Luigi Andrea Berto, The Political and Social Vocabulary of John the Deacon’s Istoria Veneticorum , trad. Antony Shugaar, Turnhout, Brepols, 2013 ; 1 vol., xvi–262 p. (Cursor Mundi, 12). ISBN : 978-2-503-53159-5. Prix : € 70,00
- Par Pascal Vuillemin
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Citer cet article
- VUILLEMIN, Pascal,
- Vuillemin, Pascal.
- Vuillemin, P.
https://doi.org/10.3917/rma.213.0743q
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Notes
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[15]
L.A. Berto, Il Vocabulario politico e sociale della Istoria veneticorum di Giovanni Diacono, Padoue, 2001.
1 Bien connue des spécialistes de la Venise médiévale, l’Istoria Veneticorum attribuée au « diacre Jean » n’avait jamais vraiment fait l’objet, jusqu’à présent, d’une étude approfondie. Certes, de nombreux historiens s’étaient déjà interrogés sur l’identité de son ou de ses auteur(s), sur les conditions exactes de sa rédaction et, bien sûr, sur la nature et la qualité de ses informations. Mais aucune analyse n’avait été menée sur le texte lui-même et, en particulier, sur la signification et la portée du vocabulaire employé par le « diacre Jean » afin d’éclairer les caractéristiques socio-politiques, jusqu’alors bien floues et confuses, de la Venise du haut Moyen Âge. C’est donc à cet examen lexicologique et sémantique que s’est attaché L.A. Berto, autant dans la lignée du travail pionnier d’A. Chelini sur le vocabulaire politique et social de la correspondance d’Alcuin (1959) que dans celle, plus récente, du livre de G. Gandino dédié aux œuvres de Liutprand de Crémone (1995). Déjà publié dans sa version italienne en 2001 [15], l’ouvrage est désormais (très bien) traduit en langue anglaise et paraît dans la remarquable collection Cursor Mundi de Brepols.
2 Deux chap. – sur les six qui composent l’ouvrage – sont spécifiquement consacrés au vocabulaire politique et interrogent successivement les titulatures employées pour désigner les souverains et les principaux officiers (chap. 1) puis les termes et expressions décrivant les modalités de l’exercice du pouvoir ducal (chap. 3). La démarche suivie par l’A. révèle ici toute sa valeur, dans la mesure où elle permet non seulement de démontrer que l’auteur de la chronique était bel et bien un familier de la cour ducale, mais qu’il s’agissait en outre d’un auteur unique qui ne pouvait être que le Diacre Jean. En outre, l’attention portée aux titres portés par les officiers et à leurs fonctions exactes dans l’économie du pouvoir ducal enrichit considérablement notre connaissance des premiers temps de l’organisation politique vénitienne, longtemps flous, notamment dans leurs relations et leurs articulations avec le pouvoir byzantin.
3 Malgré ces apports déjà décisifs en soi, ce sont surtout les chap. dévolus au vocabulaire social (chap. 2, 4, 6) et à la description de l’espace lagunaire (chap. 5) qui s’avèrent les plus riches, les plus stimulants et, pour tout dire, les plus déterminants. Dans le chap. 5, après avoir rendu au terme Venetia sa juste signification, qui désignait l’ensemble du territoire du duché et non la seule ville de Venise, l’A. examine les différents mots et expressions renvoyant à l’espace urbain vénitien, qui prend ici toute sa mesure, du palatium de saint Marc au forum du Rialto en passant par les insulae en plein aménagement. De la même manière, si le chap. 4 sur les liens de parenté et la définition des classes d’âge affine nos connaissances sur les liens familiaux et leur rôle dans l’économie des pouvoirs, le chap. 2 – dont on regrettera d’ailleurs la relative rapidité – apporte enfin plusieurs réponses aux questions longtemps restées en suspens sur les modes de désignation des premières « élites » ainsi que sur le sens exact du terme cives dans le cadre d’une société vénitienne en pleine élaboration. Enfin, l’A. ne néglige pas les rapports des premiers Vénitiens avec leurs voisins, en particulier lombards et dalmates, mais également avec les « Sarrasins ».
4 D’une grande richesse, qui atteste à la fois le potentiel et l’efficacité de la démarche lexicologique, cet ouvrage ne s’adresse pas uniquement aux seul(e)s historien(ne)s de Venise. D’une plus large portée, les analyses et les conclusions de l’A. apportent en effet un éclairage considérable sur les cadres politiques et sociaux d’un « premier Moyen Âge » italien encore relativement méconnu, notamment en ses marges.
5 Pascal Vuillemin