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Compte rendu

Karin Becher, Le Lyrisme d’Eustache Deschamps. Entre poésie et pragmatisme, Paris, Classiques Garnier, 2012 ; 1 vol., 264 p. (Recherches littéraires médiévales, 12). ISBN : 978-2-8124-0609-6. Prix : € 29,00

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Citer cet article


  • Roccati, G.-M.
(2014). Karin Becher, Le Lyrisme d’Eustache Deschamps. Entre poésie et pragmatisme, Paris, Classiques Garnier, 2012 ; 1 vol., 264 p. (Recherches littéraires médiévales, 12). ISBN : 978-2-8124-0609-6. Prix : € 29,00. Le Moyen Age, Tome CXX(1), I-I. https://doi.org/10.3917/rma.201.0159a.

  • Roccati, Giovanni Matteo.
« Karin Becher, Le Lyrisme d’Eustache Deschamps. Entre poésie et pragmatisme, Paris, Classiques Garnier, 2012 ; 1 vol., 264 p. (Recherches littéraires médiévales, 12). ISBN : 978-2-8124-0609-6. Prix : € 29,00 ». Le Moyen Age, 2014/1 Tome CXX, 2014. p.I-I. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-le-moyen-age-2014-1-page-I?lang=fr.

  • ROCCATI, Giovanni Matteo,
2014. Karin Becher, Le Lyrisme d’Eustache Deschamps. Entre poésie et pragmatisme, Paris, Classiques Garnier, 2012 ; 1 vol., 264 p. (Recherches littéraires médiévales, 12). ISBN : 978-2-8124-0609-6. Prix : € 29,00. Le Moyen Age, 2014/1 Tome CXX, p.I-I. DOI : 10.3917/rma.201.0159a. URL : https://shs.cairn.info/revue-le-moyen-age-2014-1-page-I?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rma.201.0159a


1 Cette synthèse réunit les nombreuses études que K. Becher a publiées depuis le début des années 1990 sur le sujet : certaines paraissent ici pour la première fois en français, toutes ont été revues et plusieurs entièrement refondues ; des pages d’introduction ou de transition permettent de relier les différents chapitres dans un discours unitaire en faisant ainsi apparaître la logique de la démarche. Après une présentation de l’œuvre de Deschamps et de sa spécificité – bien définie par la formule « la littérarisation du quotidien » – le volume est organisé en trois part., consacrées respectivement aux « poèmes juridiques, médicaux et alimentaires » (1), aux textes relatifs au « ménage » et aux voyages (2), enfin, à la question du mariage et au « corps du poète » (3). Une conclusion, la bibliographie (classée méthodiquement) et l’Index des œuvres, auteurs et genres littéraires terminent le volume.

2 Le fil conducteur de la recherche est donc constitué par l’enquête sur cet aspect de l’œuvre de Deschamps, au niveau des contenus certainement le plus novateur, où cœxistent « discours poétique et écriture pragmatique » ; il faut entendre par « pragmatique » toute écriture visant une utilité concrète, « pratique », pour les lecteurs (p. 22). Cet angle d’attaque permet de rendre compte d’une cohérence profonde de l’attitude du poète dans une partie importante de ses écrits. Il ne faut pas oublier cependant l’ampleur et la variété de ces derniers – et c’est la difficulté de toute lecture d’ensemble de cette œuvre foisonnante, « protéiforme et encyclopédique ». En effet, cette cohérence n’acquiert véritablement son sens que si on la met en perspective en tenant compte de la versatilité du poète : des pans entiers de sa production – textes liés à la courtoisie, au premier degré ou parodiques, textes religieux, « sérieux » ou au contraire totalement ludiques – restent en dehors de l’étude.

3 Certes, Deschamps utilise les formes courtoises pour des contenus « pragmatiques », mais est-ce vraiment dans un but « pratique » qu’il écrit ? Certains poèmes, en particulier médicaux, ont pu circuler comme listes « utiles » de remèdes ou d’attitudes à adopter face à la maladie, mais leur écriture est-elle profondément différente des innombrables jeux auxquels il s’adonne ? Il y a chez lui une pluralité de stratégies d’écriture différentes, gommée dans le grand recueil constitué après sa mort. Certains de ses textes appartiennent à un registre sérieux, d’autres ont un statut particulier – comme les recueils ou anthologies qu’on ne lui rend pas, ce dont il se plaint –, mais pour la plupart ses compositions semblent relever du registre du jeu. Les clés de son succès – au-delà du respect dont il jouit (p. 18) – sont à chercher dans sa prolificité et dans sa créativité poétique, y compris dans l’innovation métrique, mais surtout dans son exploration systématique, « programmatique » (p. 13), des contenus les plus divers, intégrés aux formes poétiques brèves en usage, exploration menée à la même époque par Froissart, mais d’une manière beaucoup plus timide. Cet « encyclopédisme » me semble toutefois à prendre au second degré. La masse de ses pièces brèves a dû être considérée par Deschamps lui-même comme un jeu, un lusus. Il se flattait certainement de son succès, mais les contenus – quotidiens, comiques, obscènes – à ses yeux mêmes ne devaient pas avoir le même statut que ceux de ses œuvres « sérieuses ». C’est sans doute ce genre de textes qu’il désigne quand il parle de chetivetez. Il s’agit certainement d’un topos d’humilité, ce sont des nugae, et il en est en réalité très fier, mais d’une manière particulière : nous sommes ici dans un registre ludique (p. 220). Du coup, son attitude « pragmatique » prend un autre sens : il s’agit pour lui de balayer tout le réel, ou presque, mais non pour constituer une sorte d’encyclopédie didactique rehaussée par la forme littéraire courtoise. Il s’agit, à mon sens, plutôt de « jouer » : de la tradition, des contenus, des formes. Deux indices me semblent confirmer cette manière de voir : la forme littéraire elle-même et la réception des textes. Quand Deschamps veut faire du « sérieux », il prend les moyens : l’exemplaire de présentation du Lai de fragilité humaine suffirait à lui seul pour le montrer. Parmi les pièces brèves, nombreuses sont celles qui révèlent une attitude analogue, mais dans leur immense majorité les textes singuliers sont difficiles à cerner et il est significatif qu’ils n’aient eu qu’une diffusion très limitée.

4 G. Matteo Roccati


Date de mise en ligne : 12/08/2014

https://doi.org/10.3917/rma.201.0159a