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Compte rendu

David S. Bachrach, Warfare in Tenth-Century Germany, Woodbridge, Boydell, 2012 ; 1 vol., xiv–310 p. (Warfare in History). ISBN : 978-1-84383-762-6. Prix : GBP 60

Page LXXIX

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  • Gaier, C.
(2014). David S. Bachrach, Warfare in Tenth-Century Germany, Woodbridge, Boydell, 2012 ; 1 vol., xiv–310 p. (Warfare in History). ISBN : 978-1-84383-762-6. Prix : GBP 60. Le Moyen Age, Tome CXX(1), LXXIX-LXXIX. https://doi.org/10.3917/rma.201.0159zzza.

  • Gaier, Claude.
« David S. Bachrach, Warfare in Tenth-Century Germany, Woodbridge, Boydell, 2012 ; 1 vol., xiv–310 p. (Warfare in History). ISBN : 978-1-84383-762-6. Prix : GBP 60 ». Le Moyen Age, 2014/1 Tome CXX, 2014. p.LXXIX-LXXIX. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-le-moyen-age-2014-1-page-LXXIX?lang=fr.

  • GAIER, Claude,
2014. David S. Bachrach, Warfare in Tenth-Century Germany, Woodbridge, Boydell, 2012 ; 1 vol., xiv–310 p. (Warfare in History). ISBN : 978-1-84383-762-6. Prix : GBP 60. Le Moyen Age, 2014/1 Tome CXX, p.LXXIX-LXXIX. DOI : 10.3917/rma.201.0159zzza. URL : https://shs.cairn.info/revue-le-moyen-age-2014-1-page-LXXIX?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rma.201.0159zzza


Notes

  • [70]
    Dans De la mer du Nord à la Méditerranée. Francia media. Une région au cœur de l’Europe (c. 840–c. 1050), éd. M. Gaillard, M. Margue, A. Dierkens, H. Pettiau, Luxembourg, 2011, p. 11–40.
  • [71]
    Voir notre art. de 1999 dans le t. 99, p. 201–229.

1 Ce nouvel ouvrage, d’un spécialiste américain bien connu, s’aventure dans le « siècle de fer » de l’historiographie, en particulier celle qui touche à l’art militaire. Il le fait avec succès, affichant une profonde connaissance des sources et une grande maîtrise dans leur interprétation, dont il prend la peine d’expliquer la méthodologie. Confronté à ces témoignages, parfois uniques, il se fonde sur leur « plausibilité rhétorique », c’est-à-dire sur la conviction que leurs auteurs tenaient en tout état de cause à assurer leur crédibilité auprès de leur audience, forcément restreinte à ces époques, mais appartenant à des milieux assez bien informés pour ne pas s’en laisser accroire. Pour autant, D.S. Bachrach n’est pas dupe des intentions sous-jacentes de ces récits, envers lesquelles tout historien se doit d’exercer son sens critique. L’A. se livre également à une « Sachkritik » des faits et des données concrètes, où interviennent des appréciations et des statistiques relevant de l’érudition moderne : itinéraires usuels, temps de parcours des étapes, impératifs de la logistique, effectifs, tactique… Enfin, il exploite une abondante moisson de travaux en langue allemande, trop rarement connue des historiens francophones et anglophones, et la met ainsi en quelque sorte à la portée de tous les chercheurs. Par contre, on pourrait compléter sa bibliographie par certains ouvrages en français relatifs à l’époque post-carolingienne, qui lui ont peut-être échappé. Les études de J.F. Verbruggen et de J. France, parues en 1979 et 1980 dans la Revue belge d’Histoire militaire, sur l’art militaire de 714 à l’an 1000, par exemple, n’ont rien perdu de leur pertinence. Autres références utiles entre autres : l’art. de J.L. Kupper sur le sort de la Lotharingie entre 843 et 1056 [70] éclaire bien des aspects de la politique « impériale », comme ses recherches sur la genèse de la principauté épiscopale de Liège, qui dissipent quelque peu la brumeuse légende des sièges de Chèvremont (et non : « Chièvrement ») de 922, 939, 960 et 987.

2 Le leitmotiv essentiel de ce livre est l’affirmation de la continuité, affichée et avérée, entre le royaume, ensuite l’empire, germanique issu des partages entre les descendants de Charlemagne, et la civilisation carolingienne. Cette permanence est ici rendue évidente à travers les institutions, la formation pratique voire livresque (encore Végèce, Frontin, etc.) des élites ecclésiastiques et laïques, les infrastructures administratives et le corps social (sans aborder en l’occurrence les prolégomènes de l’émiettement féodal du pouvoir et la condition des personnes). Au plan intellectuel en tout cas, la Renaissance carolingienne poursuit alors sa progression et ses effets.

3 Malgré les velléités centrifuges de certains magnats territoriaux (on ne parle pas encore de « princes territoriaux », ni plus tout à fait d’entités ethniques !), le royaume d’Henri Ier l’Oiseleur, de son fils Otton Ier et de leur dynastie se veut toujours relativement centralisé et fort. Il se montre interventionniste vis-à-vis des dissidents : Souabe et Bavière, mais aussi impérialiste non seulement à l’égard des peuples de l’est : Slaves et Magyars, mais également l’Italie, les Lotharingiens, qu’il phagocyte, et de la Francie occidentale, qu’il domine parfois par la diplomatie et par les armes. Durant le règne de ces deux premiers souverains, la guerre est quasi permanente sur l’un ou l’autre « front », voire simultanément sur plusieurs théâtres. La stratégie se base sur la construction de nouvelles fortifications (souvent de terre et de bois, ce qu’atteste abondamment l’archéologie moderne) échelonnées en profondeur dans les territoires conquis et sur la mise en défense des villes remparées d’origine romaine. Inversement, la guerre de siège constitue le but ultime des opérations militaires. Il y a peu de batailles rangées (l’A. les analyse), où tout peut se perdre en quelques heures et où rien n’est toujours gagné. La tactique est évidemment appropriée aux circonstances et aux conditions matérielles de l’époque : choc frontal, mais aussi attaque de flanc, encerclement, feinte retraite, ruses. Le mouvement et le déploiement des troupes est assez souple ; les armées se déplacent lentement, certes, à nos yeux, mais sur de grandes distances. Elles incorporent des levées territoriales, où l’infanterie joue un grand rôle par le nombre et les tâches « manouvrières » qu’on lui assigne, mais aussi les membres de l’aristocratie laïque et religieuse, voire de la maison royale. Les magnats combattent à cheval quoique la cavalerie lourde ne joue pas encore le rôle décisif qu’on lui connaîtra plus tard. Au reste, les techniques militaires n’ont guère évolué depuis Charlemagne. Les moyens de défense l’emportent généralement sur ceux d’attaque, en particulier lors des sièges. Si l’A. accorde à l’archerie, surtout celle des Hongrois évidemment, l’importance qu’elle mérite, il passe un peu trop sommairement sur celle de l’arbalète, qui revient précisément en usage dans les armées occidentales à cette époque, ainsi que nous l’avons montré, ici même[71]. Il opine, à bon droit, nous semble-t-il, pour l’apparition précoce du trébuchet à traction, mais il ne croit pas, à tort, à la possibilité de son utilisation dans la défense des places.

4 Les opérations d’envergure exigeaient des effectifs importants, que l’A. estime, dans certains cas, à une vingtaine de milliers d’hommes, voire davantage. En corollaire, la logistique devait être assez élaborée et impliquer d’amples moyens en charroi, en fourrage et en vivres. Celles-ci provenaient notamment des fiscs royaux et des établissements ecclésiastiques. Même si l’on manque d’informations spécifiques sur ces aspects matériels des guerres d’alors, il est impensable d’imaginer que des opérations de longue durée, comme par exemple le siège de Mayence de 953 et les incursions en dehors du royaume aient pu s’improviser en se basant uniquement sur les ressources de l’habitant, ami ou ennemi.

5 Au total, le livre de D.S.B. valorise l’apport militaire du xe siècle, germanique en particulier, et contribue de façon significative à combler les lacunes historiographiques dans ce domaine entre l’époque de Charlemagne et le Moyen Âge « classique ». Il contribue également, par un biais inédit, à l’étude des institutions politiques au croisement de la « fin de race » carolingienne, et des dynasties ottonienne et capétienne émergentes. L’accent qu’il met sur la Germanie pourrait utilement, à cet égard, être porté sur les deux autres entités : Francie et Lotharingie, où les sources, autant que les travaux qui existent déjà, mériteraient pareille synthèse dans une perspective militaire.

6 Claude Gaier


Date de mise en ligne : 12/08/2014

https://doi.org/10.3917/rma.201.0159zzza