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Compte rendu

Robert G. Heath, Le Schisme occidental de 1054. Les Francs imposent leur Credo à l’Église romaine, 3e éd., Lyon, Éd. du Cosmogone, 2012 ; 1 vol., 60 p. ISBN : 978-2810300822. Prix : € 14,50

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Citer cet article


  • Moulet, B.
(2016). Robert G. Heath, Le Schisme occidental de 1054. Les Francs imposent leur Credo à l’Église romaine, 3e éd., Lyon, Éd. du Cosmogone, 2012 ; 1 vol., 60 p. ISBN : 978-2810300822. Prix : € 14,50. Le Moyen Age, Tome CXXII(3), XXV-XXV. https://doi.org/10.3917/rma.223.0701y.

  • Moulet, Benjamin.
« Robert G. Heath, Le Schisme occidental de 1054. Les Francs imposent leur Credo à l’Église romaine, 3e éd., Lyon, Éd. du Cosmogone, 2012 ; 1 vol., 60 p. ISBN : 978-2810300822. Prix : € 14,50 ». Le Moyen Age, 2016/3 Tome CXXII, 2016. p.XXV-XXV. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-le-moyen-age-2016-3-page-XXV?lang=fr.

  • MOULET, Benjamin,
2016. Robert G. Heath, Le Schisme occidental de 1054. Les Francs imposent leur Credo à l’Église romaine, 3e éd., Lyon, Éd. du Cosmogone, 2012 ; 1 vol., 60 p. ISBN : 978-2810300822. Prix : € 14,50. Le Moyen Age, 2016/3 Tome CXXII, p.XXV-XXV. DOI : 10.3917/rma.223.0701y. URL : https://shs.cairn.info/revue-le-moyen-age-2016-3-page-XXV?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rma.223.0701y


1 Voilà un petit ouvrage bien particulier. Son A., R.G. Heath, se présente à la fois comme historien, sociologue, philosophe, plus globalement un érudit qui cherche ici à raconter, à la manière d’un conte ou d’une histoire, les soubresauts qui conduisirent à la rupture de 1054 entre les Églises d’Orient et d’Occident, le tout dans une perspective originale, à savoir un « schisme occidental » et non plus « oriental ». La dimension théologique n’est pas absente, mais elle laisse place aussi aux cheminements politiques qui divisèrent peu à peu, dès le viiie siècle, les deux grands espaces de la chrétienté.

2 Assez court, l’ouvrage doit donc se lire comme un récit. Sa table des matières fait apparaître de très nombreuses sections, qui renvoient en réalité à des paragraphes successifs dans le texte ; cette table permettra néanmoins au lecteur de s’orienter dans le texte. Il en ressort en tout cas une approche résolument occidentale de ces relations et des débats sur le Filioque.

3 C’est en effet ce thème, purement théologique et dogmatique à l’origine, qui est le point de départ de cette petite histoire ; ajouté au Credo franc qui est introduit au viiie siècle dans la liturgie catholique à l’initiative de Charlemagne, il est le signe de l’alliance entre les Francs et la papauté. L’A. retrace dans un premier temps l’histoire du Credo, auquel s’est peu à peu joint le Filioque – c’est-à-dire l’idée que le Saint-Esprit procède à la fois du Père et du Fils – jusqu’à son introduction dans le monde franc au viiie siècle, dans le contexte de l’émergence du pouvoir carolingien auprès duquel la papauté allait trouver un soutien et un allié politique et militaire face aux Lombards ; les Carolingiens allaient, quant à eux, y trouver un moyen de légitimer religieusement leur pouvoir (p. 20–31). Cette alliance allait en particulier se marquer par le fait, comme l’écrit l’A., que « la liturgie (romaine) se hissa au rang de loi impériale » (p. 27), permettant ainsi sa diffusion dans l’Europe carolingienne.

4 La suite du récit est consacrée aux premiers soubresauts dogmatiques et théologiques entre Orient et Occident à la fin du viiie siècle, dans le contexte du concile œcuménique de Nicée ii, principalement consacrée à la lutte contre l’iconoclasme dans le monde byzantin. Dans cette controverse sur les images et plus largement sur les rapports d’autorité entre l’Église et le pouvoir temporel (des deux côtés de l’Europe), « la question du Filioque allait devenir un autre sujet de conflit liturgique » (p. 33). Pour les penseurs du monde carolingien, l’enjeu était d’affirmer le statut de prêtre-roi de Charlemagne, au détriment du pouvoir pontifical et du monde byzantin : il ne pouvait y avoir, à la tête de la chrétienté, qu’un seul nouveau David, et le synode de Francfort en 794 proclama clairement qu’il ne pouvait s’agir que du roi franc. Pour l’A., le « schisme » qui allait séparer les branches occidentale et orientale de l’Église trouve son origine dans le couronnement impérial de Charlemagne en 800 ; finalement, l’ajout du Filioque au Credo et surtout l’introduction de celui-ci dans la liturgie romaine n’étaient qu’un prétexte à l’affirmation du pouvoir franc. Le Filioque devint néanmoins composante de la doctrine officielle de l’Église lors du synode d’Aix-la-Chapelle en 809, s’appliquant ainsi à tout le monde carolingien, alors même que le pape ne fut pas consulté – il rejeta d’ailleurs cette décision par la suite, car selon lui, personne n’était apte à modifier le Credo originel, celui défini en 381 (p. 40–42). La façon dont ce Credo fut modifié et cette modification imposée au pape constituent alors, aux yeux de l’A., « une fusée à retardement » (p. 44), tant en Occident que dans les rapports de celui-ci avec l’Orient.

5 Ceux-ci se compliquèrent à la fin du ixe siècle, dans le contexte de l’expansion chrétienne en Bulgarie, que chaque Église disait appartenir à sa sphère d’influence. Ce fut surtout le moment de la rivalité entre deux grandes personnalités, le pape Nicolas Ier et le patriarche Photios de Constantinople (p. 45–49).

6 Aux xexie siècles, le Credo franc s’était définitivement installé dans la liturgie romaine ; et c’est dans ce contexte qu’eut lieu l’ambassade pontificale à Constantinople en 1054, au terme de laquelle les légats accusèrent l’Église byzantine « d’avoir “omis” le Filioque dans leur Credo. C’est ainsi que le schisme qui avait pris racine dans l’Église au ixe siècle s’est cristallisé autour d’une question très ancienne » (p. 51).

7 Et l’A. de conclure : « notre conviction est la suivante : c’est dans le seul contexte de la réforme liturgique franque, liée par sa nature même à l’Église et imposée par un “roi liturgique”, que la controverse du Filioque prend la dimension historique dont nous devons peser tout le poids. Si cette question a eu de si profondes répercussions, c’est parce qu’elle créait une fissure dans le seul et unique ciment spirituel qui unissait tous les hommes » (p. 51–52).

8 Au final, le titre de l’ouvrage en résume bien l’esprit : la perspective est clairement occidentale, et les origines du « schisme » de 1054 sont à chercher d’abord en Occident. On pourra néanmoins objecter à l’A. que si la querelle théologique fut évidente et joua un rôle non négligeable, ce fut surtout le détachement progressif de deux mondes qui causa cette « rupture », loin d’être si événementielle qu’on l’a longtemps écrit. C’est sans doute le bémol à apporter à cette petite histoire – au demeurant bien écrite et agréable à lire ; bien des dimensions de ces relations échappent au propos, et la bibliographie, plutôt rare et relativement ancienne, en est le signe.

9 Rendons néanmoins hommage à l’A. qui souhaitait changer le point de vue sur cet événement ; ainsi clôt-il son ouvrage : « nos manuels d’histoire ne devraient plus jeter sur l’Orient un doigt accusateur en parlant du “Grand Schisme d’Orient”. Car, en 1054, c’est bien le Schisme occidental qui a pris définitivement le pas. » (p. 53). Le pari est plutôt réussi.

10 Benjamin Moulet


Date de mise en ligne : 21/08/2017

https://doi.org/10.3917/rma.223.0701y