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Compte rendu

Medieval Clothing and Textiles, t. 6, éd. Robin Netherton, Gale R. Owen-Crocker, Woodbridge, Boydell, 2010 ; 1 vol., xiv–225 p. ISBN : 9781843835370. Prix : GBP 30

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  • Lachaud, F.
(2015). Medieval Clothing and Textiles, t. 6, éd. Robin Netherton, Gale R. Owen-Crocker, Woodbridge, Boydell, 2010 ; 1 vol., xiv–225 p. ISBN : 9781843835370. Prix : GBP 30. Le Moyen Age, Tome CXXI(1), LXIV-LXIV. https://doi.org/10.3917/rma.211.0167zzl.

  • Lachaud, Frédérique.
« Medieval Clothing and Textiles, t. 6, éd. Robin Netherton, Gale R. Owen-Crocker, Woodbridge, Boydell, 2010 ; 1 vol., xiv–225 p. ISBN : 9781843835370. Prix : GBP 30 ». Le Moyen Age, 2015/1 Tome CXXI, 2015. p.LXIV-LXIV. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-le-moyen-age-2015-1-page-LXIV?lang=fr.

  • LACHAUD, Frédérique,
2015. Medieval Clothing and Textiles, t. 6, éd. Robin Netherton, Gale R. Owen-Crocker, Woodbridge, Boydell, 2010 ; 1 vol., xiv–225 p. ISBN : 9781843835370. Prix : GBP 30. Le Moyen Age, 2015/1 Tome CXXI, p.LXIV-LXIV. DOI : 10.3917/rma.211.0167zzl. URL : https://shs.cairn.info/revue-le-moyen-age-2015-1-page-LXIV?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rma.211.0167zzl


1 Le dynamisme du champ d’enquête constitué par l’étude des textiles et du vêtement au Moyen Âge est perceptible dans la multiplication des publications scientifiques spécifiques, dont la série Medieval Clothing and Textiles publiée par Boydell : celle-ci se présente comme étant à la croisée du journal scientifique, avec ses propres recensions, et du recueil collectif. L’élargissement des perspectives est également un témoignage de la place nouvelle prise par ce thème dans l’histoire médiévale : l’étude du vêtement et des textiles apparaît ainsi désormais comme un angle privilégié pour renouveler l’histoire sociale ou politique, ou les perspectives liées à la notion de « gender ». Les sources sont variées, qu’il s’agisse de textiles archéologiques, de textes littéraires et règlementaires, d’inventaires d’églises ou de documents comptables, et elles sont désormais mises à contribution par des historiens qui n’apparaissent plus comme strictement spécialisés dans l’histoire du costume. On est par exemple frappé par la contribution de l’histoire des textiles à un domaine comme l’étude des mss. Les exemples extraordinaires relevés par C. Sciacca dans son étude des réparations brodées dans les mss de plusieurs monastères de la Suisse actuelle, de l’Allemagne du Sud et de l’Alsace n’auraient sans doute pas fait l’objet de la même attention il y a encore une vingtaine d’années. Un autre trait notable des avancées récentes dans ce domaine est la revendication du caractère relativement achevé des conclusions. On est ainsi frappé, à la lecture de la riche contribution d’H. Davidson et I. Pīgozne sur les vêtements et les textiles archéologiques de Lettonie du viie au xiie siècle, par l’idée selon laquelle la connaissance de ce domaine a sans doute atteint, à quelques détails près, son optimum. Mais le public non spécialiste de ces régions découvrira pour sa part une culture matérielle tout à fait originale, notamment marquée par l’utilisation des éléments de bronze dans le tissage des pièces de vêtement. C’est d’ailleurs souvent la présence du bronze dans les tombes qui a permis la préservation des pièces textiles.

2 La conséquence de cette transformation dans les études liées aux textiles et au vêtement du Moyen Âge est en tout cas ce qu’on pourrait appeler un saut qualitatif notable ; c’est aussi un passage à un nombre de publications extrêmement important. À cet égard, Medieval Clothing and Textiles permet de suivre les dernières évolutions avec une relative facilité. L’étude des donations de pièces textiles dans le contexte religieux par exemple fait mieux saisir leur rôle comme support pour des revendications spécifiques. L’étude de V.L. Garver sur trois bandes de soierie d’époque carolingienne, tissées aux tablettes, et portant des inscriptions, révèle que les donateurs de ces pièces – lesquelles avaient parfois été portées dans un contexte séculier avant d’être offertes aux églises – pouvaient utiliser de telles donations pour être présents symboliquement dans des parties de l’espace religieux qui leur étaient traditionnellement fermées. Cela était en particulier le cas des femmes, pour qui la donation d’une pièce vestimentaire permettait en quelque sorte de contourner les interdits traditionnels. On retrouve une démarche semblable chez les donateurs de l’Œuvre de la cathédrale de Strasbourg, dont la documentation est étudiée par C.A. Stanford. La situation politique particulière issue de la confrontation avec l’évêque de Strasbourg en 1262 permit en effet aux laïcs d’investir massivement le patronage de la cathédrale en offrant des objets de toutes sortes et notamment des vêtements : les femmes, qui pouvaient librement disposer de leurs vêtements et de leurs accessoires vestimentaires, à l’opposé d’autres biens comme les terres, représentent du coup presque 50 % des donateurs, ce qui paraît totalement exceptionnel. Le rôle du vêtement dans la revendication d’un rôle spécifique pour les femmes est aussi au cœur de la contribution de S.L. Higley sur le vocabulaire du vêtement dans la lingua ignota d’Hildegarde de Bingen. L’étude fine du lexique inventé par Hildegarde, et de son organisation, souligne la conception hiérarchique et élitiste qu’elle promouvait de la vie religieuse, mais aussi son désir, également reflété dans d’autres sources, d’accorder une place exceptionnelle au vêtement des vierges, destiné à célébrer leur mariage avec le Christ, en contradiction avec les instructions pauliniennes sur l’apparence féminine.

3 L’étude des métiers liés aux textiles paraît aussi avoir été renouvelée grâce à l’ouverture disciplinaire. L’étude de R.A. Ladd sur la culture des merciers londoniens est ainsi nourrie de l’analyse de la satire des États du monde élaborée par John Gower dans son Mirour de l’omme. On s’aperçoit que les critiques que le poète adresse aux merciers prennent place dans un contexte d’élévation sociale des membres du métier, soucieux de rejeter certaines pratiques qui pouvaient les rapprocher des pieds poudreux. Enfin, l’étude plus classique en apparence de K.K. Staples jette une lumière totalement nouvelle sur les fripiers de Londres, leur place dans la société et leur clientèle. Contrairement à ce qui a été longtemps affirmé, la clientèle du marché de seconde main pouvait être tout à fait aisée, et certains fripiers eux-mêmes parvinrent à accumuler des fortunes considérables.

4 L’historien non spécialiste de ce champ d’étude aura tout intérêt à consulter les volumes de cette collection, désormais bien établie dans le paysage de l’histoire de la culture matérielle, et y découvrira des perspectives nouvelles dans de nombreux domaines.

5 Frédérique Lachaud


Date de mise en ligne : 16/07/2015

https://doi.org/10.3917/rma.211.0167zzl