Michelle STILL, The Abbot and the Rule. Religious Life at St Albans, 1290 – 1349, Aldershot, Ashgate, 2002 ; 1 vol. in-8o, IX – 329 p. (Church, faith and culture in the Medieval West). ISBN : 978-0-7546-0521-8. Prix : GBP 75.
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Citer cet article
- L’HERMITE-LECLERCQ, Paulette,
- L’Hermite-Leclercq, Paulette.
- L’Hermite-Leclercq, P.
https://doi.org/10.3917/rma.191.0189a
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https://doi.org/10.3917/rma.191.0189a
Notes
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[1]
Éd. A. T. RILEY, Londres, 1864.
1 L’A a le but louable d’étudier les documents concernant l’une des plus anciennes et des plus prestigieuses abbayes d’Angleterre, Saint-Alban, qui abrite les reliques du proto-martyr anglais. L’édifice s’est fait reconnaître, au XIIe siècle, l’exemption, les pontificalia et la préséance sur toutes les autres abbayes d’Angleterre. La période retenue, un peu moins de 60 ans, s’arrête au début de la peste noire et avant le long et brillant abbatiat de Thomas de la Mare († 1396), qui se clôt pratiquement avec le siècle. Le contexte historique est mouvementé : crises économiques des années 1310, guerre de Cent Ans, accroissement de la pression fiscale aussi bien royale que pontificale, développement des institutions représentatives, justement lié à la guerre. La documentation dont disposait M. Still est pauvre pour tout ce qui concerne la vie économique et sociale de l’abbaye, mais la chronique officielle (les Gesta sancti Albani publiés il y a plus d’un siècle [1]), plus des documents d’origine pontificale et royale lui permettent, après un bref rappel des antécédents du monastère, de poser la question centrale. Comment Saint-Alban observe-t-il la règle de saint Benoît durant une période de l’histoire présentée généralement comme marquée par le laxisme et la perte de prestige du monachisme noir ? Les postes d’observation retenus sont fort pertinents : les rapports de l’abbé et de la communauté, les relations de l’abbé avec le monde séculier, l’éducation dans le monastère et les activités charitables. Cette étude apporte des tableaux très utiles : on retiendra en particulier ce qui est dit des retombées locales des tentatives courageuses de Benoît XII pour réformer le monachisme bénédictin dans son ensemble, des rapports entre le monastère, le roi qui impose des pensionnés, les habitants de la ville, des relations des moines avec les prieurés dépendants d’une part, et avec ses églises appropriées d’autre part, les uns et les autres se distribuant sur plusieurs comtés d’Angleterre. La ténacité des cinq abbés de cette époque pour maintenir la discipline et l’activité intellectuelle vient corriger l’idée préconçue d’une impitoyable décadence surtout pour un monastère dont le scriptorium, depuis les premiers abbés normands au XIe siècle, avait fait la réputation. Sont bienvenus, par exemple, les tableaux montrant la tenue des chapitres de moines bénédictins en Angleterre ou la présence des abbés de Saint-Alban aux convocations du Parlement. Beaucoup d’éléments positifs donc.
2 On pourra cependant s’interroger d’abord sur la pertinence du découpage chronologique : se centrer sur cette première moitié du XIVe siècle masque à notre avis la continuité des drames qui secouent le monastère comme tout le royaume durant tout le siècle. L’A. coupe le règne d’Édouard III en deux à une époque de relations délicates entre le roi et les Églises. Les effets de la terrible peste noire et ses récurrences sont forcément escamotés. Est forcément émoussé aussi l’enjeu de la révolte de la ville de Saint-Alban réclamant des libertés communales aux moines en 1327 – répétition générale de la grande révolte de 1381 à une des périodes les plus agitées de l’histoire politique et sociale de l’Angleterre. C’est tout le long du siècle que le pouvoir politique ayant de gros besoins financiers – comme l’autorité pontificale d’ailleurs –, celui-ci soumet les établissements ecclésiastiques à des prélèvements importants. De façon plus ponctuelle, on peut s’étonner d’entendre parler (p. 220) de la syphilis à cette époque alors que tout le monde s’accorde à dater de 1494 le premier cas connu en Occident. On peut regretter aussi des affirmations insuffisamment nuancées : est-il si sûr que les oblats aient disparu des monastères bénédictins depuis le XIIe siècle et que les novices aient au moins vingt ans (p. 177) ? On se demande alors comment le jeune Thomas d’Aquin a pu être placé chez les bénédictins du Mont-Cassin à cinq ans. Signalons, enfin, une tendance à la répétition un peu gênante : l’A. évoque à trois reprises l’effort de l’abbé Leofstan pour dégager l’axe routier qui vient de Londres (p. 14, 30, 109). Aux deux dernières occurrences, la formulation est exactement la même et les notes renvoient aux mêmes sources, comme est rigoureusement identique et donnant les mêmes références la n. 39 (p. 16) et la n. 14 (p. 130) concernant le prieuré de Tynemouth. Dernier exemple : une réforme attribuée au chapitre de 1277 (p. 38 – 39) décidant la suppression des ajouts à la règle bénédictine, notamment « l’office des morts, de tous les saints et de Notre-Dame », est plus bas (p. 44) attribuée à Benoît XII, exactement dans les mêmes termes et avec le même renvoi à l’ouvrage bien connu de W. Pantin. Si la même mesure a été décidée deux fois à un demi-siècle de distance c’est qu’elle n’était pas appliquée et il faut le signaler. Ce qui nous conduit à tempérer un peu l’optimisme de l’A. qui veut nous persuader de la fidélité sans faille à la règle bénédictine et à l’application rigoureuse des mesures – quelque méritoires qu’elles eussent été – prises sous les abbés contemporains d’un des rares papes du Moyen Âge, après Innocent III, à avoir tenté de réformer l’ensemble des moines noirs.
3 Paulette L’HERMITE-LECLERCQ