Haskins Society Journal. Studies in Medieval History, éd. William NORTH, t. 22, 2010, Woodbridge, Boydell, 2012 ; 1 vol. in-8o, XIV–208 p. ISBN : 978-1-84383-687-2. Prix : € 45,00.
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Citer cet article
- LACHAUD, Frédérique,
- Lachaud, Frédérique.
- Lachaud, F.
https://doi.org/10.3917/rma.192.0457za
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- Lachaud, F.
- Lachaud, Frédérique.
- LACHAUD, Frédérique,
https://doi.org/10.3917/rma.192.0457za
1 Les contributions substantielles qui ont été réunies dans le volume de la Haskins Society pour 2010 sont autant de fenêtres ouvertes sur l’état de la recherche dans le domaine des études médiévales, pour reprendre une partie du titre de l’un des textes du volume. L’interprétation des données archéologiques pour quatre sites britanniques fait l’objet d’une mise au point par M. Carver (les cimetières de Wasperton et de Sutton Hoo, le monastère de Portmahomack, le burh de Stafford), dans la continuité d’importants travaux menés à Sutton Hoo et Portmahomack notamment. Mais cette étude de synthèse est l’opportunité de souligner, sur quatre sites distants dans le temps et dans l’espace entre le IVe et le Xe siècle, le caractère sophistiqué des choix faits par les populations de l’île en matière politique, religieuse ou sociale, dans un paysage marqué par le passé et dans un contexte où aucune autorité hégémonique ne s’était encore développée sur l’île.
2 La justice et la culture juridique font l’objet de plusieurs études. L’analyse de la traduction par Alfred de la loi mosaïque, qui ouvre son code de lois, est au cœur de la contribution de S. Jurasinski. Les libertés prises par Alfred avec le texte biblique traduisent l’influence des conceptions du châtiment développées dans les manuels pastoraux ou les conciles de l’Église, autour de la notion de l’intention du coupable, et l’on peut sans doute percevoir ici l’influence de conseillers francs comme Grimbard de Saint-Bertin, formé à Reims. L’intéressante contribution de J.R. Ginther sur l’Anonyme normand, un texte sans doute composé à Rouen entre 1096 et 1106, rappelle qu’il s’agit en réalité d’un ensemble composite de 35 traités, dont à peine un quart envisagent la question des rapports entre le roi et l’Église. En revanche, le rôle du droit est un thème majeur de l’Anonyme, traité dans le souci de la cure pastorale de l’évêque. La valeur des lois canoniques est avant tout considérée en termes d’amour et d’unité de la communauté ecclésiale, et cela dans le contexte de la Normandie, et non à l’échelle de la chrétienté tout entière. À côté de la Normandie et de l’Angleterre, la Péninsule ibérique constitue un cadre de référence important pour les études qui portent sur les rapports entre droit et société. Dans une contribution sur l’exercice de la justice dans la Péninsule ibérique septentrionale vers l’an mil, W. Davies éclaire le fonctionnement des cours, et en particulier le rôle de la personne qui présidait la cour, souvent distincte de celle qui rendait les jugements ; elle insiste aussi sur l’importance de la dimension « publique » des cours de justice pendant cette période, contrairement à l’idée d’une « privatisation » générale des cours de justice. P. Freedman, quant à lui, propose une nouvelle lecture de la question de la servitude dans la Catalogne du XIIIe siècle, en rappelant l’importance du prisme que constituent les œuvres juridiques dans notre compréhension des évolutions sociales et politiques de la période.
3 Au cœur du volume figurent plusieurs études sur les développements politiques autour de la conquête de l’Angleterre. La question des titulatures a reçu une certaine attention depuis plusieurs années : l’étude de C. Cartwright sur l’usage du titre comitissa par Mathilde de Flandre, entre signe de statut et signe d’office, se situe dans la continuité des travaux sur la signification du titre de regina. La définition de la position de la reine comme ouvrant un éventail de possibilités pour celle qui détenait ce titre éclaire l’action de Mathilde, qui fut capable d’utiliser le titre de comitissa de manière maximale, ce dont les chartes où elle apparaît comme souscripteur témoignent bien. Dans une contribution sur la figure d’Eudes de Bayeux dans la Tapisserie, E. Carson Pastan propose une interprétation renouvelée de la scène du banquet qui précède la bataille, en insistant sur l’évocation de l’Eucharistie. Elle propose surtout de mieux situer l’élaboration de cet objet fameux dans le contexte de l’abbaye de Saint-Augustin à Cantorbéry, qu’Eudes patronnait ; c’est la coordination entre un personnel nombreux, lettré, et des artistes compétents, qui sous-tend la création de la Tapisserie, et non la volonté d’un patron particulier. La contribution de T. Bisson sur le ms. Avranches, Bibliothèque municipale, 213 souligne le rôle de l’abbé Robert de Torigni dans la création d’une culture historiographique au Mont Saint-Michel et offre une nouvelle éd., ainsi qu’une traduction en anglais, de ce court texte sur les gestes des abbés. Enfin, l’étude de K. Davies sur l’action du futur Henri Ier comme comte du Cotentin, éclaire le comportement du roi à l’égard de Guillaume de Mortain. On s’aperçoit que la rivalité entre les deux hommes remonte à cette période de la vie d’Henri. On comprend mieux également ce qui fut à l’origine du succès du plus jeune fils du Conquérant : les conditions dans lesquelles il reçut le Cotentin tranchaient totalement avec la tradition du pouvoir comtal en Normandie, et lui permirent de développer un réseau d’allégeances fortes, notamment parmi les hommes de Guillaume de Mortain, et de construire une autorité quasiment publique dans l’Ouest de la Normandie.
4 Si l’on peut regretter quelques négligences éditoriales (« Côtentin » pour « Cotentin », par exemple), l’ensemble du volume, entre analyses de cas et contributions de synthèse, constitue une lecture d’un très haut intérêt, qui ne pourra manquer de retenir l’attention des spécialistes.
5 Frédérique LACHAUD