John WATTS, The Making of Polities. Europe, 1300–1500, Cambridge, Cambridge U.P., 2009 ; 1 vol. in-8o, XIII–466 p. (Cambridge Medieval Textbooks). ISBN : 978-0-521- 79664-4. Prix : GBP 17,99.
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Citer cet article
- MASSON, Christophe,
- Masson, Christophe.
- Masson, C.
https://doi.org/10.3917/rma.192.0457zd
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1 Comme son titre l’indique, cet ouvrage se donne pour objet l’étude des régimes politiques ayant existé en Europe au cours des XIVe et XVe siècles, soit environ 200 ans d’histoire, l’A. effectuant quelques incursions dans les périodes directement antérieures et postérieures à l’objet de son travail. Organisés sur un plan chronothématique, les trois chap. de son livre, évidemment subdivisés, sont consacrés respectivement à la situation de l’Europe en 1300, au XIVe et au XVe siècle, précédés d’une longue introduction et suivis d’une conclusion plus condensée. Y sont étudiés et comparés la justice et le droit, l’action militaire, les régimes fiscaux, les réseaux de pouvoir ou d’influence, la représentation politique, les administrations, la pensée et la culture politiques ou encore les modes de gouvernement.
2 L’A. ne conçoit pas pour autant son travail comme une synthèse mais bien plutôt comme une introduction. C’est certainement cette approche qui a conditionné un choix méthodologique particulier, celui de ne recourir qu’aux travaux – art., monographies ou synthèses – et de ne pas retourner aux sources. De la même façon, il ne cache pas ses lacunes dans plusieurs langues européennes, ni les difficultés éprouvées à accéder à certains ouvrages. Il se plaint d’ailleurs à plusieurs reprises du peu de connaissance que l’on a des histoires des régions externes à l’Europe occidentale, mais c’est pour presque aussitôt regretter avec au moins autant de force que ces travaux ne soient pas disponibles dans une langue qui ne soit pas celle de ces régions. La riche bibliographie sélective de fin de volume vient illustrer cette situation en ne consacrant qu’à peine plus de deux pages aux travaux qui ne sont pas rédigés en langue anglaise, parmi lesquels le français se taille la part du lion. Cette méthode, si elle peut convenir à un ouvrage de vulgarisation, laisse deviner ses limites dès lors que l’A. affirme, plus loin dans son introduction, vouloir livrer une nouvelle approche de l’histoire des entités politiques de la fin du Moyen Âge et du début de l’Époque moderne.
3 Le corps du travail montre cependant peu de lacunes graves dans la connaissance des évènements. Il n’en est pas pour autant exempt, à l’image, par exemple, des quelques lignes qui font du duché de Bourgogne un apanage de la Couronne de France (p. 368). C’est sur le plan des interprétations que l’absence des sources se fait sentir avec le plus de vigueur. Peut-on vraiment considérer les routiers qui ravagèrent la France au cours de la seconde moitié du XIVe siècle comme des répliques des mercenaires brabançons qui se firent connaître 200 ans plus tôt ? De la même façon, limiter l’importance de la perte de pouvoir « universel » de l’empereur en arguant que l’idée de monarchie universelle propre à l’Empire n’a pas disparu nous semble particulièrement osé. Plus largement, c’est principalement aux media, très bien définis par l’A. comme les moyens par lesquels les États appliquent leur pouvoir, que s’intéresse cet ouvrage. Et ce sont peut-être eux qui souffrent le plus de cette méthodologie. Si la perspective centrée sur la nation ou sur l’État est abandonnée, et à bon droit, il ressort de l’ensemble l’impression d’une lecture « évolutionniste » de ces institutions. Certes, celles-ci s’inscrivent sur un long terme qu’il serait ridicule de remettre en cause, mais il ne faut pas ignorer le fait qu’à plusieurs moments elles furent considérées comme « parfaites » par leurs contemporains et non comme des étapes vers un « mieux ».
4 La conclusion revient sur plusieurs idées forces de l’ouvrage qui, malgré les défauts évoqués, est loin d’être dépourvu de qualités. La mutation des « Polities » est ainsi bien mise en évidence de même que les parallèles qu’il peut y avoir à tracer entre plusieurs d’entre eux, dépassant ainsi la lecture trop « nationale » de l’histoire de ces deux siècles, très justement remise en question. De la même façon, les « négociations » qui ont lieu entre le pouvoir et ceux qui y sont soumis afin d’assurer l’établissement et le respect du premier ont gagné ici un avocat de premier ordre. En conclusion, cet ouvrage ouvre ou rappelle de nombreuses perspectives de recherche, même s’il échoue parfois à les aborder de façon convaincante.
5 Christophe MASSON