Philostorge, Histoire ecclésiastique , éd. Joseph Bidez, trad. Édouard Des Places, introd., révision de la trad., notes et index par Bruno Bleckmmann, Doris Meyer, † Jean-Marie Prieur, Paris, Cerf, 2014 ; 1 vol., 621 p. (Sources chrétiennes, 564). ISBN : 978-2-204-10189-9. Prix : € 48,00
- Par Pierre Toubert
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- TOUBERT, Pierre,
- Toubert, Pierre.
- Toubert, P.
https://doi.org/10.3917/rma.231.0131i
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1 L’Histoire ecclésiastique de Philostorge est une œuvre remarquable à plus d’un titre. C’est tout d’abord la seule histoire de l’Église qui émane d’un milieu hérétique, en se revendiquant avec force du courant arien (parfois dit « néo-arien ») radical fondé sur les enseignements d’Eunome de Cyzique. Elle est donc représentative d’un mouvement hétérodoxe trinitaire post-nicéen, interdit sous Théodose II et condamné à l’évanescence dans le premier quart du ve siècle. Elle n’est parvenue à nous que par des sources indirectes : essentiellement par un ample résumé ou Epitomè du patriarche Photius (ixe siècle) repris au xive siècle par Nicéphore Calliste et par les passages de Philostorge contenus dans la Vie de saint Artémius, saint militaire vénéré à Byzance, et destinés par l’auteur de l’Artemisii Passio à nous en restituer le contexte historique. À quoi il faut ajouter le résumé succinct fait par Photius lui-même dans sa Bibliothèque, les notations du grand dictionnaire de la Souda tirées de Philostorge et celles de divers témoins byzantins. Le texte critique publié reproduit celui de J. Bidez. Il est ici accompagné d’une excellente traduction, d’une substantielle introduction (p. 9–127) et d’un appareil d’index complet. C’est dire que le présent volume enrichit de collection des Sources chrétiennes d’un volume de qualité destiné à prendre sa place dans la série des auteurs essentiels à l’histoire de l’Église post-nicéenne. Acquis d’autant plus notable que nous avons affaire avec Philostorge à un auteur difficile, à un texte de tradition complexe et ce, à un point de vue auquel son hétérodoxie confère un caractère très original. Sans avoir à entrer ici dans une analyse de contenu auquel l’exposé introductif de B. Bleckmann et D. Meyer assure une très bonne compréhension, on doit noter l’intérêt que présente pour le spécialiste du haut Moyen Âge occidental l’accès à cet auteur, pour lui somme toute marginal. Dignes d’une attention évidente sont naturellement les pages que Philostorge consacre à l’irruption dans l’histoire les « nouveaux » peuples barbares : Goths, Visigoths, Sarmates et Huns. Bien connus sont les passages concernant la christianisation des Goths et le rôle d’Ulfila (ii, chap. 5), ceux sur les premières errances des Huns (xi, chap. 8) ou sur les ravages des troupes d’Alaric (xii, chap. 2–3). Il nous semble cependant qu’une lecture suivie de l’œuvre telle qu’elle est désormais rendue aisée permet de mieux en mesurer le poids pour l’histoire de la culture au haut Moyen Âge en général. Philostorge en effet est loin de n’être dans son Histoire qu’un apologiste véhément de l’hérésie néo-arienne. C’est aussi un auteur féru de géographie et d’anthropologie, attentif à la description des pays, à celles des peuples, des calamités naturelles et des phénomènes célestes, à la recherche de leurs causalités, etc. Les É. soulignent justement la précision de son vocabulaire scientifique et en particulier médical ainsi que son souci de dépasser les connaissances acquises par la tradition littéraire grecque depuis Hérodote en matière de chorographie et d’anthropologie. C’est la qualité de cette information et de ces curiosités autant que celle de son style qui explique l’ampleur de l’Epitomè de Photius au ixe siècle et l’admiration que celui-ci voue, malgré tout, à un auteur aussi condamnable. Également notable est la faveur dont, sous cette forme, il a continué à jouir à Byzance aux xiiie–xive siècles. Il faut se réjouir de disposer avec cette édition d’un texte si évocateur des grands problèmes dont le Moyen Âge occidental, situé au même carrefour que Byzance de la science post-aristotélicienne et de l’anthropologie chrétienne, a continué de se poser.
2 Pierre Toubert