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Compte rendu

Carla Casagrande, Silvana Vecchio, Passioni dell’anima. Teorie e usi degli affetti nella cultura medievale, Florence, SISMEL–Ed. del Galluzzo, 2015 ; 1 vol., vi–438 p. (Micrologus’ Library, 70). ISBN : 978-88-8450-654-2. Prix : € 62,00

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  • Boquet, D.
(2016). Carla Casagrande, Silvana Vecchio, Passioni dell’anima. Teorie e usi degli affetti nella cultura medievale, Florence, SISMEL–Ed. del Galluzzo, 2015 ; 1 vol., vi–438 p. (Micrologus’ Library, 70). ISBN : 978-88-8450-654-2. Prix : € 62,00. Le Moyen Age, Tome CXXII(3), XLII-XLII. https://doi.org/10.3917/rma.223.0701zp.

  • Boquet, Damien.
« Carla Casagrande, Silvana Vecchio, Passioni dell’anima. Teorie e usi degli affetti nella cultura medievale, Florence, SISMEL–Ed. del Galluzzo, 2015 ; 1 vol., vi–438 p. (Micrologus’ Library, 70). ISBN : 978-88-8450-654-2. Prix : € 62,00 ». Le Moyen Age, 2016/3-4 Tome CXXII, 2016. p.XLII-XLII. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-le-moyen-age-2016-3-page-XLII?lang=fr.

  • BOQUET, Damien,
2016. Carla Casagrande, Silvana Vecchio, Passioni dell’anima. Teorie e usi degli affetti nella cultura medievale, Florence, SISMEL–Ed. del Galluzzo, 2015 ; 1 vol., vi–438 p. (Micrologus’ Library, 70). ISBN : 978-88-8450-654-2. Prix : € 62,00. Le Moyen Age, 2016/3-4 Tome CXXII, p.XLII-XLII. DOI : 10.3917/rma.223.0701zp. URL : https://shs.cairn.info/revue-le-moyen-age-2016-3-page-XLII?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rma.223.0701zp


1 Voilà au moins dix ans que C. Casagrande et S. Vecchio ont initié le projet d’écrire une histoire des passions dans la pensée chrétienne médiévale, d’Augustin à Jean Gerson ; une entreprise jalonnée de plusieurs dizaines d’art. et d’une traduction nouvelle par S.V. du traité des passions de Thomas d’Aquin inséré dans sa Somme de théologie. Le présent livre rassemble une sélection de dix-huit études, synthétiques ou monographiques, dont la grande majorité a déjà été publiée. Néanmoins, le résultat n’a rien d’une sèche compilation d’art., parce que les textes ont été remaniés, mais surtout parce que leur agencement même dévoile la cohérence et la singularité du projet, parfaitement présenté en introduction. De toute évidence, ces textes ont été pensés et écrits en leur temps dans la perspective du livre à venir. À la différence des synthèses de R. Sorabji, S. Knuuttila ou D. Perler, les A. ne s’intéressent pas seulement aux théories philosophiques des passions mais aussi aux textes qui codifient leurs usages (dans les artes praedicandi, les sommes de confession ou les traités de spiritualité). Après une section consacrée aux Pères de l’Église (Augustin, Cassien, Grégoire le Grand), les trois autres sections réalisent le programme des A. : traiter des conceptions savantes des émotions sur le plan de l’anthropologie théologique, puis du système moral des vices et des vertus et enfin considérer le discours normatif dans le contexte de la prédication, de la pénitence et de la spiritualité. Malgré l’absence de conclusion, l’entreprise diachronique apparaît clairement. Ainsi, se dégagent quatre pôles et deux grands paliers (l’Antiquité tardive et les xiiexiiie siècles) d’une histoire des théories chrétiennes de l’émotion. Le premier pôle est incarné par Augustin qui fonde le nouveau paradigme chrétien (les émotions sont une nécessité au salut) et dessine un modèle qui irrigue tout le Moyen Âge, celui de la conversion des passions ; le deuxième pôle, qui commence à prendre forme au même moment, est porté par le « stoïcisme monastique » de Cassien et de Grégoire le Grand qui se distingue de l’ambivalence augustinienne des passions en confortant la place de la douleur et surtout en associant passions et vices. Ce dernier modèle, à des degrés divers, sera expérimenté essentiellement dans les milieux monastiques au haut Moyen Âge. Le xiie siècle établit un autre palier, que les A. considèrent à partir des écrits d’Abélard ou encore de Richard de Saint-Victor (avec une excellente étude sur la honte dans le Benjamin Minor) qui, avec les cisterciens, rendent compte d’une pensée complexe et entament le processus de naturalisation de la puissance affective, sans séparer théorie et pratique spirituelle. Enfin, le temps des universités correspond à celui des systématisations qui, au contact d’Aristote, renforcent l’union corps-âme dans la vie passionnée (Guillaume d’Auvergne, Jean de la Rochelle, Thomas d’Aquin) et produisent des instruments didactiques qui discutent de l’efficacité de l’émotion dans la rhétorique du prédicateur ou les techniques de la pénitence.

2 Au terme de ce parcours, qui joue avec profit des changements d’échelles, se confirme la centralité des affects dans l’anthropologie savante et la pratique pastorale (parce qu’ils sont au cœur de la dynamique du salut, de la détermination morale des vices et des vertus et des stratégies d’union spirituelle au divin) ; une centralité plurielle, traversée par plusieurs courants, entre valorisation et méfiance. La force du livre, d’une érudition impeccable, tient dans l’articulation de ces différents niveaux – que l’on pourrait aisément élargir vers d’autres cercles : la médecine, la mystique, la théorie politique, la littérature, etc. – qui participent d’une histoire globale et internationalisée des émotions médiévales, laquelle, riche de plusieurs traditions historiographiques, offre désormais toutes les preuves de sa maturité. Comment ne pas s’en réjouir ?

3 Damien Boquet


Date de mise en ligne : 21/08/2017

https://doi.org/10.3917/rma.223.0701zp