AVIT DE VIENNE, Éloge consolatoire de la chasteté (Sur la virginité) , éd. et trad. Nicole HECQUET-NOTI, Paris, Cerf, 2011 ; 1 vol. in-8°, 256 p. (Sources Chrétiennes, Textes latins, 546). ISBN : 978-2-204-09751-2. Prix : € 25,00.
- Par Pierre Toubert
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- TOUBERT, Pierre,
- Toubert, Pierre.
- Toubert, P.
https://doi.org/10.3917/rma.183.0683zp
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1 D’Avit, évêque de Vienne à l’aube du VIe siècle, on connaît surtout la longue épopée biblique en cinq chants, aux origines de toute la littérature miltonienne du « lost paradise ». C’est le mérite singulier de N. Hecquet-Noti que d’avoir tiré d’un quasi oubli ce petit traité en forme de poème de 666 hexamètres adressé par Avit à sa sœur Fuscina. En quelques lignes dûment pesées, l’É. a parfaitement défini le sens et la portée de l’œuvre. Laissons-la parler : « d’un point de vue historique, [elle] est un des rares témoignages de l’évolution de l’ascétisme féminin au début du VIe siècle […]. D’un point de vue littéraire, [elle] se situe au croisement de plusieurs genres : […] éloge poétique de la virginité consacrée, consolation à la vierge qui a abandonné le monde ou épithalame célébrant les noces spirituelles de la moniale et du Christ ». Dans le droit fil de cette définition, l’É. consacre une bonne centaine de pages d’introduction à en préciser les points forts. Elle replace tout d’abord le poème d’Avit dans la tradition de la littérature ascétique grecque et latine. Avec finesse psychologique, elle se penche sur la personnalité de la destinataire, Fuscina, sur son parcours familial et spirituel. Elle décline les modèles de virginité consacrée proposés à cette dernière : Marie, certes d’abord, mais aussi Eugénie, Debora et Suzanne sans oublier les exemples masculins, Joseph et Daniel. Vient ensuite une analyse textuelle du traité/ poème bien conçu par son auteur comme une œuvre autonome, même si la tradition manuscrite l’a constamment associée à l’Histoire spirituelle d’Avit. Elle insiste à bon droit sur le caractère consolatoire du poème qui appartient par son contenu au genre des consolationes, bien établi depuis Sénèque. Par son contenu, l’œuvre constitue une Laus virginitatis définie comme Laus spiritalium nuptiarum, genre promis à un bel avenir carolingien et qui vaut ici, comme l’É. l’analyse finement, par la prise en compte de la relation privilégiée unissant Avit à sa sœur Fuscina. L’étude qu’elle fait des sources d’inspiration et des modèles littéraires d’Avit (p. 69 s.) ainsi que de sa postérité jusqu’aux IXe–XIIe siècles est remarquable par son information et sa précision. Son mérite est grand, décidément, d’avoir su, au prix d’un examen rigoureux qui ne néglige aucune piste de recherche, élever à la dignité de témoignage culturel de premier intérêt une œuvre qui était jusqu’à présent généralement tenue pour un aimable « Beiwerk » du grand évêque de Vienne. Une édition critique de cette qualité apporte une contribution décisive à l’important et volumineux dossier de l’ascétisme et des modèles hagiographiques féminins dans l’Église ancienne.
2 Pierre TOUBERT