Leaders of the Anglo-Saxon Church. From Bede to Stigand, éd. Alexander R. Rumble, Woodbridge, Boydell, 2012 ; 1 vol., xii–204 p. (Publications of the Manchester Centre for Anglo-Saxon Studies, 21). ISBN : 978-1-84383-700-8. Prix : GBP 55
- Par Alban Gautier
Page LIV
Citer cet article
- GAUTIER, Alban,
- Gautier, Alban.
- Gautier, A.
https://doi.org/10.3917/rma.201.0159zzb
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- Gautier, Alban.
- GAUTIER, Alban,
https://doi.org/10.3917/rma.201.0159zzb
1 Si l’Église anglo-saxonne fut remarquable par sa production culturelle et littéraire autant que pour sa vitalité missionnaire, c’est d’abord grâce à l’action de grands prélats, dirigeants et dirigeantes ecclésiastiques sur desquels le présent ouvrage propose quelques études ciblées. Après une introduction de l’É. rappelant les sources (en particulier normatives) portant sur les évêques et responsables monastiques de l’Angleterre du haut Moyen Âge, l’ouvrage consiste en effet pour l’essentiel en une galerie de portraits, et contient des art. d’intérêt et de qualité assez variable : certaines contributions permettent effectivement de renouveler l’approche de figures déjà bien connues ; d’autres se focalisent sur des personnages moins souvent abordés par l’historiographie et en soulignent l’intérêt ; d’autres enfin font le point sur des individus déjà bien étudiés en mettant l’accent sur certains aspects plus ou moins négligés.
2 Plusieurs chap. mettent de fait en avant des figures plus ou moins méconnues. M.J. Ryan (p. 41–60) revient ainsi sur Egberht d’York, premier archevêque de la ville en 735 et maître d’Alcuin, en se penchant sur le Dialogus, un texte qui pourrait lui être attribué. Les premiers évêques de Worcester, qui jusqu’ici n’étaient guère que des noms, sont étudiés par A.S. McKinley (p. 77–95), qui propose une lecture hardie du contexte politique de rédaction des chartes (souvent interpolées) qui nous ont été conservées : pour lui, le siège de Worcester, bien que situé dans le royaume des Hwicce, fut avant tout une fondation soutenue par les rois merciens avant de prendre une certaine autonomie dans la seconde moitié du viiie siècle. J. Hill (p. 147–163) éclaire à la lumière d’une lettre d’Ælfric les options religieuses de l’évêque Wulfsige III de Sherborne, réformateur en 998 de la communauté cathédrale.
3 D’autres art. reviennent sur des figures ou des cas assez connus. C. Rhodes (p. 61–75) étudie le langage de la maternité spirituelle dans trois textes d’époques très différentes portant sur les abbesses Æthelthryth d’Ely, Leoba de Tauberbishofsheim ainsi que sur l’évêque et auteur latin Aldhelm de Sherborne. D. Wassenhoven (p. 97–107) s’intéresse aux positions prises par les évêques dans les querelles de succession des années 955–959 et 975–978. G. Owen-Crocker (p. 109–127) s’intéresse aux images de prélats des xe et xie siècles, sur mss, sur textiles ou sur pierre, et insiste sur la pluralité des lectures possibles. A.R. Rumble (p. 165–182) revient sur les carrières et, surtout, sur les réputations d’Ælfheah (aussi appelé saint Elphège) et de Stigand, tous deux évêques de Winchester puis archevêques de Cantorbéry.
4 Parmi les regards à notre avis réellement innovants sur des figures majeures de l’histoire anglo-saxonne, on citera avant tout la contribution de N. Higham (p. 25–40) sur l’usage du terme ecclesia, et plus spécifiquement ecclesia Anglorum, dans l’Histoire ecclésiastique de Bède le Vénérable : remarquant que l’expression se trouve la plupart du temps dans des phrases que Bède a sans doute reprises à des sources antérieures, l’A. en conclut que, loin d’être un défenseur enthousiaste de l’idée d’une « Église des Angles », Bède avait une conception bien à lui de cette réalité et ne souscrivait que très peu à la vision qu’en avait le clergé de Cantorbéry, créateur de l’expression. D. Banham (p. 129–145) s’intéresse quant à elle à une question en apparence marginale : celle du langage des signes dans les monastères réformés de la fin du xe siècle. Mais à travers ce cas, c’est toute la question de la transmission des pratiques de la Réforme bénédictine depuis les monastères continentaux qui est réexaminée : plutôt que Fleury ou les monastères lotharingiens, souvent mis en avant par l’historiographie, c’est Cluny qui semble dans ce cas avoir inspiré le réformateur Æthelwold de Winchester, son élève Ælfric, et l’élève de ce dernier Ælfric Bata – une chaîne que l’A. identifie comme celle qui a acclimaté à l’Angleterre ce mode de communication silencieuse d’origine clunisienne.
5 Alban Gautier