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Compte rendu

Tiranni e tirannide nel Trecento italiano, éd. Andrea Zorzi, Rome, Viella, 2013 ; 1 vol., 264 p. (Italia comunale e signorile, 5). ISBN : 978-88-6728-112-1. Prix : € 26,00

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  • Delzant, J.-B.
(2015). Tiranni e tirannide nel Trecento italiano, éd. Andrea Zorzi, Rome, Viella, 2013 ; 1 vol., 264 p. (Italia comunale e signorile, 5). ISBN : 978-88-6728-112-1. Prix : € 26,00. Le Moyen Age, Tome CXXI(3), LXI-LXI. https://doi.org/10.3917/rma.213.0743zzi.

  • Delzant, Jean-Baptiste.
« Tiranni e tirannide nel Trecento italiano, éd. Andrea Zorzi, Rome, Viella, 2013 ; 1 vol., 264 p. (Italia comunale e signorile, 5). ISBN : 978-88-6728-112-1. Prix : € 26,00 ». Le Moyen Age, 2015/3 Tome CXXI, 2015. p.LXI-LXI. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-le-moyen-age-2015-3-page-LXI?lang=fr.

  • DELZANT, Jean-Baptiste,
2015. Tiranni e tirannide nel Trecento italiano, éd. Andrea Zorzi, Rome, Viella, 2013 ; 1 vol., 264 p. (Italia comunale e signorile, 5). ISBN : 978-88-6728-112-1. Prix : € 26,00. Le Moyen Age, 2015/3 Tome CXXI, p.LXI-LXI. DOI : 10.3917/rma.213.0743zzi. URL : https://shs.cairn.info/revue-le-moyen-age-2015-3-page-LXI?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rma.213.0743zzi


1 Thème classique de l’historiographie médiévale italienne, le passage de la commune à la seigneurie dans les villes de la péninsule a fait l’objet d’une relecture radicale ces dernières années. Envisagés comme de simples idéaux-types, les deux régimes ont vu leur antagonisme « dédrammatisé » (G.M. Varanini). La recherche a ainsi pu appréhender dans leur globalité hétérogène comme dans leurs évolutions chronologiques les différentes formes de domination personnelle et familiale qui s’exercèrent sur l’ensemble du monde communal, entre les xiiie et xve siècles. L’enquête collective Esperienze signorili cittadine animée par J.C. Maire Vigueur et A. Zorzi de 2008 à 2012 a joué un rôle déterminant dans la réinterprétation de ces transformations politiques. Ses résultats ont notamment été présentés dans des ouvrages constituant les premiers livres de la collection Italia comunale e signorile à laquelle appartient le volume dédié à la tyrannie.

2 Ce recueil que dirige A.Z. regroupe neuf contributions en langue italienne. Chaque texte est suivi de la liste des sources utilisées. Les références bibliographiques complètes sont rassemblées en fin d’ouvrage, complétées par un index des noms de lieux et de personnes. Le tout forme un appareil dont la plupart des volumes collectifs de la collection est très heureusement dotée pour la commune utilité des chercheurs.

3 Le livre propose d’éclairer la pensée développée au Trecento sur le tyran à partir d’une typologie documentaire ouverte, non réduite aux textes théoriques « nobles » du droit ou de la politique. Les sources autres constituent le fondement de cinq contributions : loin devant les correspondances et les registres pontificaux analysés par S. Parent, les chroniques et les œuvres littéraires si abondantes en Italie occupent la première place. Elles sont notamment l’objet des études fines de M. Zabbia et A.A. Montanari.

4 Dans la première moitié du xive siècle, en un moment qu’A.Z. propose d’étudier comme la « mutation seigneuriale », un grand nombre de pouvoirs seigneuriaux prit un tournant autoritaire. Tandis qu’ils s’éloignèrent du consensus populaire et que l’experience temporaire qu’ils devaient représenter au sein du cadre communal et, plus largement, de l’espace politique de la ville, parut irréversible, émergèrent de vifs débats autour de la tyrannie. Ils s’exprimèrent d’abord dans les termes moraux de la pensée aristotélico-thomiste pour qualifier de tyrannique tout mode de gouvernement, fût-il collégial et du « popolo », oublieux du bien commun. Ils n’associèrent qu’ensuite la tyrannie aux différentes formes personnelles du pouvoir, se banalisant à un moment où les institutions populaires sentirent leur existence menacée par les hégémonies individuelles et les luttes de factions parurent miner la cohésion même de la communauté (E.I. Mineo). D. Quaglioni replace ce mouvement sur l’épaisseur d’une sédimentation conceptuelle dont les strates appartiennent autant à la littérature podestarile qu’aux références scripturaires, patristiques et décrétales. Mais il rappelle que la synthèse de Bartolo da Sassoferrato (également utilisée par B. Pio dans le volume) définissant vers 1350 la tyrannie comme un gouvernement opposé au droit reposait sur une casuistique. Une doctrine juridique cohérente de la tyrannie ne put donc émerger qu’à la suite des procès réels de la première moitié du siècle, nés de la violence des conflits politiques qui éclatèrent tant dans les villes elles-mêmes qu’entre leurs dirigeants et le pouvoir pontifical. Par son action depuis Avignon, en effet, la papauté joua un rôle décisif dans la cristallisation d’une définition qui tendit à associer seigneurie, tyrannie, pravitas et hérésie (S.P.). La tendance fut confortée dans le dernier tiers du siècle par l’activisme de Florence en lutte contre les Visconti, aboutissant au rejet des connotations neutres voire mélioratives du terme un temps utilisé par la propagande seigneuriale (A. Gamberini).

5 Les réactions des populations face aux évolutions du pouvoir seigneurial et les tentatives pour y mettre fin connurent de profondes évolutions. Peu spectaculaires car non violents, les départs volontaires, contraints ou négociés, du seigneur privé de ses soutiens politiques furent nombreux. J.C.M.V. souligne que rares furent les familles dont l’hégémonie dura plus de cinquante ans et put se muer en pouvoir dynastique. Il les estime à environ 10 % des cas recensés. Mais ce n’est qu’une fois ce stade atteint que les solutions extrêmes des révoltes armées contre leur domination durent être adoptées. Le tyrannicide se constitua alors comme pratique mais sa mise en œuvre resta somme toute rare.

6 L’attention portée par l’ouvrage à la contextualisation fine des problèmes que se posent les contemporains dans les termes de la tyrannie rend à la notion sa plasticité et sa « force militante » (A.Z.). Elle est constitue assurément un grand apport à la recherche.

7 Jean-Baptiste Delzant


Date de mise en ligne : 06/06/2016

https://doi.org/10.3917/rma.213.0743zzi