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Compte rendu

Emanuele Arioli, Ségurant ou le Chevalier au Dragon. Roman arthurien inédit (xiiiexve siècles), Paris, De Boccard, 2016 ; 1 vol., 194 p. (Histoire littéraire de la France, 45). ISBN : 978-2-87754-322-4

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Citer cet article


  • Winand, V.
(2016). Emanuele Arioli, Ségurant ou le Chevalier au Dragon. Roman arthurien inédit (xiiie–xve siècles), Paris, De Boccard, 2016 ; 1 vol., 194 p. (Histoire littéraire de la France, 45). ISBN : 978-2-87754-322-4. Le Moyen Age, Tome CXXII(3), II-II. https://doi.org/10.3917/rma.223.0701b.

  • Winand, Véronique.
« Emanuele Arioli, Ségurant ou le Chevalier au Dragon. Roman arthurien inédit (xiiie–xve siècles), Paris, De Boccard, 2016 ; 1 vol., 194 p. (Histoire littéraire de la France, 45). ISBN : 978-2-87754-322-4 ». Le Moyen Age, 2016/3 Tome CXXII, 2016. p.II-II. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-le-moyen-age-2016-3-page-II?lang=fr.

  • WINAND, Véronique,
2016. Emanuele Arioli, Ségurant ou le Chevalier au Dragon. Roman arthurien inédit (xiiie–xve siècles), Paris, De Boccard, 2016 ; 1 vol., 194 p. (Histoire littéraire de la France, 45). ISBN : 978-2-87754-322-4. Le Moyen Age, 2016/3 Tome CXXII, p.II-II. DOI : 10.3917/rma.223.0701b. URL : https://shs.cairn.info/revue-le-moyen-age-2016-3-page-II?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rma.223.0701b


Notes

  • [1]
    Sur le personnage de Ségurant et sa place dans l’histoire littéraire d’inspiration guironienne, N. Morato, Il ciclo di Guiron le Courtois. Strutture e testi nella tradizione manoscritta, Florence, 2010, p. 219–256.
  • [2]
    E. Löseth, Le Roman de Tristan, le Roman de Palamède et la Compilation de Rusticien de Pise. Analyse critique d’après les manuscrits de Paris, Paris, 1890, p. 434.
  • [3]
    Comme le proposait N. Koble, Un nouveau Ségurant en prose ? Le manuscrit de Paris, Arsenal, MS 5229, un roman arthurien monté de toutes pièces, Le Romanesque à la fin du Moyen Âge, éd. D. Regnier-Bohler, Bordeaux, 2009, p. 69–94.
  • [4]
    À ce propos, une comparaison avec la reconstruction proposée par C. Lagomarsini, Les Aventures des Bruns. Compilazione guironiana del secolo xiii attribuibile a Rustichello da Pisa, Florence, 2014, serait des plus intéressantes, celui-ci avançant une reconstruction et une dénomination différentes de l’œuvre.
  • [5]
    Lagomarsini, Les Aventures des Bruns, p. 109–120.

1 Prolégomènes à une édition critique qui paraîtra prochainement chez Champion, l’ouvrage d’E. Arioli, tiré de sa thèse soutenue à l’École nationale des Chartes, est consacré à l’étude du roman arthurien en prose de Ségurant ou le Chevalier au Dragon, titre conventionnel donné par l’A. de cette étude en référence au protagoniste. Celui-ci, dernier descendant de la lignée des Bruns et neveu de Guiron le Courtois, accomplit ses exploits du temps d’un Lancelot qu’il aurait bien pu éclipser, s’il n’avait pas été victime d’un enchantement le condamnant à poursuivre sans cesse un démon ayant l’apparence d’un dragon et le reléguant, par voie de conséquence, au second plan dans le panorama des héros arthuriens [1].

2 Le livre est subdivisé en trois chap. : le premier, consacré à la possible existence, déjà au xiiie siècle, d’un roman en prose sur Ségurant et à l’étude de sa tradition manuscrite (y compris un examen codicologique approfondi du Paris, Bibliothèque nationale de France (= BnF), Arsenal, ms. 5229, témoin principal de l’œuvre, p. 6–17) ; le deuxième, à son univers romanesque et à ses rapports transfictionnels avec les autres romans arthuriens (en particulier avec ses deux hypotextes principaux, le Lancelot et le Tristan en prose) ; le dernier, enfin, à l’histoire littéraire du personnage éponyme, de l’Edda poétique norroise au Ring des Nibelungen de Wagner. S’y ajoutent une annexe fournissant l’analyse critique des diverses « versions » de Ségurant afin d’aider le lecteur à s’orienter dans ce vaste ensemble littéraire, ainsi qu’une bibliographie riche et actualisée. Mentionnons également, à la fin du premier chap. (p. 38–39), un diagramme de lecture des différentes « versions » des textes séguraniens permettant au lecteur de visualiser efficacement les relations qu’elles entretiennent entre elles.

3 L’hypothèse d’E.A., qui reprend et développe celle d’E. Löseth sur la potentielle existence d’une Geste des Bruns désormais perdue [2], découle d’une réinterprétation de la structure du ms. Paris, BnF, Arsenal, 5229 (Bourgogne, entre 1390 et 1403). En effet, la rédaction particulière transmise par ce témoin unique, au lieu de mêler aux Prophéties de Merlin une suite d’épisodes plus ou moins tardifs consacrés à Ségurant [3], entrelacerait, selon lui, ces mêmes Prophéties à un roman de Ségurant relativement ancien (daté d’entre 1240 et 1279 et localisé en Vénétie). Le Ségurant originel ne nous serait par conséquent parvenu que sous forme fragmentaire, dans le ms. de l’Arsenal, et aurait également laissé quelques traces, encore plus parcellaires, dans quelques témoins du cycle de Guiron le Courtois (Paris, BnF, ms. fr. 358, 12599, Turin, Bibliothèque nationale et universitaire, ms. L.I.7, pour ne citer que les principaux) et dans les Aventures des Bruns, qu’E.A. désigne par « seconde version de la Compilation de Rusticien de Pise » [4]. L’A. en propose par conséquent une analyse critique fondée sur ce témoin, qu’il considère, à la fois en raison de sa relative complétude et de sa forte cohérence, comme la « version cardinale » de Ségurant (par opposition à des « versions complémentaires » et à des « versions alternatives », attestées dans les autres mss), suivie de deux chap. d’analyse littéraire intéressants tant par l’ampleur pan-européenne des textes envisagés que par les diverses approches méthodologiques utilisées.

4 Le travail d’E.A. a donc le mérite d’attirer l’attention sur une série de récits arthuriens en prose jusqu’à présent peu connus, à propos desquels il avance courageusement l’hypothèse de la découverte d’un recentior non deterior dont il se propose de suivre « l’histoire poétique » et la fortune européenne au fil des siècles. Les prémisses qui la soutiennent ne sont pas dénués d’intérêt du point de vue méthodologique : en effet, le caractère originel et ancien du texte est affirmé sur la base de critères foncièrement internes, fondés sur une conception actualisée de la cohérence narrative du texte arthurien. Cette façon d’interpréter les données rassemblées constitue également le pari sur lequel repose l’entièreté de l’ouvrage, à partir du moment où E. Vinaver (et d’autres après lui) a démontré que la cohérence n’est pas en soi une valeur absolue de l’œuvre médiévale et que la présence de ce qui semble être des incohérences narratives au lecteur contemporain peut répondre à une certaine logique unitaire ; a contrario, l’extrapolation réalisée à partir de matériaux narratifs préexistants (telle est l’hypothèse de N. Koble relative à Ségurant) n’est pas forcément synonyme d’affaiblissement de la cohérence de l’œuvre.

5 Il serait cependant intéressant de considérer également la question entière de l’existence d’un roman de Ségurant à l’aide des outils de la critique externe, en particulier via une lecture de type stemmatique de l’histoire de la tradition textuelle, car les résultats obtenus pourraient déboucher sur un horizon interprétatif complexifié. En effet, dans son édition des Aventures des Bruns (avec lesquelles le Ségurant partage deux épisodes), C. Lagomarsini [5] propose un stemma codicum où le ms. Paris, BnF, Arsenal 5229 est localisé, au sein de la tradition manuscrite, dans une famille de témoins relativement tardifs copiés en France. La tâche de hiérarchiser ces deux hypothèses basées sur des approches méthodologiques complémentaires, qui nous ont déjà offert une vision riche et nuancée de la tradition textuelle des récits consacrés à Ségurant, reviendra aux études ultérieures. Et pourtant, l’aventure de ce héros n’en est qu’à ses débuts…

6 Véronique Winand


Date de mise en ligne : 21/08/2017

https://doi.org/10.3917/rma.223.0701b