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Compte rendu

Francesco Guidi Bruscoli, Bartolomeo Marchionni, homem de grossa fazenda (ca 1450–1530). Un mercante fiorentino a Lisbona e l’impero portoghese, Florence, Olschki, 2014 ; 1 vol., xxvi–274 p. (Biblioteca storica toscana, 1re sér., 73). ISBN : 9788822263001. Prix : € 32,00

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Citer cet article


  • De La Roncière, C.-M.
(2015). Francesco Guidi Bruscoli, Bartolomeo Marchionni, homem de grossa fazenda (ca 1450–1530). Un mercante fiorentino a Lisbona e l’impero portoghese, Florence, Olschki, 2014 ; 1 vol., xxvi–274 p. (Biblioteca storica toscana, 1re sér., 73). ISBN : 9788822263001. Prix : € 32,00. Le Moyen Age, Tome CXXI(3), XX-XX. https://doi.org/10.3917/rma.213.0743t.

  • De La Roncière, Charles M..
« Francesco Guidi Bruscoli, Bartolomeo Marchionni, homem de grossa fazenda (ca 1450–1530). Un mercante fiorentino a Lisbona e l’impero portoghese, Florence, Olschki, 2014 ; 1 vol., xxvi–274 p. (Biblioteca storica toscana, 1re sér., 73). ISBN : 9788822263001. Prix : € 32,00 ». Le Moyen Age, 2015/3 Tome CXXI, 2015. p.XX-XX. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-le-moyen-age-2015-3-page-XX?lang=fr.

  • DE LA RONCIÈRE, Charles M.,
2015. Francesco Guidi Bruscoli, Bartolomeo Marchionni, homem de grossa fazenda (ca 1450–1530). Un mercante fiorentino a Lisbona e l’impero portoghese, Florence, Olschki, 2014 ; 1 vol., xxvi–274 p. (Biblioteca storica toscana, 1re sér., 73). ISBN : 9788822263001. Prix : € 32,00. Le Moyen Age, 2015/3 Tome CXXI, p.XX-XX. DOI : 10.3917/rma.213.0743t. URL : https://shs.cairn.info/revue-le-moyen-age-2015-3-page-XX?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rma.213.0743t


1 À son départ de Lisbonne pour explorer le futur Brésil (fin 1500–1501), Amerigo Vespucci laissait dans la capitale portugaise une importante colonie de Florentins. L’un des plus riches et des plus entreprenants avait pour nom Bartolomeo Marchionni. Membre de la compagnie marchande de ses compatriotes Cambini, il s’était établi au bord du Tage 30 ans auparavant, et s’était inséré pour elle avec succès dans le trafic international alors largement animé par les marchands cosmopolites présents dans la capitale portugaise. Cela, vers la Méditerranée, vers la mer du Nord, et, plus loin encore, vers les îles atlantiques, les côtes de l’Afrique noire, l’Amérique, et désormais aussi, vers l’Asie. Ce personnage, son activité économique, et l’insertion de celle-ci dans la formidable aventure de l’époque, sont remarquablement mis en valeur par l’A. grâce à l’enquête tenace menée par lui dans dix-sept dépôts d’archives italiens, portugais et espagnols, assortie d’une bibliographie d’environ 300 numéros.

2 Né à Florence en 1450, Bartolomeo entre à seize ans comme salarié au service de la compagnie Cambini. Celle-ci avait alors des intérêts au Portugal – dès 1414 – et offrit au jeune homme, en 1469, de partir pour Lisbonne en tant que correspondant. C’est de là que ce débutant ambitieux mit en œuvre toutes les initiatives qui allaient le conduire à une réussite exceptionnelle, scandée en 1482 par sa naturalisation portugaise et autres privilèges royaux dont l’ouvrage nous détaille les éléments, et par son mariage. Le succès grandissant, il s’entoure de collaborateurs de toute confiance, à Lisbonne et ailleurs. Huit Florentins ici bien décrits, quelques compatriotes anonymes, des Génois et des Portugais s’activent pour lui à Lisbonne après 1502. Mais voici, qu’au sud, l’Atlantique oriental, ses côtes et ses îles, attirent toujours davantage les Portugais : en conséquence, Bartolomeo envoie des correspondants aux Açores et à Madère, dès 1503. Attentif, bien entendu, à l’Espagne, il ne manque pas de nouer des liens avec les marchands italiens établis à Séville et à Valence (dès 1486), puis à Venise (1492), à Lyon (avant 1503), et à Bruges (1503).

3 La seconde part. de l’ouvrage étend au monde entier, tel qu’il va s’ouvrant aux découvertes et aux initiatives européennes, l’étude du commerce auquel prend part Bartolomeo. L’Europe vue de Lisbonne reste encore le principal théâtre des opérations des Cambini, qui comptent de nombreuses créances dans la capitale et dont les correspondants disposent d’une petite flotte de bateaux à même d’assurer les liaisons avec la Flandre. Lisbonne avec son roi, sa cour et sa population cosmopolite et riche, ses horizons maritimes lointains, est la destination depuis l’Europe d’un actif marché d’objets de luxe, de tissus de prix, de métaux précieux. De ces produits, la capitale réexporte une partie, avec beaucoup d’autres, pratique facilitée par sa situation à mi-chemin de la route maritime Flandres-Italie, et par le caractère cosmopolite de sa population marchande. Les Cambini s’y intéressent pour le cuir, la soie, le sel, dirigés vers la Toscane, pour l’huile et le vin, destinés à la Flandre etc. Tout s’entrecroise, sous le label européen, pour la clientèle européenne.

4 Mais il faut désormais compter avec les produits plus exotiques. Quand Bartolomeo débarque au bord du Tage (1470), les expéditions vers le sud des caravelles portugaises ont repris toute leur vigueur le long des côtes africaines, au bénéfice des marchands étrangers, italiens surtout. L’A. en rappelle les produits majeurs : or (pour le roi), malaguette, tissus. Marchionni profite au moins des deux derniers. Des îles atlantiques, ces mêmes marchands rapportent des colorants et de Madère, du sucre. De ce produit, Génois et Florentins sont les principaux intermédiaires. Marchionni prend part au trafic depuis les îles jusqu’à Lisbonne. Du Portugal, le sucre donne alors lieu à exportation partout en Europe. Les Cambini y participent pour l’Italie, les Flandres, et pour l’Angleterre. Puis s’organisent avec le siècle nouveau les expéditions océaniques vers le Brésil, ouvertes par Pedro Cabral en 1500, immédiat précurseur d’Amerigo Vespucci, dont l’expédition s’étend sur deux ans 1501–1502, peut-être en partie financée par Marchionni. Au commerce du bois-brésil, qui se met aussitôt en place depuis ces terres neuves vers Lisbonne, notre homme prend certainement part.

5 Conformément à une pratique déjà courante des siècles durant pour le commerce musulman à travers le Sahara jusqu’au Proche-Orient, les expéditions maritimes portugaises du xve siècle donnent lieu le long de la côte à une traite des noirs qui va s’accentuant avec la progression des caravelles vers le sud. Désormais, les esclaves arrivent pour la plupart droit au Portugal, au détriment des intermédiaires arabes disséminés au Maghreb et en Orient, qui les revendaient dans l’espace méditerranéen. Fin xve siècle, Lisbonne et les grandes villes du royaume lusitanien concentrent les arrivées, puis la réexportation. On estime à 10 % le taux de la population noire à Lisbonne vers 1550. Sa gestion est confiée dès 1486 à une administration particulière. Plus largement, on évalue à 150 000 environ le total des noirs transportés d’Afrique en Europe – principalement sur cette route portugaise – entre 1450 et 1520. Du trafic de cette pitoyable marée humaine, l’A. propose une estimation des profits, variables, mais sûrs et très élevés par moments, jusqu’à 30 % annuels et plus. Marchionni, bien entendu, n’est pas le dernier à participer et au trafic et aux profits, l’A. explique comment et dans quelle mesure. Le trafic international passait aussi par Valence et par Séville, centres importants de réexpédition des Africains débarqués à Lisbonne. Florence n’en reçoit que tardivement un petit nombre.

6 Dès 1499, Marchionni tourne son regard vers l’Asie, vers les Indes. Le 10 juillet de cette même année en effet, après deux ans de navigation, une des embarcations de la flotte de Vasco de Gama fait retour à Lisbonne. Chacun est suspendu au récit de l’équipage : ils ont franchi le cap de Bonne-Espérance, ils ont débarqué aux Indes orientales. Toutes sortes d’informations suivent. Dans ses lettres, Marchionni se montre enthousiaste : que de richesses potentielles ! Il a fait construire un navire de nom Annunziata : elle pourra se joindre aux prochaines expéditions ! La réalisation du projet fait encore l’objet de discussions chez les érudits. Mais les expéditions ont bel et bien lieu depuis Lisbonne, et l’A. termine son ouvrage en décrivant ce nouveau commerce des épices. Dans l’ordre : le voyage de Pedro Alvares Cabral (1500) – l’Annunziata y participe, avec à bord, à son retour, un gros chargement de poivre, puis de cannelle, accessoirement de laque et un zeste de benjoin. Puis les départs se succèdent, d’abord annuels, puis plus espacés ; Joao de Nova en 1501, Vasco de Gama en 1502, Afonso de Albuquerque (1503), Lopo Soares de Albergaria (1504), Francisco de Almeida (1505), Tristão de Cunha (1506), la nau São Rafael, Fernão Coutinho (1509), Diogo Mendes de Vasconcelos (1510), Diogo Lopes de Sequeira (1518), Jorge de Brito (1520). Chacun avec sa notice, d’une à trois pages. La liste des épices s’enrichit : gingembre, clous de girofle, noix de muscade, brésil, indigo, myrrhe, cardamone, camphre, tamarin. Une fois à Lisbonne, ces produits rares, largement supérieurs aux médiocres épices d’Afrique, se vendent à haut prix. L’A. explique selon quels règles et circuits. Marchionne y participe activement. La redistribution européenne du produit s’opère selon des modalités qu’explique l’A. et où Lyon et Bruges comptent beaucoup, au détriment de Venise.

7 L’A. s’interroge en conclusion sur la personnalité de Marchionni, dans le sillage des documents laissés par lui, mais, on doit le dire, dans l’indifférence du lecteur. Les évènements exceptionnels vécus par lui débordent de beaucoup la médiocre stature du personnage, tout avisé qu’il est, et ce sont eux qui rendent l’ouvrage passionnant. (Cela dit, on trouve vraiment les marchands italiens partout !)

8 La qualité de la réalisation complète la réussite érudite et historique. Un appendice documentaire de dix-neuf textes variés et bien choisis, centrés à la fois sur Marchionni (et souvent de sa main), éclaire sa personne et illustre les affaires auxquelles il a été mêlé. Un plan d’une parfaite clarté, un index analytique complet – noms, lieux, choses – en rendent la consultation particulièrement aisée.

9 Charles M. de La Roncière


Date de mise en ligne : 06/06/2016

https://doi.org/10.3917/rma.213.0743t