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Compte rendu

Sigbjørn Olsen Sønnesyn, William of Malmesbury and the Ethics of History, Woodbridge, Boydell, 2012 ; 1 vol., 302 p. ISBN : 9781843837091. Prix : GBP 60

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  • Lachaud, F.
(2015). Sigbjørn Olsen Sønnesyn, William of Malmesbury and the Ethics of History, Woodbridge, Boydell, 2012 ; 1 vol., 302 p. ISBN : 9781843837091. Prix : GBP 60. Le Moyen Age, Tome CXXI(3), XXXIX-XXXIX. https://doi.org/10.3917/rma.213.0743zm.

  • Lachaud, Frédérique.
« Sigbjørn Olsen Sønnesyn, William of Malmesbury and the Ethics of History, Woodbridge, Boydell, 2012 ; 1 vol., 302 p. ISBN : 9781843837091. Prix : GBP 60 ». Le Moyen Age, 2015/3 Tome CXXI, 2015. p.XXXIX-XXXIX. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-le-moyen-age-2015-3-page-XXXIX?lang=fr.

  • LACHAUD, Frédérique,
2015. Sigbjørn Olsen Sønnesyn, William of Malmesbury and the Ethics of History, Woodbridge, Boydell, 2012 ; 1 vol., 302 p. ISBN : 9781843837091. Prix : GBP 60. Le Moyen Age, 2015/3 Tome CXXI, p.XXXIX-XXXIX. DOI : 10.3917/rma.213.0743zm. URL : https://shs.cairn.info/revue-le-moyen-age-2015-3-page-XXXIX?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rma.213.0743zm


1 L’œuvre de Guillaume de Malmesbury (ca 1095–ca 1143) a toujours retenu l’attention des historiens – et cela dès le Moyen Âge – mais ces dernières années ont vu, dans le cadre d’une approche renouvelée de la production historiographique du xiie siècle en Angleterre, un essor considérable des études qui lui sont dédiées, qu’il s’agisse de l’analyse du lien entre l’idée de masculinité/féminité et l’histoire des gentes (K. Fenton), des notions de civilité et de barbarie (J. Gillingham), des modèles de la bonne royauté (J. Haahr), de la satire et de l’influence des classiques (R. Thomson) ou encore des vertus associées à la royauté (B. Weiler). En parallèle, son œuvre a connu de nouvelles éditions, accompagnées de traductions, qui la rendent plus accessible. Au sein de cette vaste entreprise collective, l’ouvrage de S. Sønnesyn présente l’originalité de venir situer la vision de Guillaume de Malmesbury dans le contexte de la perpétuation des idéaux classiques et patristiques en matière éthique. Opérant le lien entre la production non historique de Guillaume et ses œuvres historiques – en fait essentiellement les Gesta regum Anglorum (ca 1125) –, l’A. suggère que le schéma d’interprétation de l’histoire est ici subordonné à une vision éthique de la royauté et plus largement de tout pouvoir, rejoignant le point de vue de contemporains comme Othon de Freising ou Jean de Salisbury. Il s’agit en effet d’une dimension essentielle, chez les auteurs du Moyen Âge, à la fois de la vision de l’histoire et de celle des obligations liées au pouvoir : dans les deux cas, cette dimension éthique peut nous paraître aujourd’hui hors de propos, et c’est à l’historien d’en justifier la place et d’en démontrer la cohérence dans les œuvres médiévales.

2 Dans un premier chap. (Histoire et éthique : le cadre d’une enquête), l’A. s’interroge sur la signification de l’écriture de l’histoire comme pratique dans les établissements bénédictins de la première moitié du xiie siècle en Angleterre, avant de se tourner, dans le chap. suivant (L’éthique : de la philosophie classique à la pratique monastique), sur la transmission de l’éthique classique – avant tout incarnée par Cicéron et Sénèque –, à l’époque patristique et au Moyen Âge, les termes ethica et moralis renvoyant à la science des actions humaines et aux habitudes d’action. Les vertus cardinales et la question des fins dernières sont au cœur de l’éthique, mais la définition des vertus comme du bien suprême fut naturellement modifiée au moment de la transmission de ces notions aux auteurs chrétiens. La quête de la beatitudo reposait notamment sur un bon ordonnancement des parties de l’âme, une idée reprise par Anselme de Cantorbéry, que Guillaume de Malmesbury connut peut-être et dont il édita les œuvres. Un autre apport de l’éthique classique fut celui des communautés morales, une notion que Guillaume reprit dans sa version augustinienne. Après cette mise en place des éléments fondamentaux de cet héritage – une introduction qu’on pourra trouver un peu longue, mais qui pourra s’avérer utile au non-initié – c’est à partir du troisième chap. (La pensée éthique dans les ouvrages de Guillaume de Malmesbury) que l’A. pénètre dans le vif du sujet, en analysant les points de vue sur l’éthique développés par Guillaume dans son Commentaire sur les Lamentations et dans ses Miracles de la Vierge. Ces deux textes révèlent une forte influence augustinienne sur Guillaume de Malmesbury, que l’on retrouve incarnée dans sa perception du passé développée dans ses ouvrages historiques, mais aussi dans ses considérations critiques sur l’Église de son temps. Après une étude du rôle de l’histoire dans la transmission des valeurs éthiques (La lecture de l’éthique et l’éthique de la lecture : l’histoire comme véhicule pour l’éducation morale), un très long chap. analyse la dimension éthique des livres 1 et 2 des Gesta regum Anglorum, qui couvrent l’histoire de l’Angleterre jusqu’à la Conquête. L’analyse des trois lettres d’introduction – au roi David Ier d’Écosse, à l’impératrice Mathilde et à Robert de Gloucester – souligne l’importance des valeurs éthiques dans le travail de l’historien : l’histoire doit faire le récit des hauts faits et des actes vils, et donne les leçons qu’il faut tirer du passé. Les thèmes majeurs du livre premier (la fusion des Anglais en un seul peuple, l’unification du royaume sous un seul prince et l’amélioration des mores) doivent être compris à la lumière de l’idée de communauté humaine – plus révélatrice de la pensée de Guillaume de Malmesbury que ses réflexions sur l’ethnicité – et de l’exercice des vertus ; ainsi, l’absence de tempérance est concomitante de la dégénérescence qui mène à la défaite face à l’ennemi. La figure du roi est bien au cœur du propos de Guillaume de Malmesbury : c’est le roi qui donne l’exemple par sa pratique des vertus, c’est sa soumission à Dieu qui assure le succès de son règne. L’analyse du texte des Gesta montre à quel point les qualités des bons rois, tels Æthelberht, Eadbald ou Earconberht, correspondent aux vertus de la philosophie classique, mais sans que leur auteur explicite jamais son point de vue. Le chap. suivant (Les rois normands) analyse les pages que Guillaume de Malmesbury consacre aux trois premiers rois normands en reprenant le schéma de la biographie imposé par Suétone, mais en interprétant leurs actions à la lumière de la classification des vertus et des vices. Ainsi, Guillaume le Roux se démarque par sa prodigalité, qui l’entraîne à spolier les églises comme ses sujets laïques pour satisfaire son entourage. La Conquête normande ne constitue pas une césure dans la vision qu’a Guillaume de Malmesbury des vertus du bon roi, solidaire de son peuple, et des vices du mauvais roi : l’invasion est perçue comme une correction divine, mais sans que l’entité fondamentale que constitue la communauté morale des Anglais ne soit remise en question. Il semble que la fusion des deux gentes – Anglais et Normands – dans la personne de Guillaume Adelin aurait pu constituer un accomplissement idéal dans la perspective téléologique adoptée par Guillaume de Malmesbury : mais la mort prématurée de l’héritier légitime brisa cet espoir, sans que l’auteur des Gesta puisse véritablement présenter une issue alternative. C’est bien en dernière lecture à la lumière du schéma augustinien et de l’adaptation chrétienne de la philosophie classique qu’il faut comprendre le projet de Guillaume de Malmesbury.

3 On peut sans doute regretter que l’ensemble de l’œuvre historique de Guillaume de Malmesbury n’ait pas fait l’objet d’une analyse systématique dans l’ouvrage, les Gesta pontificum Anglorum et l’Historia Novella n’étant qu’à peine évoqués. Surtout, la dimension didactique de l’étude aurait pu être allégée au profit d’une analyse qui aurait davantage fait leur place aux réalisations historiographiques contemporaines de celle de Guillaume de Malmesbury. En l’état, il s’agit toutefois d’un ouvrage qui vient apporter une contribution notable à la connaissance de la vie intellectuelle de la première moitie du xiie siècle en Angleterre.

4 Frédérique Lachaud


Date de mise en ligne : 06/06/2016

https://doi.org/10.3917/rma.213.0743zm