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Compte rendu

Christoph Friedrich Weber, Zeichen der Ordnung und des Aufruhrs. Heraldische Symbolik in italienischen Stadtkommunen des Mittelalters, Cologne–Weimar–Vienne, Böhlau, 2011 ; 1 vol., x–647 p. ISBN : 978-3-412-20494-5. Prix : € 77,00

Page XVIII

Citer cet article


  • Bock, N.
(2014). Christoph Friedrich Weber, Zeichen der Ordnung und des Aufruhrs. Heraldische Symbolik in italienischen Stadtkommunen des Mittelalters, Cologne–Weimar–Vienne, Böhlau, 2011 ; 1 vol., x–647 p. ISBN : 978-3-412-20494-5. Prix : € 77,00. Le Moyen Age, Tome CXX(1), XVIII-XVIII. https://doi.org/10.3917/rma.201.0159r.

  • Bock, Nicolas.
« Christoph Friedrich Weber, Zeichen der Ordnung und des Aufruhrs. Heraldische Symbolik in italienischen Stadtkommunen des Mittelalters, Cologne–Weimar–Vienne, Böhlau, 2011 ; 1 vol., x–647 p. ISBN : 978-3-412-20494-5. Prix : € 77,00 ». Le Moyen Age, 2014/1 Tome CXX, 2014. p.XVIII-XVIII. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-le-moyen-age-2014-1-page-XVIII?lang=fr.

  • BOCK, Nicolas,
2014. Christoph Friedrich Weber, Zeichen der Ordnung und des Aufruhrs. Heraldische Symbolik in italienischen Stadtkommunen des Mittelalters, Cologne–Weimar–Vienne, Böhlau, 2011 ; 1 vol., x–647 p. ISBN : 978-3-412-20494-5. Prix : € 77,00. Le Moyen Age, 2014/1 Tome CXX, p.XVIII-XVIII. DOI : 10.3917/rma.201.0159r. URL : https://shs.cairn.info/revue-le-moyen-age-2014-1-page-XVIII?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rma.201.0159r


1 Ce livre est ambitieux sans être prétentieux. Il a conservé son caractère de thèse allemande (soutenue en 2007 sous la direction de H. Keller à Münster). La lecture n’est pas toujours aisée et la richesse des exemples discutés peut parfois désorienter le lecteur. Une fois familiarisé avec les raisonnements de l’A., le lecteur perçoit cependant l’envergure du travail et poursuit avec une curiosité impatiente. Car le champ de ce livre est large, voire même très large. Par sa problématique tout d’abord : l’héraldique étant d’habitude associée à une société féodale et chevaleresque, la recherche s’est jusqu’à présent peu intéressée au rôle des communes. Or, la période de naissance des armoiries – le xiie siècle – fut également celle des communes de l’Italie du Nord, qui employèrent amplement les signes héraldiques dans leur vie politique. Quelle fut donc – c’est la question de départ de l’A. – l’importance des communes dans le développement héraldique du xiie au xive siècle ? Mais avant d’analyser l’utilisation des armoiries, il faut d’abord comprendre leur nature. C.F. Weber voit les armoiries comme des signes dans un système communicatif ouvert, on est donc bien loin d’une vision de l’héraldique limitée à l’identification des personnes. Impliqués dans des actes constitutifs de pouvoir, les signes héraldiques peuvent assumer différentes valeurs symboliques. Ils créent des liens associatifs et renvoient à d’autres signes et d’autres contextes. Méthodologiquement, cette approche s’inscrit donc dans la recherche des communications symboliques au Moyen Âge, instiguée notamment par G. Althoff, H.K. et P. von Moos depuis les années 80 du xxe siècle.

2 Dans les six chap. du livre, C.F.W. aborde son sujet selon des problématiques variées. Dans un premier temps, il se penche sur l’adaptation de signes et actes héraldiques impériaux par les communes et sur leur intégration dans la vie politique communale pendant les xie et xiie siècles. Il met en évidence la parenté directe du langage héraldique et symbolique des communes avec celui de l’administration féodale de l’Empire. Ces acteurs n’interagissent pas seulement sur le même terrain mais adoptent aussi les mêmes schémas d’exégèse allégorique. À l’aide d’exemples provenant des communes de Crémone, Gêne, Tortona et Milan, C.F.W. retrace les différentes étapes de ce premier développement allant d’un état pré-héraldique à l’établissement d’un système héraldique, à la fin du siècle, qui démontre une spécificité toujours plus grande des signes employés.

3 Dans les chap. 3 et 4, C.F.W. se penche sur l’implémentation et la réglementation croissante des signes héraldiques dans la vie communale pendant le xiiie siècle. En plus des civilia signa – bannière et sceaux –, les armoiries personnelles de certains acteurs comme le podestà commencent également à jouer un rôle important dans la représentation politique de la commune. L’omniprésence progressive des signes héraldiques dans les villes – il s’agit d’une véritable invasion visuelle de la vie quotidienne – fait que les signes héraldiques ne sont plus seulement attachés aux documents ou utilisés lors des actes publiques, mais se trouvent maintenant aussi affichés aux portes, aux murs des bâtiments officiels, ainsi que sur les places publiques. Par contre, ce développement est accompagné d’une uniformisation croissante, allant jusqu’aux vêtements, qui témoigne des efforts des organes politiques de la ville pour contrôler et règlementer (même par des commissions !) l’usage des signes héraldiques. Au même moment, ce développement voit l’apparition de signes transpersonnels, renvoyant à des valeurs abstraites (paix, justice) ou à des institutions (le popolo) et contrastant avec les signes personnels « parlants » antérieurs. Il s’agit d’une mise en image consciente de conceptions politiques de la part des institutions communales qui prennent ainsi une part active dans le développement héraldique. L’adoption des armoiries de pouvoirs supérieurs (Angevins, Hohenstaufen, Gibelins, etc.) et leur intégration dans le contexte communal nécessite cependant des connaissances spécifiques locales et empêche une lecture générale. Chaque commune présente donc une situation différente.

4 Les signes héraldiques, désormais des constantes de la politique visuelle communale, font bientôt leur entrée dans l’historiographie communale. Les écrivains chroniqueurs du xive siècle (Giovanni Villani à Florence ou Albertino Mussato à Padoue) intègrent, dans leur description des signes héraldiques, des réflexions sur les origines de la commune et de ses adversaires, sur la bonne ou mauvaise utilisation des insignes et sur l’honor attribué à l’enseigne par le comportement de ses porteurs (et ainsi à la commune représenté par ce signum). L’héraldique offre donc une possibilité puissante de justification politique littéraire et les membres de l’administration communale sont souvent porteurs de la « hérauderie » communale.

5 Le dernier chap. ouvre d’autres perspectives en proposant une comparaison entre l’héraldique des communes du Nord de l’Italie, et celle de Londres et des villes des Flandres. L’A. montre la dépendance directe du système héraldique et politique, et conclut que malgré une similitude apparente – les armoiries sont employées partout et par tous les acteurs politiques –, leur utilisation change. En ce sens, un doge de la Sérénissime est plus proche du seigneur maire de Londres que d’un Gonfalonier de justice d’une autre commune italienne voisine de Venise. L’utilisation de l’héraldique est donc intimement liée au système politique qui en fournit le contexte interprétatif.

6 L’ouvrage montre bien la place centrale de la « nouvelle héraldique » (M. Pastoureau) dans l’analyse des discours visuels des temps passés. On aurait certes pu souhaiter que l’A. inclue dans son argumentation les lieux mêmes des événements (cathédrales, places, etc.), souvent construits ou altérés à l’époque, et pouvant fournir d’autres informations précieuses au regard des cérémonies discutées. Car ce changement du discours symbolique et visuel, tel qu’il est thématisé dans ce livre, n’intéressera pas seulement les historiens, mais également les historiens de l’art. Pour la recherche future, ce livre ouvre la voie à une multitude de thématiques possibles.

7 Nicolas Bock


Date de mise en ligne : 12/08/2014

https://doi.org/10.3917/rma.201.0159r