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Compte rendu

Laurence Moal, Auray 1364. Un combat pour la Bretagne, Rennes, P.U. Rennes, 2012 ; 1 vol., 227 p. ISBN : 978-2-7535-2107-0. Prix : € 35,00

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  • Hélary, X.
(2015). Laurence Moal, Auray 1364. Un combat pour la Bretagne, Rennes, P.U. Rennes, 2012 ; 1 vol., 227 p. ISBN : 978-2-7535-2107-0. Prix : € 35,00. Le Moyen Age, Tome CXXI(3), XLIX-XLIX. https://doi.org/10.3917/rma.213.0743zw.

  • Hélary, Xavier.
« Laurence Moal, Auray 1364. Un combat pour la Bretagne, Rennes, P.U. Rennes, 2012 ; 1 vol., 227 p. ISBN : 978-2-7535-2107-0. Prix : € 35,00 ». Le Moyen Age, 2015/3-4 Tome CXXI, 2015. p.XLIX-XLIX. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-le-moyen-age-2015-3-page-XLIX?lang=fr.

  • HÉLARY, Xavier,
2015. Laurence Moal, Auray 1364. Un combat pour la Bretagne, Rennes, P.U. Rennes, 2012 ; 1 vol., 227 p. ISBN : 978-2-7535-2107-0. Prix : € 35,00. Le Moyen Age, 2015/3-4 Tome CXXI, p.XLIX-XLIX. DOI : 10.3917/rma.213.0743zw. URL : https://shs.cairn.info/revue-le-moyen-age-2015-3-page-XLIX?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rma.213.0743zw


1 Livrée le 29 septembre 1364, le jour de la Saint-Michel, la bataille d’Auray a vu la victoire de Jean de Montfort, soutenu par le roi d’Angleterre Édouard III, sur son compétiteur pour le titre de duc de Bretagne, Charles de Blois, appuyé par son parent, le roi de France Charles V. En dehors des travaux des historiens spécialistes de la Bretagne médiévale (J. Kerhervé, J.C. Cassard), la bataille et la guerre de Succession de Bretagne dont elle constitue un épilogue (au moins provisoire) sont le plus souvent traitées dans l’optique d’un conflit annexe de la Guerre de Cent Ans (ce qui n’est pas faux). L. Moal donne ici toute son importance à la bataille d’Auray, en partant, selon une méthode éprouvée, de l’événement, et en en étudiant la postérité jusqu’à aujourd’hui. Finement introduit par M. Jones, un des meilleurs spécialistes de la Bretagne médiévale, l’ouvrage se révèle passionnant de bout en bout. La première part. s’attache au contexte : la guerre de succession ouverte en 1341, à la mort du duc Jean III, entre deux héritiers potentiels, sa nièce Jeanne de Penthièvre et son demi-frère Jean de Montfort, mort en 1345, mais dont le fils homonyme relève les droits. La bataille en elle-même est étudiée dans la deuxième part. : les forces en présence, la reconstitution des mouvements des deux petites armées, les principaux épisodes tels qu’on peut les restituer à travers les chroniqueurs qui ont évoqué la bataille, Froissart, Cuvelier et quelques autres. L.M. laisse une place tout à fait justifiée aux rumeurs et aux prophéties qui ont couru au moment de l’événement ou très peu de temps après : Jean de Montfort aurait ainsi fait revêtir un de ses cousins de sa cotte d’armes, en référence à une ancienne prophétie qui indiquait que celui qui porterait les hermines périrait dans la bataille ; de fait, le cousin resté anonyme est tué dans les premiers temps du combat, en offrant ainsi à Charles de Blois l’espoir vite démenti d’une victoire facilement remportée. La troisième part. ménage la transition entre l’événement et sa postérité, en se concentrant sur la mort du compétiteur malheureux au cours de la bataille. La disparition de Charles de Blois, tué dans la mêlée ou exécuté délibérément après sa capture, ne réglait pas nécessairement la querelle de succession, dès lors que Charles avait au moins un fils déjà adulte, mais, dans les faits, le traité de Guérande (1365) amena la fin des principales opérations. L’un des frères de Charles V, Louis, duc d’Anjou, ayant épousé la fille de Charles de Blois, s’efforça bien de promouvoir la canonisation de son beau-père, mais la procédure n’aboutit pas, bien que 164 témoins aient été interrogés à Angers en 1371. Un culte plus ou moins spontané se développa néanmoins autour de la tombe de Charles à Guingamp, à l’instigation des franciscains (l’A. est peut-être un peu dure à l’égard de ceux-ci en ne voyant que des motifs bassement matériels derrière leur dévotion pour le prétendant malheureux). La postérité de la bataille occupe la fin de la troisième et toute la quatrième et dernière part. Jusqu’à sa mort, Jean de Montfort se rend régulièrement sur le site de la bataille, dans la chapelle Saint-Michel-des-Champs qu’il a fait édifier (il ne reste rien de la construction médiévale) ; l’ordre de l’Hermine, fondé à l’imitation de celui de la Jarretière, y a son épicentre. À l’Époque moderne, le souvenir de la bataille se fait plus discret, d’autant plus que la Bretagne a été unie au domaine au début du xvie siècle. En revanche, au xixe siècle, le développement conjugué du goût pour l’histoire et d’un puissant sentiment régional, exprimé selon des modalités d’ailleurs diverses, aboutit à renouveler l’intérêt autour de la bataille, même si le phénomène n’atteint pas l’enthousiasme officiel et populaire qui entoure, en Belgique, la célébration de la bataille de Courtrai (1302). En Bretagne, malgré les tentatives des indépendantistes et des autonomistes, le souvenir de la bataille d’Auray reste un peu forcé, et L.M. note d’ailleurs, qu’à tout prendre, le « roi » Nominoë, vainqueur des Francs, est un vecteur plus séduisant du sentiment breton – quoique la figure de Nominoë sente un peu l’imitation de celle de Clovis ! L’intérêt d’un ouvrage si dense ne vient pas seulement de son texte, mais aussi de l’iconographie, exceptionnellement riche et parfaitement mise en page, qui conduit le lecteur depuis les enluminures médiévales jusqu’aux affiches, extraits de journaux, planches de bandes dessinées de l’époque contemporaine. Ce livre est une réussite à tous les points de vue, qui fait honneur tant à l’A. qu’à son éditeur.

2 Xavier Hélary


Date de mise en ligne : 06/06/2016

https://doi.org/10.3917/rma.213.0743zw