Darius von Güttner-Sporzyński, Poland, Holy War, and the Piast Monarchy, 1100–1230, Turnhout, Brepols, 2014 ; 1 vol., xiv–294 p. (Europa Sacra, 14). ISBN : 978-2-503-54794-7. Prix : € 80,00
- Par Mathieu Olivier
Page XLVII
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- OLIVIER, Mathieu,
- Olivier, Mathieu.
- Olivier, M.
https://doi.org/10.3917/rma.222.0403zu
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Notes
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[41]
M. Gładysz, Zapomniani krzyżowcy. Polska wobec ruchu krucjatowego w xii–xiii e wieku, Varsovie, 2002 ; trad. anglaise The Forgotten Crusaders. Poland and the Crusader Movement in the Twelfth and Thirteenth Century, Boston, 2012.
1 On a beaucoup écrit sur l’irruption en terre polonaise du « mouvement de Croisade », sous l’habit des chevaliers teutoniques dans les années 1220–1230 ; beaucoup moins sur l’impact de cet esprit de croisade sur les princes de la dynastie Piast avant cette date, durant ce que l’on peut appeler un long xiie siècle polonais, de Boleslas Bouche-Torse à Conrad de Mazovie, le protecteur de l’ordre teutonique. La Pologne a-t-elle eu ses « guerres sacrées » avant que ce dernier ordre installé en Prusse ne s’en fasse une spécialité dans cette région de l’Europe ? L’ouvrage de D. von Güttner-Sporzyński se propose de répondre à cette question, en sept chap. et un peu plus de 200 p. de texte. Les cas avérés de nobles polonais prenant part aux aventures d’Outremer se comptent sur les doigts d’une seule main ; l’A. ne conteste pas ce constat implacable mais conforte tout de même, nouveaux arguments à l’appui, la thèse d’une participation du prince Henri de Sandomierz à la Seconde croisade (1147–1149). Plus important peut-être, les bords de la Vistule ont en quelque sorte connu leurs propres croisades, dans un contexte général bien connu, celui de l’élargissement progressif de la notion de guerre sainte à des campagnes de défense du nom chrétien les armes à la main, loin des Lieux saints de Palestine. De part et d’autre de la « croisade wende » du milieu du xiie siècle (qui comprit sans doute son contingent venu de Pologne), ce furent respectivement les guerres poméraniennes et les guerres prussiennes des Piast. À la lumière de ces analyses, l’appel lancé dans les années 1220 à l’ordre teutonique par le prince Conrad de Mazovie apparaît un peu moins comme le coup de théâtre absolu si souvent dépeint ; familiers déjà de l’esprit de croisade, mais conscients aussi de la capacité de résistance de peuples auxquels ils étaient confrontés depuis de longues décennies, les élites polonaises ont requis le soutien de ceux qui passaient alors pour les meilleurs spécialiste de la « mission armée ». La Pologne qui émerge de l’étude de D.v.G.S. n’est plus tout à fait cette périphérie fermée à l’esprit de croisade décrite par les historiens polonais de jadis, pour le déplorer ou bien au contraire s’en féliciter. À quelque dix ans de distance, l’A. s’engage ici dans une brèche ouverte par le travail réellement pionnier de l’historien polonais M. Gładysz, récemment traduit en langue anglaise [41]. La dette est du reste (à demi) avouée par D.v.G.S., dès l’introduction, mais fallait-il vraiment consacrer une nouvelle monographie sur une question aussi bien défrichée, sur une base documentaire restreinte qu’il n’est guère possible d’étoffer ? Ici ou là, l’A. conteste ou rectifie tel ou tel détail avancé par son prédécesseur, mais plus nombreux sont les passages où D.v.G.S. n’a guère d’autre choix que de marcher sur les traces de son devancier sans rien proposer de fondamentalement nouveau. C’est sans doute sur la question des vecteurs de la vulgarisation en Pologne de l’idée de guerre sainte – le chap. 2 – que le présent ouvrage propose des vues vraiment novatrices. Pour le reste, on pourra préférer se plonger dans Les Croisés oubliés de M. Gładysz, que le livre de D.v.G.S. ne parvient pas tout à fait à oblitérer, et encore moins à périmer.
2 Mathieu Olivier