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Compte rendu

Theodore Evergates, Henry the Liberal. Count of Champagne, 1127–1181, Philadelphie, University of Pennsylvania Press, 2016 ; 1 vol., ix–307 p. ISBN : 978-0-8122-4790-9. Prix : USD 75 ; GBP 49.

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  • Baudin, A.
(2018). Theodore Evergates, Henry the Liberal. Count of Champagne, 1127–1181, Philadelphie, University of Pennsylvania Press, 2016 ; 1 vol., ix–307 p. ISBN : 978-0-8122-4790-9. Prix : USD 75 ; GBP 49. Le Moyen Age, Tome CXXIV(3), LIV-LIV. https://doi.org/10.3917/rma.243.0733zzb.

  • Baudin, Arnaud.
« Theodore Evergates, Henry the Liberal. Count of Champagne, 1127–1181, Philadelphie, University of Pennsylvania Press, 2016 ; 1 vol., ix–307 p. ISBN : 978-0-8122-4790-9. Prix : USD 75 ; GBP 49. ». Le Moyen Age, 2018/3 Tome CXXIV, 2018. p.LIV-LIV. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-le-moyen-age-2018-3-page-LIV?lang=fr.

  • BAUDIN, Arnaud,
2018. Theodore Evergates, Henry the Liberal. Count of Champagne, 1127–1181, Philadelphie, University of Pennsylvania Press, 2016 ; 1 vol., ix–307 p. ISBN : 978-0-8122-4790-9. Prix : USD 75 ; GBP 49. Le Moyen Age, 2018/3 Tome CXXIV, p.LIV-LIV. DOI : 10.3917/rma.243.0733zzb. URL : https://shs.cairn.info/revue-le-moyen-age-2018-3-page-LIV?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rma.243.0733zzb


Notes

  • [34]
     T. Evergates, Littere Baronum. The Earliest Cartulary of the Counts of Champagne, Toronto, 2003 ; Id., The Aristocracy in the County of Champagne, 1100-1300, Philadelphie, 2007 ; The Cartulary of Countess Blanche of Champagne, éd. Id., Toronto, 2009.
  • [35]
     Recueil des actes d’Henri le Libéral, comte de Champagne (1152–1181), éd. J. Benton, M. Bur, 2 vol., Paris, 2009–2013.
  • [36]
     X. Dectot, Les tombeaux des comtes de Champagne (1151–1284). Un manifeste politique, Bulletin monumental, t. 162/1, 2004, p. 3–62.
  • [37]
     À ce sujet, voir F. Verdier, Saints de Provins et comtes de Champagne. Essai sur l’imaginaire médiéval, Langres, 2007.

1 En nous offrant cette vie d’Henri Ier le Libéral (1152–1181), T. Evergates rend justice à une figure essentielle du xiie siècle occidental dont le principat accompagna les règnes strictement contemporains de Louis VII, Henri II Plantagenêt et Frédéric Barberousse.

2 L’historien américain, professeur au McDaniel College (Westminster, Maryland), est un spécialiste reconnu des territoires thibaudiens dont il a largement contribué à renouveler notre connaissance. Au crédit de l’A., citons la monumentale étude consacrée à l’aristocratie champenoise des xiie et xiiie siècles et l’édition des deux premiers cartulaires comtaux [34].

3 La conjoncture pour une recherche de cette nature était rendue favorable depuis l’édition du corpus des actes d’Henri le Libéral [35], que T.E. complète par une grande maitrise des sources épistolaires et littéraires.

4 Divisé en neuf chap. équilibrés, l’ouvrage débute par un retour sur les jeunes années du prince (The Young Count, 1127–1145), depuis sa naissance au château de Vitry (1127) jusqu’à son départ en croisade. Fils aîné de Thibaut IV–II, comte de Blois-Champagne, et de Mathilde de Carinthie, Henri est initié très tôt à la gestion des affaires (il appose sa croix autographe en 1134 au plus tard).

5 Quelques années après l’incendie de Vitry par l’ost royal (décembre 1142), sans doute à l’origine du départ en croisade de Louis VII, le prince âgé de 19 ans prend la tête du contingent champenois qui répond à l’appel de Vézelay (The Second Crusade, 1146–1151). L’A. montre comment cette première expérience militaire, au cours de laquelle le jeune homme se distingue particulièrement, influe durablement sur son gouvernement du comté : installation de ses compagnons de combat (Dampierre, Joinville, Traînel, Pougy) aux charges curiales ; confiance du Capétien qui lui attribuera plus tard plusieurs missions diplomatiques importantes. Fort de ce succès, son père lui abandonne à son retour les comtés de Bar[-sur-Aube] et de Vitry en avancement d’hoirie.

6 Henri a 25 ans lorsqu’il succède à son père comme comte de Troyes (Count Palatine of Troyes, 1152–1158), délaissant le patrimoine ancestral ligérien, traditionnellement réservé aux aînés, à ses frères Thibaut (comtés de Blois et Chartres) et Étienne (comté de Sancerre). Cette décision, que l’A. passe sous silence, est pourtant lourde de conséquences puisqu’elle entérine la position dominante des comtés champenois et briards devenus, grâce au succès des foires, économiquement rentables. Le jeune comte a mûrement réfléchi son accession au pouvoir et décidé de faire de Troyes une capitale moderne qui témoignera, grâce au complexe palatial qu’il va y ériger, de la grandeur de la dynastie. Au cœur de ce complexe se trouve le chapitre collégial Saint-Étienne fondé en 1157 et desservi par un personnel qualifié de 72 chanoines en charge de la chancellerie comtale. La chapelle palatine est alors la première église de style gothique de la Champagne méridionale, selon des dimensions qui dépassent de très loin la cathédrale romane de Troyes. L’A. démontre que ce lieu puise son modèle architectural dans la chapelle palatine de Palerme, érigée par son beau-frère Roger II de Sicile, que le prince avait visité en 1148 à son retour de croisade.

7 Le quatrième chap. (The Late Bachelor Years, 1159–1164) débute par la triple union de 1160–1164 destinée à resserrer les liens entre le roi et la dynastie bléso-champenoise : Louis VII se remarie avec Adèle de Champagne, sœur d’Henri (1160), tandis que le Libéral et Thibaut V de Blois épousent les filles nées de l’union avec Aliénor (1164). Dans le même temps, le roi soutient l’élection de Guillaume de Champagne sur le siège de Chartres contre l’avis de Rome.

8 Si T.E. atténue le rôle joué par la comtesse Marie de France dans l’essor de la littérature arthurienne, il confirme la très grande culture du Libéral (The Culture of Count Henry). Thibaud II, qui souffrait des faiblesses de sa formation intellectuelle, voulait le meilleur pour son héritier. La bibliothèque d’Henri, réunie à Saint-Étienne de Troyes, rassemble des œuvres historiques (Histoire d’Alexandre, Quinte-Curce, Hugues de Fleury) dont le comte charge Nicolas de Montiéramey de se procurer des copies dans les scriptoria de Reims et de Beauvais. Bien éduqué, Henri est un modèle de prince qui contraste, selon Jean de Salisbury (Policraticus), avec le gouvernement tyrannique d’Henri Plantagenêt !

9 C’est que la province de Sens et la Champagne constituent alors des terres d’accueil pour les prélats anglais qui accompagnent Thomas Becket dans son exil (Pesky Prelates and English Exiles, 1165–1170). Le bouillonnement intellectuel profite à la cour d’Henri Ier, lequel complète alors sa bibliothèque en faisant copier et peindre des mss selon la mode du « Channel Style ». Le Libéral entretient des relations privilégiées avec les évêques de Troyes, des hommes de son entourage dont il a favorisé la carrière, et réforme les chapitres Saint-Quiriace de Provins et Saint-Maclou de Bar-sur-Aube. Pour autant, l’A. montre que les conflits avec les autorités ecclésiastiques sont nombreux et témoignent, comme dans l’Angleterre d’Henri II, des conflits d’intérêt entre le pouvoir civil et le pouvoir épiscopal : soutien à la révolte communale contre l’archevêque de Reims (1167–1171) ; octroi d’une charte communale contre l’évêque de Meaux (1179), où le comte aurait souhaité installer une autre foire ; conflit avec l’évêque de Troyes Mathieu de Provins au sujet de l’exemption du chapitre Saint-Étienne.

10 Le gouvernement d’Henri le Libéral est marqué par la mise en place d’une administration efficace, constituée autour de la chancellerie troyenne, d’un conseil fidèle, de baillis – institués avant 1161 – qui collectent l’impôt et d’une féodalité connue et maîtrisée grâce à la mise par écrit du rôle des fiefs (Count Henry in Mid-Life, 1171–1175). Le succès des foires assure la richesse du prince qui rémunère désormais ses vassaux au moyen des fiefs-rente et gagne un surnom posthume en se montrant généreux avec les établissements monastiques de ses domaines.

11 Répondant à l’appel du pape Alexandre III, Henri Ier engage les préparatifs d’un nouveau voyage outre-mer (The Last Years, 1176–1181). Cette expédition, qui prend la route depuis Marseille, débarque à Acre en juillet 1179 et s’avère impuissante à sauver Tibériade tombée aux mains de Saladin. Après avoir visité les lieux saints, le comte est capturé par les Turcs (été 1180) sur le chemin du retour et doit sa liberté à la rançon versée par Manuel Comnène. Rentré malade, il meurt peu après à Troyes le 16 mars 1181 après avoir tenu la promesse, faite à saint Mammès pendant sa captivité, d’une dernière libéralité au chapitre de Langres. Fait nouveau pour un prince laïque, son corps n’est pas déposé dans un monastère mais dans le chœur de sa chapelle palatine, destinée dès l’origine à devenir la nécropole du lignage. À la suite de X. Dectot [36], l’A. décrit le luxe de ce somptueux « tombeau reliquaire » en cuivre émaillé, alors unique en son genre, composé du vivant même d’Henri autour d’un programme iconographique puisant aux sources littéraires du temps – Alexandréïde de Gautier de Châtillon notamment – et magnifié par les vers de Simon Chèvre-d’Or.

12 Concluant sur l’héritage et la postérité du règne du Libéral (Legacy and Afterlife), T.E. confirme que ce comte fut le véritable fondateur de la principauté champenoise, une principauté qu’il laisse au soin de sa veuve, chargée de régenter la Champagne pendant la minorité de leur fils Henri II. La mémoire du Libéral était encore vivace chez les chroniqueurs champenois des xiiie et xive siècles (Aubri de Trois-Fontaines, Jacques de Vitry, Jean de Joinville) dont les œuvres traduisent la circulation d’anecdotes et d’exempla, dont le plus étonnant reste la légende d’Anne Musnier [37].

13 Au final, T.E. livre, dans un style élégant, un ouvrage particulièrement riche et d’une grande érudition, doté d’un appareil critique très utile (tables onomastiques, chronologie, bibliographie, index). On pourra regretter certaines contingences éditoriales limitant les illustrations à une dizaine de cartes et plans en noir et blanc, et une bibliographie entachée de nombreuses scories. Pour autant, l’intérêt de ce livre dépasse de très loin l’histoire de la Champagne, entraînant le lecteur au cœur de la Renaissance du xiie siècle.

14 Arnaud Baudin


Date de mise en ligne : 15/11/2019

https://doi.org/10.3917/rma.243.0733zzb