes successives de la dispersion de cette bibliothèque depuis le xve siècle jusqu’en 1803, en passant par le constat désolé de Jean Mabillon. Une troisième part. est centrée sur l’hagiographie : S. Boesch Gajano s’attache à la dimension proprement hagiographique du texte de Jonas de Bobbio qui aboutit à développer la mémoire collective du monachisme colombanien dans ses aspects territoriaux et chronologiques ; ainsi Jonas se présente dans le prolongement de Grégoire de Tours et de Grégoire le Grand comme l’auteur d’une hagiographie « territoriale ». P. Chiesa se concentre sur la figure de Jonas lui-même et ce que la Vita Colombani peut nous apprendre sur l’écrivain ; il avait une grande compétence littéraire et devait provenir d’un milieu social élevé. E. Bozoky remarque l’importance des malédictions prophétiques lancées par Colomban ; ce serait le reflet du contexte initial de la mission colombanienne ; dans l’hagiographie postérieure les miracles de punition sont plutôt liés au pouvoir des reliques. E. Tremp rassemble tous les éléments – nombreux – du culte de saint Colomban à Saint-Gall, depuis la conservation des œuvres du saint jusqu’à la composition de séquences liturgiques au xe siècle et d’odes à l’époque baroque. Une quatrième part. est consacrée à la mémoire des lieux. E. Bhreathnach présente la situation de l’Irlande au temps de Colomban : comment se faisait le passage de l’ancien paganisme au christianisme ? Quel était l’état des croyances au tournant des vie et viie siècles ? E. Destefanis rappelle l’attraction exercée par Bobbio principalement sur des ecclésiastiques et des fondateurs de monastères qui venaient y chercher les principes de vie des moines colombaniens. Cette attraction se manifeste aussi, du point de vue matériel, par l’existence de reliquaires, d’ampullae et d’eulogiae en terre cuite, objets connus en Méditerranée orientale et qui manifestent la place de Bobbio sur les grandes routes de pèlerinage. C. Bourke étudie des modèles de reliquaires en Irlande et en Grande-Bretagne. C. Newman étudie spécialement le reliquaire de Bobbio qu’on peut rapprocher du reliquaire de Clonmore en Irlande et qui est rapproché aussi d’objets attribués traditionnellement à l’âge du fer. P. Erhart met le doigt sur une création originale des viiie–ixe siècles : une grande famille alémannique, Wolfart de Wangen, possédait des reliques de Colomban et en avait doté ses fondations entre le lac de Zurich et le lac de Constance. Il faut souligner le grand intérêt de deux études archéologiques qui concernent autant le contexte de fondation de Bobbio que son développement ultérieur. R. Conversi étudie spécialement trois sites de la vallée de la Trébie (Sant’Andrea di Travo), du Val Nure (San Giorgio Piacentino) et du Val Tidone (Piana di San Martino) ; ils préexistent à la fondation de Bobbio mais font partie du patrimoine de l’abbaye ; Piana di San Martino eut un rôle de forteresse dans l’Antiquité tardive puis entre Lombards et Byzantins ; il y eut une production de tuiles directement liée à Bobbio. M. Catarsi et P. Raggio travaillent dans les vallées du Taro et du Ceno au sud-est de Bobbio ; à partir du ixe siècle ces vallées abritent des possessions de Bobbio notamment à Bedonia et à Borgo Val di Taro ; les fouilles ont porté spécialement dans le Val Vona sur les sites de San Cristoforo et de San Martino in Rivosecco. Même si les vocables de ces sites et de ces églises ne sont pas l’objet de ces travaux et ne peuvent probablement pas être connus à haute époque, il convient de remarquer la présence de saint Martin. S’agissait-il d’un vocable déjà présent ? Ou au contraire porté par les moines colombaniens ? Rappelons qu’à Luxeuil l’église Saint-Martin préexistait à l’arrivée de Colomban. La conclusion d’A. Zironi souligne que l’héritage ou les héritages colombaniens sont portés par des communautés et que le modèle « européen » porté par notre temps permet d’actualiser et de réinventer la figure de Colomban.
2 Bruno Judic