Jennifer Saltzstein, The Refrain and the Rise of the Vernacular in Medieval French Music and Poetry, Cambridge, D.S. Brewer, 2013 ; 1 vol., xii–194 p. (Gallica). ISBN : 978-1-84384-349-8. Prix : GBP 60
- Par Anne Ibos-Augé
Page XXXIV
Citer cet article
- IBOS-AUGÉ, Anne,
- Ibos-Augé, Anne.
- Ibos-Augé, A.
https://doi.org/10.3917/rma.202.0481zh
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- Ibos-Augé, A.
- Ibos-Augé, Anne.
- IBOS-AUGÉ, Anne,
https://doi.org/10.3917/rma.202.0481zh
1 Si de nombreuses études ont été consacrées au répertoire des refrains insérés dans des œuvres non lyriques, peu d’études importantes se sont attachées au refrain en lui-même, ce qui constitue l’un des intérêts majeurs de l’ouvrage de J. Saltzstein. Après un état rapide mais complet des travaux et questionnements antérieurs à la question, le premier chap. (Relocating the Refrain, p. 8–34) replace le refrain dans ses contextes littéraire et musical, mais également l’émergence de la langue vernaculaire dans son environnement socio-historique. Cet examen rapide, accompagné de quelques analyses musicales illustrant les degrés de variance d’un refrain à l’autre, soulève la question souvent posée de la transmission. L’A. constate par ailleurs que les techniques d’exégèse latine s’appliquent aux genres musicaux vernaculaires.
2 Le chap. suivant (Clerical and Monastic Contexts for the Intertextual Refrain, p. 35–79) est centré sur l’étude de deux types de textes mêlant les cultures latine et vernaculaire : la traduction de l’Ars amatoria d’Ovide et les commentaires de proverbes. Après avoir rappelé la pratique habituelle de la glose chez les ecclésiastiques, qu’elle rapproche de la citation d’exemples, l’A. étudie d’abord trois des refrains cités dans la traduction d’Ovide se retrouvant dans des motets puis les contextes de gloses dans une collection de proverbes. Si l’analyse dégageant les rapports des différents textes entre eux et les interpénétrations discursives qu’ils génèrent est particulièrement précise et approfondie, ses conclusions peuvent troubler le lecteur par leur simplicité : l’A. précise en effet que le contexte du refrain change selon qu’il intervient dans les textes didactiques ou dans les motets tout en reconnaissant que tous les contextes sont unifiés par les techniques exégétiques liées à la fin’amors.
3 Le chap. 3 (Vernacular Wisdom and Thirteenth-Century Arrageois Song, p. 80–113) évoque l’existence d’un corpus de refrains intertextuels lié à la ville d’Arras. Nombre de refrains cités par exemple dans le roman de Renart le Nouvel sont mentionnés dans d’autres textes en lien avec Arras et dénotent une « sensibilité arrageoise ». D’autres exemples montrent que les trouvères arrageois puisaient leurs refrains dans les chansons de leurs compatriotes. Ces divers exemples – et en particulier l’étude de la transmission de vdB 1375 – montrent que la paternité des refrains est, certes, difficile à établir, mais qu’il est significatif que nombre de refrains intertextuels témoignent d’une pratique et d’une esthétique propres à cette ville.
4 Le chap. suivant (Adam de la Halle as Magister Amoris, p. 114–148) s’attache au rapport du trouvère arrageois avec les phénomènes de citation. J.S. étudie la transmission de divers refrains cités par Adam à plusieurs reprises dans certaines de ses œuvres et voyageant entre rondeaux, motets et jeux théâtraux, jusqu’à générer parfois des citations polyphoniques entières. Elle analyse les réseaux inter et intra textuels liant les œuvres d’Adam, qui renverse volontairement les codes amoureux en enserrant ses refrains dans des contextes résolument anti-courtois ou parodiques.
5 Le dernier chap. (Cultivating an Authoritative Vernacular in the Music of Guillaume de Machaut, p. 149–164) étudie la transmission du fragment intertextuel puis qu’il vous plaist, forment m’agrée, présent chez Machaut et retraçable dans des textes antérieurs. Le refrain entier est recontextualisé dans les œuvres précédentes. Une présentation de son devenir chez Machaut montre une lecture différente chez le compositeur de l’Ars Nova, réinvention toute personnelle d’un écho du passé.
6 Pour conclure, J.S. situe bien la pratique de la citation de refrains intertextuels comme une recherche d’« autorité », mais d’une autorité qui ne serait pas un hommage à un auteur défini mais bien plutôt un rappel de l’arrière-plan lyrique dans lequel évoluent les trouvères-citeurs.
7 Certes, l’ouvrage de J.S. n’est pas exempt de faiblesses : l’utilisation de sigles pour désigner les chansonniers prête parfois à confusion, certaines transcriptions musicales et/ou textuelles sont fautives, le choix des graphies n’est pas toujours clairement exprimé et il arrive qu’un vers extrait d’un ms. soit suivi par un vers issu d’un autre témoin sans avertissement. Il propose néanmoins, notamment grâce à sa bibliographie abondante, un état des lieux intéressant à propos des refrains intertextuels, que l’on aimerait voir étendu à un corpus dépassant l’Artois.
8 Anne Ibos-Augé