Haskins Society Journal. Studies in Medieval History, éd. William North, Laura L. Gathagan, t. 24, 2012, Woodbridge, Boydell, 2013 ; 1 vol., xii–193 p. ISBN : 978-1-84383-830-2. Prix : GBP 45
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Citer cet article
- LACHAUD, Frédérique,
- Lachaud, Frédérique.
- Lachaud, F.
https://doi.org/10.3917/rma.222.0403h
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- Lachaud, F.
- Lachaud, Frédérique.
- LACHAUD, Frédérique,
https://doi.org/10.3917/rma.222.0403h
1 Les contributions rassemblées dans la dernière livraison du Haskins Society Journal permettent de faire le point sur un certain nombre d’avancées dans le domaine des études portant sur l’histoire des xie et xiie siècles, en particulier dans le contexte anglais et français, mais avec une ouverture géographique notable en direction du Portugal et de l’Italie. Le vieux débat autour de la mise en place du service militaire « féodal » en Angleterre reçoit ici un traitement renouvelé de la part de H.B. Clarke, qui s’appuie sur les documents relatifs aux seruitia debita établis pendant le règne de Guillaume Ier pour l’abbaye d’Evesham (Worcestershire) à la suite d’habiles négociations menées par l’abbé Ætheling, qui obtint un quota particulièrement favorable pour son établissement. L’étude prouve – cartographie importante à l’appui – qu’il paraît difficile de remettre radicalement en cause, dans le cas d’Evesham, la théorie de la sous-inféodation à l’époque de la Conquête. C.D. Stanton propose quant à lui de réévaluer une source négligée pour l’histoire des Normands en Méditerranée, l’Historia Sicula a Normannis ad Petrum Aragonensem, dont l’étude vient conforter le récit de Geoffroi Malaterra. L’auteur resté anonyme de l’Historia Sicula dut toutefois avoir accès à des sources musulmanes inconnues de Malaterra.
2 Les usages de la mémoire donnent lieu à deux études. D. Roach analyse la place des objets matériels comme support de la mémoire d’une communauté monastique dans une étude de l’Historia ecclesiastica d’Orderic Vital : livres, éléments d’architecture, tombeaux contribuaient à la visibilité du passé grâce à un usage continu et à une tradition orale dont le récit d’Orderic se fait l’écho. S. Foot examine les archives anglo-saxonnes de l’abbaye de Bury St Edmund, en soulignant particulièrement l’usage qui fut fait des premières chartes – dont l’authenticité doit être partiellement remise en doute – par l’abbé dans un conseil royal en 1081, afin d’obtenir la reconnaissance de l’exemption de Bury par rapport à la juridiction diocésaine.
3 Plusieurs études portent sur les pratiques religieuses. La contribution de J. Howe offre un éclairage tout à fait inattendu sur la flagellation dans les milieux ascétiques italiens. Contrairement à ce qui a été longtemps avancé, il faudrait voir dans les origines de la flagellation telle qu’elle fut institutionnalisée autour de Pierre Damien une pratique érémitique qui trouverait son origine dans des milieux populaires dans l’Ombrie et dans les Marches. Les pratiques religieuses des croisés sont examinées par S.A. Throop dans une étude du De expugnatione Lyxbonensi, le récit de l’expédition de croisade et de la conquête de Lisbonne en 1147–1148. Grâce à une analyse très fouillée de cette source, elle démontre les similarités entre la communauté des croisés, laquelle fut notamment établie sur la base des Règles de Dartmouth mises en place la veille du départ, et les communautés monastiques, et rappelle que l’idéal de la réforme religieuse monastique, adapté aux laïcs, était bien présent dans le cadre de la croisade. La position singulière de certains laïcs vis-à-vis des communautés monastiques fait aussi l’objet de la contribution de M. Otter, qui propose une lecture renouvelée de la Vita de Godric de Finchale par le moine Reginald de Durham. La position liminale de Godric vis-à-vis de la communauté monastique est bien mise en valeur, que ce soit en matière de pratiques religieuses ou dans le domaine culturel.
4 Il faut enfin faire une place particulière à l’importante contribution d’A. Vitória sur la culture portugaise aux xiie et xiiie siècles, un domaine rarement exploré dans les ouvrages en anglais ou en français. Si le Portugal semble être resté relativement en marge des grands développements caractéristiques de la « Renaissance du xiie siècle », il fut réceptif, dès le troisième quart du xiie siècle, aux avancées du droit. Les grandes œuvres du droit canon et du droit romain y furent présentes à une date précoce, et l’analyse des décisions juridiques de la royauté comme de la pratique des cours démontre à quel point le système judiciaire et légal portugais fut ouvert aux procédures romano-canoniques. La monarchie portugaise s’appuya d’ailleurs en grande partie sur la pensée issue de cette tradition légale pour se renforcer face aux pouvoirs concurrents.
5 Frédérique Lachaud