Julius Leonhard, Genua und die päpstliche Kurie in Avignon (1305–1378). Politische und diplomatische Beziehungen im 14. Jahrhundert, Francfort, Lang, 2013 ; 1 vol., 375 p. ISBN : 978-3-631-64356-3. Prix : € 64,95
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Citer cet article
- PÉQUIGNOT, Stéphane,
- Péquignot, Stéphane.
- Péquignot, S.
https://doi.org/10.3917/rma.203.0727h
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- Péquignot, S.
- Péquignot, Stéphane.
- PÉQUIGNOT, Stéphane,
https://doi.org/10.3917/rma.203.0727h
1 Dans ce livre issu d’une thèse soutenue en 2011 à l’Université d’Augsbourg, J. Leonhard envisage les relations politiques et diplomatiques de Gênes avec les papes et la Curie lors de leur séjour en Avignon. L’ouvrage se fonde sur une documentation variée, des chroniques, notamment celle des frères Stella, les vies des papes, ainsi que de nombreuses pièces de la pratique diplomatique, des procurations, des instructions et, surtout, des lettres conservées aux Archives vaticanes et à l’Archivio di Stato de Gênes dans la section « politiche materie ».
2 Après une brève introduction, l’A. présente de façon détaillée la Curie et la cité ligure, ainsi que les principaux facteurs contextuels, économiques, politiques et géographiques affectant le déroulement de la communication politique. Le cœur de l’ouvrage et de la thèse est ensuite constitué par six chap. ordonnés, à une exception près, de façon strictement chronologique. Les relations entre Gênes et la Curie y sont analysées en tenant compte de l’intérêt des parties en présence, de l’évolution interne du régime génois et de la papauté, ainsi que du contexte et des enjeux internationaux généraux d’une période traversée par de nombreuses crises. Trois phases sont distinguées. De l’installation progressive de la papauté en Avignon jusqu’en 1339, moment où le régime aristocratique est à Gênes renversé au profit de riches marchands, les hommes de la cité ligure se font progressivement une place dans le nouveau système, jouant notamment de l’appui du cardinal Luca Fieschi pour faire avancer leurs demandes. Soucieux de favoriser une croisade dont la perspective s’éloigne, les papes interviennent pour leur part fréquemment dans les affaires génoises afin de mettre un terme aux divisions internes et aux conflits avec la Couronne d’Aragon. Ils échouent cependant en 1323, puis en 1328 et en 1333, car les intérêts des parties en présence s’avèrent irréconciliables. Dans un deuxième temps, de 1339 à 1363, le nouveau pouvoir gibelin établi à Gênes noue des liens avec des cardinaux non italiens, tandis que la papauté apporte globalement son soutien à la république dans ses luttes contre Venise et la Couronne d’Aragon. Enfin, de 1363 à 1378, les papes bénéficient à plusieurs reprises de l’accueil et du soutien logistique des Génois, alors que ces derniers donnent désormais la préférence aux liens directs avec le pontife plutôt qu’à l’entremise des cardinaux. Les relations sont donc généralement placées sous le signe de l’entente, à l’exception toutefois de la question de Chypre, véritable pomme de discorde, car Gênes manifeste pour l’île un bel appétit, tandis que les papes sont à de nombreuses reprises pressés par les Chypriotes de mettre un frein aux avancées ligures.
3 En dépit de quelques répétitions, par exemple sur la guerre entre Venise et Gênes (p. 188–197, 221–231), cet ouvrage de facture classique offre une reconstitution événementielle efficace et solide. L’étude confirme la perte d’efficacité des interventions pontificales pacificatrices, et comble un manque sur une diplomatie génoise demeurée un parent pauvre de la recherche. Avec d’autres historiens – K. Plöger pour l’Angleterre, Ó. Villarroel pour la Castille –, J.L. aide à mieux apprécier les relations entre la Curie et les grandes puissances politiques de la fin du Moyen Âge. On relèvera également plusieurs développements intéressants concernant la pratique et les acteurs multiples de la diplomatie. La trajectoire complexe de Leonardo di Montaldo, auquel sont confiées de multiples missions à l’étranger, met ainsi bien en lumière les modalités d’acquisition d’une réelle influence à la Curie.
4 Au terme de l’ouvrage, la démonstration est donc faite du caractère pragmatique des Génois dans leurs relations avec la papauté. Il paraît en revanche plus difficile de suivre J.L. dans son affirmation répétée selon laquelle un tel « pragmatisme » – dont les contours seraient apparus plus nettement avec une perspective comparatiste – tirerait profit d’un système de diplomatie ouvert, dépourvu de mécanismes de sanction, au sein de « structures non encore complètement consolidées et normées de la diplomatie européenne du xive siècle » (p. 312, voir également p. 225, passim). Selon l’A., les souvenirs de ces façons diplomatiques de faire auraient même facilité ultérieurement une appréhension nouvelle de la diplomatie ; ils auraient en quelque sorte constitué un terreau favorable au développement de la « diplomatie moderne », laquelle est identifiée à la professionnalisation, à la spécialisation et à l’institutionnalisation. Tranchant avec la rigueur du reste du volume, cette explication plutôt confuse reproduit en fait un schéma téléologique classique dans l’histoire de la diplomatie médiévale, fort longtemps décrite avec pour seul horizon interprétatif « l’émergence » de la « diplomatie moderne » au xve siècle. À cet égard, il est dommage que l’A. n’ait pas tenu suffisamment compte de l’historiographie italienne récente sur la diplomatie de la période (R. Fubini apparaît fugitivement, F. Senatore, I. Lazzarini, N. Covini, F. Leverotti ou T. Duranti sont ignorés), qui aurait permis une appréciation plus mesurée. La critique formulée ici concerne néanmoins seulement quelques pages, et ne doit pas éclipser les mérites nombreux d’un livre qui rendra assurément de nombreux services aux historiens.
5 Stéphane Péquignot