Jonas d’Orléans, Instruction des laïcs , t. 2, Livres ii, 17–iii , éd. et trad. Odile Dubreucq, Paris, Cerf, 2013 ; 1 vol., 424 p. (Sources chrétiennes, 550). ISBN : 978-2-204-10163-9. Prix : € 44,00
- Par Pierre Toubert
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- TOUBERT, Pierre,
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- Toubert, P.
https://doi.org/10.3917/rma.203.0727j
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1 Rendant compte ici même il y a peu de temps, de l’édition procurée par O. Dubreucq de la première moitié du traité de Jonas d’Orléans sur l’Instruction des laïcs (= D.I.L., livres i et ii, 1 à ii, 16), nous avons eu l’occasion de souligner l’intérêt du texte de Jonas et l’excellente qualité du travail d’édition critique et de traduction d’O.D. Nous appelions alors de tous nos vœux la publication du second volume. Voilà qui est chose faite et de manière en tous points conforme aux exigences auxquelles satisfaisait déjà bien le t. 1. Si le premier volume comportait les passages les plus connus et souvent cités du D.I.L. concernant le mariage et l’éthique sexuelle, le livre iii qui nous est ici procuré ne le cède pas en intérêt. Dans l’esprit de l’Enchiridion augustinien, il nous donne en effet un tableau achevé des normes de la vie morale préconisées par les grands speculatores carolingiens : Alcuin, Dhuoda, Theodulf d’Orléans et Smaragde. Sans obéir pied à pied à un ordre prédéterminé de classement des vertus et des vices comme d’autres speculatores, Jonas s’adresse ici, ne l’oublions pas, à un représentant de la couche dirigeante de l’élite comtale et axe son discours sur les conduites vertueuses requises par cet Ordo. Un long exposé, très argumenté et d’un ton soutenu, est consacré aux dîmes ecclésiastiques et à leur justification. Également notable est l’accent mis ensuite par l’auteur sur la somme de vertus civiques liées au bon exercice du pouvoir de juger (l. ii, chap. 20–29). Le livre iii récapitule sur le mode didactique l’exposé classificatoire des vertus et des vices. Il débouche naturellement après un long détour par le rappel pressant des opera caritatis à un tableau final d’une belle envolée rhétorique sur le Jugement Dernier. Comme le souligne fort justement l’É. dans son introduction au t. 1, c’est bien « le portrait du comte idéal » que nous propose ici Jonas. L’ampleur et la solidité des sources, l’abondance des références scripturaires et patristiques confèrent au D.I.L. une grande importance dans l’ensemble de la littérature « spéculative » propre à l’époque carolingienne. On doit d’autant plus se réjouir de l’édition qui nous est procurée par O.D. que cette dernière n’a pas ménagé sa peine pour permettre au lecteur de faire tout son profit de cette œuvre dense et rigoureuse. Le t. 2 est ainsi pourvu d’un jeu complet d’index valable pour les deux volumes : index scripturaire de tout premier intérêt pour apprécier l’originalité de la culture biblique de Jonas, index des auteurs anciens où saint Augustin prédomine de manière écrasante, suivi par Grégoire le Grand, Bède et Ambroise de Milan et index de la totalité des noms propres – de personnes et de lieux – cités par le D.I.L. S’il en ressort des conclusions attendues, en particulier sur le nombre très élevé de citations des Psaumes et des Proverbes, d’autres constatations sont plus étonnantes, comme, par exemple, la fréquence des citations de l’Ecclésiastique (Siracide) avec 50 citations et dix mentions dans le texte de Jésus, fils de Sirach. Il faut, au total, se féliciter sans réserve de la qualité d’une édition qui met à notre disposition dans les meilleures conditions d’efficacité un texte majeur de l’idéologie carolingienne.
2 Pierre Toubert