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Compte rendu

De Bono Communi. The Discourse and Practice of the Common Good in the European City (13th–16th c.). Discours et pratique du Bien Commun dans les villes d’Europe (xiiie au xvie siècle), éd. Élodie Lecuppre-Desjardin, Anne-Laure Van Bruaene, Turnhout, Brepols, 2010 ; 1 vol., vi–290 p. (Studies in European Urban History (1100-1800), 22). ISBN : 978-2-503-52998-1. Prix : € 65,00

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  • Richard, O.
(2015). De Bono Communi. The Discourse and Practice of the Common Good in the European City (13th–16th c.). Discours et pratique du Bien Commun dans les villes d’Europe (xiiie au xvie siècle), éd. Élodie Lecuppre-Desjardin, Anne-Laure Van Bruaene, Turnhout, Brepols, 2010 ; 1 vol., vi–290 p. (Studies in European Urban History (1100-1800), 22). ISBN : 978-2-503-52998-1. Prix : € 65,00. Le Moyen Age, Tome CXXI(3), LXXIX-LXXIX. https://doi.org/10.3917/rma.213.0743zzza.

  • Richard, Olivier.
« De Bono Communi. The Discourse and Practice of the Common Good in the European City (13th–16th c.). Discours et pratique du Bien Commun dans les villes d’Europe (xiiie au xvie siècle), éd. Élodie Lecuppre-Desjardin, Anne-Laure Van Bruaene, Turnhout, Brepols, 2010 ; 1 vol., vi–290 p. (Studies in European Urban History (1100-1800), 22). ISBN : 978-2-503-52998-1. Prix : € 65,00 ». Le Moyen Age, 2015/3 Tome CXXI, 2015. p.LXXIX-LXXIX. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-le-moyen-age-2015-3-page-LXXIX?lang=fr.

  • RICHARD, Olivier,
2015. De Bono Communi. The Discourse and Practice of the Common Good in the European City (13th–16th c.). Discours et pratique du Bien Commun dans les villes d’Europe (xiiie au xvie siècle), éd. Élodie Lecuppre-Desjardin, Anne-Laure Van Bruaene, Turnhout, Brepols, 2010 ; 1 vol., vi–290 p. (Studies in European Urban History (1100-1800), 22). ISBN : 978-2-503-52998-1. Prix : € 65,00. Le Moyen Age, 2015/3 Tome CXXI, p.LXXIX-LXXIX. DOI : 10.3917/rma.213.0743zzza. URL : https://shs.cairn.info/revue-le-moyen-age-2015-3-page-LXXIX?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rma.213.0743zzza


1 La notion de « Bien Commun » est tellement utilisée que les historiens glissent sur elle, ne font pas attention aux termes utilisés – bien commun, profit commun, utilité commune – et qu’elle tend à devenir un simple « lieu commun » vide de sens. Il était temps de l’interroger à nouveaux frais. Le choix des deux É. scientifiques du volume, issu d’un colloque gantois, a été de le faire non pas à l’échelle du royaume, mais de la ville, avec un large horizon géographique, Pays-Bas, royaume de France, Empire, Angleterre, Italie, traité par des historiens de six pays différents, en français et anglais, en s’intéressant, grâce à l’étude de types de sources très divers, tant au discours théorique politique qu’aux pratiques de gouvernement. Nous avons donc ici affaire à un travail d’historiens de la fin du Moyen Âge (jusqu’au xvie siècle), qui ne traite qu’à la marge les fondements religieux – paléo-chrétiens – ou philosophiques – aristotéliciens – de la notion, même s’ils sont abordés notamment par E. Isenmann, W. Prevenier ou G. Rosser.

2 Qu’est-ce que le Bien Commun, au-delà d’un « caméléon sémantique » (p. 3) ? P. Monnet indique dans son étude sur le traité de Johann von Soest de 1495, Comment bien gouverner une ville ?, que le concept désigne une valeur sociale, une éthique politique, une légitimation de l’autorité, une notion juridique, un élément de la théologie, un topos de la philosophie aristotélo-thomiste. Il oscille entre une valeur en soi et un moyen d’action politique, et de régulation de la société, entre un principe universel et une norme d’organisation, entre ce qui sert à juger un système politique et à qualifier ce qui s’en écarte.

3 D’abord, la notion n’est pas mobilisée avec autant de force partout : les villes du Midi français l’utilisent peu, dit A. Rigaudière, contrairement aux cités italiennes ou à celles de l’Empire, pour lesquelles E.I. fournit une analyse dense. C. Billen conclut son étude sur les sources épigraphiques et monumentales aux Pays-Bas par le constat qu’aucun texte public prenant comme thème le Bien Commun ne se trouve dans les villes de langue française, au contraire des néerlandophones, peut-être parce que les premières « se sont vites conformées au modèle hiérarchique du pouvoir » (p. 87–88). On aurait donc tendance à penser, mais cela reste à confirmer, que les autorités urbaines mobilisent la notion là où elles sont assez fortes ou autonomes pour penser un bien commun à leur taille.

4 Plusieurs contributions posent en effet la question du périmètre du Bien Commun (R. Stein, A. Boele et W. Blockmans, ainsi que G.R.) : de quelle communauté parle-t-on, quelle est la bonne échelle ? L’État princier ou monarchique, la ville, ou même les guildes, à propos desquelles G.R., dans sa contribution qui s’appuie sur des sources anglaises, cite Aristote indiquant qu’on ne peut connaître une vraie amitié qu’avec un nombre limité de gens ?

5 Le Bien Commun mobilisé en ville n’est pas la simple adaptation au milieu urbain d’une notion née et développée dans un autre cadre : G. Todeschini montre comment les franciscains italiens dialoguent avec les acteurs de la vie économique de la ville qu’ils invitent à s’engager dans la gestion du bien public ; par leur façon de mener leur métier, ils apparaissent comme membres de la cité ou au contraire comme pécheurs. P.M. souligne que la ville réalise non pas « la particularisation, mais l’intensification et l’universalisation communale de la notion » (p. 105).

6 Si le discours du Bien Commun magnifie la paix, il est en fait largement mobilisé dans le cadre de conflits politiques. A. Zorzi dissèque ses usages dans les différentes périodes de l’Italie communale, aux xiiie et xive siècles. Un des traits récurrents des contributions est la mise en avant de la tension entre discours urbain et discours princier, entre mobilisation sociale et légitimation du pouvoir. P. Boucheron présente « l’essorage sémantique » auquel se livre le pouvoir seigneurial en Italie centro-septentrionale en affirmant sans cesse agir au nom du Bien Commun pour vider la notion de son sens, la dépolitiser, et ainsi lui retirer toute la force subversive qu’elle pouvait avoir au service des communes ; G. Naegle, à propos du royaume de France aux xive et xve siècle, parle même d’une « arme à double tranchant » pour les villes, qui pouvait être utilisée à leur service mais aussi à celui de la royauté. J. Dumolyn et É. Lecuppre-Desjardin, se penchant sur le cas flamand, s’associent aux autres art. sur les Pays-Bas (W.P., R.S., A.B. et W.B., A. van Dixhoorn), qui analysent l’appropriation de la notion du Bien Commun par les princes alors qu’au départ elle est utilisée par les élites urbaines (à usage intra-urbain) ou par les villes face au prince à des fins de mobilisation sociale. Mais ils ajoutent l’idée de l’impuissance des villes à donner à la notion une vraie force théorique, à fonder sur elle une véritable pensée politique. Peut-être cette faiblesse aurait-elle facilité l’appropriation de la notion par le duc de Bourgogne qui pouvait alors aisément se présenter comme son garant.

7 Pour la première fois, ce beau volume permet une comparaison très large, qui permet de dépasser les généralités pour montrer que le Bien Commun n’est pas utilisé dans et par les villes avec la même fréquence ni de la même façon partout. Pour autant, il ne se contente pas de juxtaposer des études monographiques, mais fait au contraire émerger des pistes de réflexion utiles à tous celles et ceux qui se pencheront sur le discours et les pratiques politiques urbains de la fin du Moyen Âge.

8 Olivier Richard


Date de mise en ligne : 06/06/2016

https://doi.org/10.3917/rma.213.0743zzza