Nouveau Répertoire des mises en prose (xive–xvie siècle), éd. Maria Colombo Timelli, Barbara Ferrari, Anne Schoysman, François Suard, Paris, Classiques Garnier, 2014 ; 1 vol., 929 p. (Textes littéraires du Moyen Âge, 30). ISBN : 978-2-8124-1730-6. Prix : € 79,00
- Par Adélaïde Lambert
Page LXIV
Citer cet article
- LAMBERT, Adélaïde,
- Lambert, Adélaïde.
- Lambert, A.
https://doi.org/10.3917/rma.213.0743zzl
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- LAMBERT, Adélaïde,
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Notes
1 La parution de cet ouvrage représente l’aboutissement du vaste projet international Refaire Doutrepont qui a rassemblé plus de 40 romanistes européens et américains, et dont l’objectif consistait à actualiser les fiches établies par G. Doutrepont dans la synthèse qu’il a consacrée en 1939 aux mises en proses épiques et romanesques [48]. Les É. soulignent d’emblée que le Répertoire vise non pas à remplacer le travail de leur prédécesseur, mais à en proposer une mise à jour. L’entreprise répond en effet d’abord à la nécessité d’intégrer les avancées de la recherche sur les mises en prose, favorisées par le développement des pratiques philologiques et des outils théoriques ou numériques, autant que par le regain d’intérêt que suscitent ces productions depuis une vingtaine d’années. Mais l’approche que proposait G. Doutrepont est aussi renouvelée de manière sensible, car les réfections en prose ne sont plus seulement considérées comme les témoins de la réception des originaux versifiés. Par conséquent, la bipartition de l’inventaire de 1939, dictée par le genre des sources, laisse place à un classement alphabétique des titres des proses, dont chaque version constitue un objet d’étude à part entière. Les 78 notices offrent un panorama de ce vaste mouvement depuis le xiiie siècle, où six réfections sont produites, jusqu’en 1549, date de Gérard d’Euphrate, l’œuvre la plus tardive de l’ouvrage, qui dérive de sources en prose et non d’un modèle en vers. Le volume renferme ainsi un contenu encore plus riche que ne le laisse présumer son titre. Si ce corpus aux limites opportunément souples est principalement constitué de proses épiques et romanesques, l’inclusion d’« autres genres » est d’ores et déjà engagée, car le Livre de Regnart, le Roman de la Rose moralisé, le Pèlerinage de l’âme et le Pèlerinage de la Vie humaine sont déjà englobés dans le recueil ; en outre, d’autres projets de recherche sont en train de voir le jour et devraient permettre à terme d’ajouter des récits brefs et hagiographiques ainsi que des textes de théâtre à l’inventaire paru. L’intitulé – Répertoire de mises en prose – traduit par ailleurs l’ambition d’embrasser la globalité d’un mouvement en même temps que la conscience d’en fournir une représentation partielle, par opposition à la collection des mises en prose de G.D.
2 Les notices se structurent en quatre part. : « (A) La prose ; (B) la ou les source(s) ; (C) histoire de la prose ; (D) bibliographie ». Elles s’ouvrent sur une présentation du remaniement – auteur, dédicataire, datation – suivie, le cas échéant, d’un renvoi aux fiches établies par G.D. On trouvera ensuite une description matérielle précise des témoins manuscrits ou de l’editio princeps, nourrie par un dépouillement méthodique de catalogues et de répertoires en ligne, et parfois enrichie de données concernant les pérégrinations des témoins et leurs anciens possesseurs. La sous-section intitulée « organisation du texte » comprend une transcription intégrale du prologue, sauf lacune ou omission, et envisage le découpage et la reconfiguration de la matière de même que les interventions du translateur. Vient ensuite une présentation complète de la source, souvent assortie de précisions sur le modèle suivi. La troisième rubrique permet quant à elle de mesurer la fortune des textes ayant reçu les honneurs de l’imprimerie, grâce à une liste des éditions du xvie siècle, presque systématiquement accompagnées de la cote d’au moins un exemplaire localisé. Le succès éditorial des textes s’évalue également aux impressions du xviiie siècle (de la Bibliothèque Bleue ou autres), et parfois même à des versions ultérieures, des xixe et xxe siècles. De surcroît, d’éventuelles traductions anciennes témoignent de la diffusion des proses au-delà des frontières. Pour terminer, le lecteur pourra se faire une idée précise de l’état des recherches pour chacune des œuvres inventoriées en compulsant la bibliographie complète qui clôture chaque fiche et qui reprend les éditions critiques, les éditions bilingues, les traductions et les études. Outre l’ampleur des données collectées, il faut également signaler les renvois reliant certaines notices entre-elles : ils permettent d’appréhender les relations intertextuelles entre les textes recensés et, plus largement, la dynamique du phénomène des mises en prose.
3 La dimension des notices est forcément inégale. Concernant les œuvres encore inédites ou partiellement inédites telles qu’Anséïs de Carthage, Gérard du Frattre, Guérin de Montglave ou Jourdain de Blaves (prose 1), il est naturel que les données demeurent réduites pour certains aspects ; le contenu de chaque fiche est aussi modulé par la richesse de la tradition – manuscrite, mixte ou imprimée – des proses ainsi que par l’étendue de la bibliographie critique. En outre, plutôt que de se contraindre à schéma absolument rigide, les notices, réparties entre les meilleurs spécialistes du sujet, comprennent parfois des compléments appelés par les intérêts personnels des A., comme le soulignent les É. au seuil du volume. Au sein des trois premières catégories, le programme iconographique, l’organisation du récit, le rapport à la source, les relations stemmatiques entre les témoins de l’œuvre, ou encore l’identification du modèle suivi peuvent en effet faire l’objet d’analyses ou de développements particuliers. Ainsi, on trouvera des informations très détaillées à propos des attaques de paragraphes dans Berinus, du rapport entre Florimont [49] et sa source, ou des illustrations de l’editio princeps (Michel Le Noir) d’Huon de Bordeaux.
4 Enfin, cinq index permettent d’envisager une série de prolongements possibles, notamment à propos des acteurs de la chaîne du livre et de la lecture : index des titres, auteurs et traducteurs (jusqu’au xvie siècle) ; index des artisans du livre manuscrit (copistes, illustrateurs/enlumineurs, relieurs) ; index des imprimeurs, libraires et éditeurs anciens (xve–xvie siècles) ; index des noms propres (dédicataires, commanditaires, anciens propriétaires jusqu’au xviiie siècle) ; index des manuscrits. Le volume aurait toutefois pu être augmenté de tables figurant la distribution des réécritures au fil des siècles, des pôles de diffusion et des traditions, pour donner au lecteur une vue d’ensemble sur la collection ici répertoriée.
5 L’exploitation de l’ouvrage est facilitée par la présentation claire des notices et les compléments mis à la disposition du lecteur. Quelques rares oublis peuvent être soulignés : par exemple, la datation des sources n’est pas systématiquement rappelée (entre autres, les Lorrains de Philippe de Vigneulles) et, à l’exception de la base Gallica, la numérisation des mss est indiquée de façon sporadique (par exemple, les exemplaires des éditions de Valentin et Orson conservés à la Bayerische Staatsbibliothek). À la p. 380, il convient de remplacer « Cooper 2012, p. 4–6 » par « Cooper 2012, p. 28–29 ». Dans le premier index, il manque les p. 600, 637 sous l’entrée « Chevalerie Ogier (en alexandrins) » ; à la p. 515, il faut lire « Paulmy » à la place de « Paumy », et indiquer la page manquante à l’entrée « Paulmy, Antoine-René de Voyer » de l’index des noms propres. Dans le même index, il conviendrait d’ajouter « MacCarthy Reagh, Justin : 627 » et compléter cette entrée par deux renvois car, en plus d’Ogier le Danois, le comte possédait deux autres éditions enregistrées dans le Répertoire : les editiones principes du Roman de la Rose moralisé de Jean Molinet (Vérard) et de Milles et Amys (Vérard). Dès lors, la bibliographie de ces deux éditions devrait contenir le Catalogue des livres de la bibliothèque de feu M. le comte de Mac-Carthy Reagh [50]. Bien entendu, ces petites coquilles n’enlèvent rien à la qualité de ce vaste ensemble.
6 Face à la dynamique d’un tel domaine d’étude, le site du projet, hébergé par l’Université de Milan [51], permettra d’enrichir encore le Répertoire et, ainsi, de poursuivre l’entreprise d’actualisation à l’origine de ce projet collectif. Enfin, il convient de saluer l’ampleur et l’érudition du travail rigoureusement accompli par les É. du volume qui, étant d’excellents connaisseurs des mises en prose, sont également les A. de nombreuses fiches. Si « ce répertoire ne se veut pas définitif » (p. 16), il constitue incontestablement un jalon fondamental dans le courant critique qui a déterminé sa conception, de même qu’un outil indispensable aux recherches qu’il ne manquera pas de générer.
7 Adélaïde Lambert