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Compte rendu

Pierre-Vincent Claverie, La conquête du Roussillon par Pierre le Cérémonieux (1341–1345), Canet, Trabucaire, 2014 ; 1 vol., 302 p. (Història). ISBN : 978-2-84974-185-6. Prix : € 20,00

Page XXXIV

Citer cet article


  • Péquignot, S.
(2015). Pierre-Vincent Claverie, La conquête du Roussillon par Pierre le Cérémonieux (1341–1345), Canet, Trabucaire, 2014 ; 1 vol., 302 p. (Història). ISBN : 978-2-84974-185-6. Prix : € 20,00. Le Moyen Age, Tome CXXI(2), XXXIV-XXXIV. https://doi.org/10.3917/rma.212.0445zh.

  • Péquignot, Stéphane.
« Pierre-Vincent Claverie, La conquête du Roussillon par Pierre le Cérémonieux (1341–1345), Canet, Trabucaire, 2014 ; 1 vol., 302 p. (Història). ISBN : 978-2-84974-185-6. Prix : € 20,00 ». Le Moyen Age, 2015/2 Tome CXXI, 2015. p.XXXIV-XXXIV. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-le-moyen-age-2015-2-page-XXXIV?lang=fr.

  • PÉQUIGNOT, Stéphane,
2015. Pierre-Vincent Claverie, La conquête du Roussillon par Pierre le Cérémonieux (1341–1345), Canet, Trabucaire, 2014 ; 1 vol., 302 p. (Història). ISBN : 978-2-84974-185-6. Prix : € 20,00. Le Moyen Age, 2015/2 Tome CXXI, p.XXXIV-XXXIV. DOI : 10.3917/rma.212.0445zh. URL : https://shs.cairn.info/revue-le-moyen-age-2015-2-page-XXXIV?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rma.212.0445zh


Notes

  • [20]
    Barcelone, 1866. Traduction des t. 30, p. 372–502 ; t. 31, p. 5–123, 301–304, et, pour quelques passages, sur une autre version du procès (Paris, Archives nationales, JJ 270, ff. 347r–350r).
  • [21]
    Cambridge, 1994.
  • [22]
    Palma de Majorque, 1997.

1 Entre 1341 et 1345, le roi Pierre IV le Cérémonieux et ses hommes déploient d’intenses efforts juridiques, militaires, économiques et diplomatiques pour réunir directement à la Couronne d’Aragon les territoires placés sous l’autorité du roi Jacques III de Majorque. Montpellier échappe à Pierre IV, mais il se saisit des Baléares, des comtés de Roussillon et de Cerdagne. Ainsi s’achève l’éphémère autonomie relative (regne privatiu ou reino privativo) du royaume de Majorque. L’ouvrage vise à éclairer un épisode décisif de cette histoire, la « conquête » du Roussillon par le roi d’Aragon. L’A. entend réhabiliter la figure de Jacques III, réévaluer le groupe de ses partisans, montrer que sa défaite n’était pas inéluctable. Après une brève introduction, le livre se divise en trois part. : une présentation du royaume, une analyse de sa « chute », la traduction de documents relatifs à la conquête du Roussillon.

2 Les quatre premiers chap. plantent le décor en évoquant successivement le contexte juridico-politique à partir du règne et du testament fondateurs de Jacques Ier d’Aragon († 1276), le commerce majorquin à son « âge d’or », la ville de Perpignan et la vie quotidienne dans le Roussillon féodal. L’A. met notamment en évidence le statut mineur d’un royaume dont les territoires sont tenus en fief d’honneur du roi d’Aragon, la diversité des activités menées à Perpignan, et plusieurs aspects importants de la réalité sociale du Roussillon.

3 L’effondrement du royaume est ensuite replacé dans l’histoire des tensions issues de l’hommage imposé depuis 1279 par les rois d’Aragon aux rois de Majorque. Ces derniers cherchent en effet régulièrement à s’y soustraire. Une conjonction fatale se produit alors au début des années 1340 : au moment même où Jacques III sollicite son aide contre le roi de France auquel il commet l’erreur de s’opposer, Pierre IV, « impitoyable », développe le « projet retors de déposséder son beau-frère du royaume de Majorque par la voie juridique » (p. 69). Il déclenche un procès dans lequel il est reproché à Jacques III de tolérer des pièces étrangères en Roussillon, de frapper à Perpignan de la fausse monnaie et de contrefaire celle de Barcelone. Venu dans la capitale catalane plaider sa cause dans l’espoir d’une médiation pontificale qui se révèle inefficace, Jacques III est accusé d’avoir voulu enlever et même empoisonner son beau-frère. C’est l’escalade. Le roi de Majorque est déclaré rebelle, Pierre IV mène une première expédition dans les Baléares, dont il prend aisément le contrôle, puis une seconde dans le Roussillon. Il s’avère toutefois plus difficile de s’emparer de terres où de nombreux seigneurs sont « pris entre deux fidélités » (p. 93). Tandis que Jacques III dénonce en Avignon les atteintes infligées à ses regalia et une machination, Pierre IV dénie au pontife le droit de s’immiscer dans cette affaire séculière, et parvient à s’emparer du comté de Roussillon au printemps 1344. Refusant un « égard gracieux » du roi d’Aragon qui lui laissait 10 000 l. de rente avec les vicomtés d’Aumelades et du Carladès, ainsi que des droits sur Montpellier, le roi de Majorque s’enferre alors dans la lutte pour son droit, trouve un temps des soutiens à sa cause en Cerdagne, puis, de plus en plus isolé à mesure que Pierre IV distribue récompenses et châtiments dans les terres conquises, meurt finalement en 1349, toujours dépossédé de son royaume.

4 L’étude est complétée par de riches annexes, dans lesquelles le lecteur trouvera la traduction en français d’une partie du procès intenté à Jacques III. P.V. Claverie se fonde à cet effet sur le ms. de Barcelone édité (souvent de façon fautive) au xixe siècle dans la Colección de documentos inéditos del Archivo de la Corona de Aragón, t. 29–31 [20]. À cet ensemble s’ajoutent des « documents des archives de la Couronne d’Aragon relatifs à la conquête du Roussillon », en réalité des pièces déjà publiées dans le t. 31 de la collection déjà citée. La version française est fluide, complétée en notes par des précisions nécessaires d’ordre linguistique, toponymique et anthroponymique.

5 Cet ouvrage permet donc assurément au lecteur francophone une première familiarisation avec une histoire souvent méconnue, il contient également des textes susceptibles d’être utilisés pour l’exercice du commentaire de documents, et, grâce à des pièces inédites, apporte des éléments précieux pour une meilleure évaluation de la résistance opposée à Pierre IV en Roussillon. Pourtant, en dépit de ces diverses qualités, le résultat d’ensemble est malheureusement décevant. Une première critique concerne la bibliographie. L’introduction évoque d’abord l’historiographie de façon trop allusive – qui sont « les historiens », « les hispanistes » ou « les spécialistes du commerce méditerranéen » mentionnés p. 9–10 ? L’A. néglige ensuite des études essentielles sur plusieurs des sujets évoqués : les recherches d’A. Riera Melis pour le chap. sur le commerce, trop dépendant de la synthèse de D. Abulafia, A Mediterranean Emporium : The Catalan Kingdom of Mallorca[21], celles de F. Sabaté sur la capitalité de Perpignan et le Roussillon, les travaux de C. Verna sur la forge catalane dans les Pyrénées, ceux de M. Crusafont sur la politique monétaire de Jacques III, etc. Tout en figurant dans la bibliographie, la thèse décisive de G. Ensenyat Pujol, La reintegració de la Corona de Mallorca a la Corona d’Aragó (1343–1349)[22], n’est jamais citée. Le second problème concerne le traitement des sources. Le Procès intenté à Jacques III et le Livre de Pierre le Cérémonieux, centraux dans l’argumentation, ne sont malheureusement pas soumis au crible d’une analyse critique. Or, peut-on sans précautions puiser dans les pièces du procès pour en extraire un « récit de la conquête » ? Certes, il y a bien mise en récit, avec de nombreuses notes de liaison créant une articulation logique entre les documents retranscrits – ce que l’A. ne précise pas –, mais la nature juridique de la « source », son rôle de pièce à conviction et la construction documentaire du procès n’apparaissent guère. D’autre part, si l’on peut en première approche être d’accord pour faire du Livre de Pierre IV une « histoire officielle », il aurait été utile de rappeler qu’il se fonde aussi, pour une large part de son livre 3, sur le Procès lui-même. Cela aurait permis une analyse plus nuancée. En troisième lieu, malgré de nombreux développements intéressants, le propos est souvent quelque peu décousu et insuffisamment hiérarchisé, notamment dans les chap. de la première part. Enfin, le vocabulaire employé pose parfois problème. On pourra ainsi suivre l’A. lorsqu’il parle de la Catalogne du temps en y intégrant de fait le Roussillon. Cela reflète fidèlement les conceptions présentes dans de nombreux textes des xiiiexive siècles, qui évoquent la Catalonia « de Salses à Lérida » (a Salsis usque Ilerdam, voir les travaux de F. Sabaté). En revanche, la « Catalogne Nord » (p. 93, 112, 116, etc.) et son pendant, la « Catalogne Sud » (p. 37, 103) sont pour leur part des expressions forgées au xxe siècle, encore employées aujourd’hui afin de rappeler, de raviver les liens entre les Catalans de part et d’autre des Pyrénées. Si un tel usage relève ordinairement d’un choix politique dont on se gardera évidemment d’apprécier ici la pertinence, la mention récurrente de « l’annexion de la Catalogne Nord » (p. 112) crée en tout cas un effet d’anachronisme, et suggère une continuité qui mériterait pour le moins d’être discutée entre les réalités du xive siècle et la situation politique et territoriale d’une autre époque, la nôtre.

6 Stéphane Péquignot


Date de mise en ligne : 03/12/2015

https://doi.org/10.3917/rma.212.0445zh