Portraits de maîtres offerts à Olga Weijers, éd. Claire Angotti, Monica Brînzei, Mariken Teeuwen, Porto, Fédération Internationale des Instituts d’Études Médiévales, 2012 ; 1 vol., 521 p. (Textes et Études du Moyen Âge, 65). ISBN : 978-2-503-54801-2. Prix : € 65,00
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Citer cet article
- MARMURSZTEJN, Elsa,
- Marmursztejn, Elsa.
- Marmursztejn, E.
https://doi.org/10.3917/rma.212.0445zzzb
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1 Somme d’une quarantaine de contributions consacrées à autant de maîtres médiévaux, le volume de mélanges offerts à O. Weijers a été ingénieusement conçu comme une galerie de portraits. Ses entrées biographiques et alphabétiques autorisent, outre une lecture continue, des consultations ponctuelles autant que des curiosités aléatoires. Quelques exceptions retiennent l’attention. On note ainsi la présence d’une femme savante (Sitt al-Kataba), Syrienne musulmane du xiiie siècle, et celle d’un savant juif à la charnière de la culture hébraïque et de la culture latine, É. del Medigo, qui eut Pic de La Mirandole pour mécène. Dans la succession régulière des noms de maîtres, la double occurrence de Jean de Garlande suggère les incertitudes qui pèsent sur l’identification de certains auteurs (ici le théoricien de la musique et le grammairien). La dernière contribution, consacrée aux portraits croisés de quatre maîtres convertis à la vie monastique au xiie siècle, est enfin soustraite au régime de la singularité biographique. Par-delà la dispersion naturelle des sujets, les contributions répondent globalement à une double exigence, liée au travail même d’O.W. : faire sortir de l’ombre des maîtres inconnus (parfois jusqu’à l’anonymat) par la recherche et par l’étude de sources inédites. Les éditions critiques qui jalonnent l’ouvrage en forment du reste l’un des aspects les plus remarquables.
2 Cet ouvrage peut se lire en premier lieu comme un répertoire – genre affectionné par la dédicataire –, moins constitué de notices biographiques que de profils intellectuels très variés, qui sont d’ailleurs bien souvent des portraits collectifs, saisis dans des contextes institutionnels et culturels précis et dans des réseaux de relations. Quelques rares célébrités (Albert le Grand, Henri de Gand, Buridan), abordées par le biais de thèmes ou de textes nouveaux, côtoient nombre de maîtres tombés dans l’oubli, d’« auteurs moyens » comme Nicolas de Gorran, de « maîtres d’œuvres perdues » comme Gilles des Champs, voire de maîtres sans œuvre, tels Henri Pistor ou Olivier Salahadin dont les bibliothèques respectives permettent néanmoins d’éclairer les intérêts intellectuels. Lorsqu’elle existe, l’œuvre supplée l’absence de matériau biographique : le texte livre, comme le dit G. Dahan, un « instantané » du maître au travail.
3 Parce que ce travail s’inscrit dans des champs multiples (de la philosophie naturelle ou morale à la musique en passant par la théologie, la grammaire, les mathématiques, le droit, etc.) et s’effectue en divers genres (commentaires d’Aristote, commentaires sur les Sentences de Pierre Lombard, questiones, sermons, exégèse, lettres, dédicaces, etc.), l’ouvrage peut également se lire comme un panorama original de la culture savante médiévale, qui met en valeur les pratiques et les débats intellectuels d’un monde de pensée qui n’a rien d’uniforme ni de dogmatique. L’érudition domine : les A. ne reculent jamais devant les listes de témoins manuscrits ou les longues citations latines ; certaines contributions ont pour principal objet l’édition d’un texte.
4 L’ouvrage révèle en dernier lieu un passionnant état de la recherche en histoire des textes, en histoire intellectuelle et plus globalement en histoire culturelle, à l’échelle internationale (plus d’un quart des contributions sont en langue anglaise, quelques-unes en italien). Les différents art. transcrivent des enquêtes précises à différents stades de leur progression. À l’instar des textes de maîtres médiévaux, ils constituent des « instantanés » du travail effectué par leurs A., souvent engagés dans des projets collectifs, esquissant parfois des pistes de recherche, proposant enfin des leçons de méthode sur l’approche et le traitement des sources (on notera à cet égard la contribution magistrale de D. Poirel). Les A. contemporains assument ainsi eux-mêmes les différentes fonctions qu’ils assignent à leurs ancêtres médiévaux : adaptateurs, traducteurs, producteurs et passeurs de textes, ils manifestent l’articulation des savoirs produits et des conditions concrètes de leur production qui se trouve au cœur même de la recherche en histoire intellectuelle.
5 Elsa Marmursztejn