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Compte rendu

Jean-Pierre LEGUAY, Le feu au Moyen Âge, Rennes, P.U. Rennes, 2008 ; 1 vol. in-8o, 456 p. (Histoire). ISBN : 978-2-7535-0629-9. Prix : € 24,00 ; ID., L’air et le vent au Moyen Âge, Rennes, P.U. Rennes, 2011 ; 1 vol. in-8o, 330 p. (Histoire). ISBN : 978- 2-7535-1356-3. Prix : € 19,00.

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  • De Craecker-Dussart, C.
(2012). Jean-Pierre LEGUAY, Le feu au Moyen Âge, Rennes, P.U. Rennes, 2008 ; 1 vol. in-8o, 456 p. (Histoire). ISBN : 978-2-7535-0629-9. Prix : € 24,00 ; ID., L’air et le vent au Moyen Âge, Rennes, P.U. Rennes, 2011 ; 1 vol. in-8o, 330 p. (Histoire). ISBN : 978- 2-7535-1356-3. Prix : € 19,00. Le Moyen Age, Tome CXVIII(3), V-V. https://doi.org/10.3917/rma.183.0683e.

  • De Craecker-Dussart, Christiane.
« Jean-Pierre LEGUAY, Le feu au Moyen Âge, Rennes, P.U. Rennes, 2008 ; 1 vol. in-8o, 456 p. (Histoire). ISBN : 978-2-7535-0629-9. Prix : € 24,00 ; ID., L’air et le vent au Moyen Âge, Rennes, P.U. Rennes, 2011 ; 1 vol. in-8o, 330 p. (Histoire). ISBN : 978- 2-7535-1356-3. Prix : € 19,00. ». Le Moyen Age, 2012/3-4 Tome CXVIII, 2012. p.V-V. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-le-moyen-age-2012-3-page-V?lang=fr.

  • DE CRAECKER-DUSSART, Christiane,
2012. Jean-Pierre LEGUAY, Le feu au Moyen Âge, Rennes, P.U. Rennes, 2008 ; 1 vol. in-8o, 456 p. (Histoire). ISBN : 978-2-7535-0629-9. Prix : € 24,00 ; ID., L’air et le vent au Moyen Âge, Rennes, P.U. Rennes, 2011 ; 1 vol. in-8o, 330 p. (Histoire). ISBN : 978- 2-7535-1356-3. Prix : € 19,00. Le Moyen Age, 2012/3-4 Tome CXVIII, p.V-V. DOI : 10.3917/rma.183.0683e. URL : https://shs.cairn.info/revue-le-moyen-age-2012-3-page-V?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rma.183.0683e


1 L’A., J.P. Leguay, professeur émérite de l’Université de Rouen–Haute Normandie, ancien enseignant à Rennes et Nantes, est un spécialiste d’ouvrages sur la société médiévale. Il en donne des descriptions minutieuses, documentées et réalistes.

2 C’est le cas pour les deux ouvrages dont il est question ici. Consacrés au feu et à l’air, ils sont les derniers volets d’une suite d’études consacrées à la perception des quatre éléments de la nature (l’eau et la terre ont déjà fait l’objet de publications). Ils reposent sur les différents types de sources disponibles : littérature médiévale classique, chroniques, vies de saints, exempla (histoires édifiantes à l’usage des prédicateurs), sources normatives (statuts, bans, coutumes, ordonnances princières), comptables, municipales, seigneuriales et judiciaires, mais aussi iconographiques et archéologiques, sans oublier les chansons de geste, œuvres courtoises, poésies, cansons des troubadours et trouvères ou encore les mythes et symboles. Les aspects de la société concernés par l’air et le feu sont innombrables. Ces deux éléments présentent des côtés ambivalents. Ils sont merveilleux, utiles, nécessaires, voire indispensables, mais aussi sources de danger et de destruction : ils sont alors l’incarnation de la colère de Dieu ou, pire, l’instrument de l’enfer.

3 L’étude du feu donne lieu à un très grand nombre de sujets de toutes sortes. J.P.L. consacre, à juste titre, toute une partie de l’ouvrage au feu dans la vie quotidienne familiale. Il est tellement important qu’il sert d’unité de perception d’impôts. Il permet de cuire, chauffer, éclairer. C’est l’occasion de parler de la maîtresse de maison chargée de le maintenir allumé et de l’utiliser pour les différentes tâches domestiques. L’A. insiste sur l’importance du foyer et de son évolution en cheminée. Le feu a une valeur économique considérable. Qu’ils soient simples forgerons de villages ou de quartiers, fondeurs de cloches ou de canons, serruriers, chaudronniers, maréchaux ferrants, charbonniers, orfèvres, doreurs, sans oublier les potiers, aubergistes, rôtisseurs, boulangers et autres artisans mais aussi alchimistes : tous utilisent le feu pour leur travail. Que dire alors des véritables entrepreneurs en métaux, des exploitants du charbon de bois, des verriers ? C’est le moment d’évoquer les conditions de travail, les premières associations et sociétés et les modes de financements. L’A. mentionne encore les croyances relatives au feu et les usages spirituels qui en découlent : le feu, c’est le paradis, la lumière, la joie et la fête, mais c’est aussi la souffrance et l’enfer ! Il évoque les « feux de l’amour », ce qui ne manque pas d’étonner : peut-on mettre ces derniers sur un même pied que le feu industriel ou le foyer domestique ? Peut-on aussi insérer dans le sujet certaines maladies, comme l’ergotisme, la lèpre et la peste, à moins d’utiliser le feu pour éloigner le mal, le soigner, se débarrasser des dépouilles ou des soi-disant fautifs ? Plus pertinente est l’évocation des victimes innombrables du feu : accidentés du travail, combattants, maladroits, marginaux victimes de la vindicte populaire, torturés et condamnés au bûcher ou à la marmite à bouillir. Pertinent est aussi le développement des incendies, un des plus grands fléaux qui menacent les villes et les campagnes. Ils sont causés par des négligents, des distraits, des criminels, des soldats, la foudre, etc. Ils se développent facilement, vu les matériaux de construction, l’étroitesse des rues, l’insuffisance du matériel d’extinction.

4 Dans le livre sur l’air, J.P.L. décrit d’abord la nature de l’air ambiant, par définition immatériel, invisible et insaisissable. Il est identifié au ciel, au monde divin et au paradis. Si l’on revient sur terre, il est indispensable à la vie et peut être sain et bénéfique pour la santé. Mais, soyons réalistes, l’atmosphère des villes médiévales était viciée : déchets organiques en décomposition, odeurs nauséabondes, voire pestilentielles, poussières, mordants (alun, acides), insectes, etc., sont monnaies courantes dans les rues. Les activités artisanales très polluantes sont nombreuses : teintureries, tanneries, boucheries, poissonneries, etc. Ajoutons la présence d’animaux domestiques et errants et le manque de système d’évacuation des eaux usées. À la fin du Moyen Âge, les édits traitant de l’hygiène publique se multiplient, mais leur répétition fait douter de leur efficacité ! L’air, c’est aussi le vent, source d’énergie utilisée hors des villes ou en périphérie pour la verrerie, la poterie, les soufflets de forge, mais aussi pour la métallurgie en développement et pour la ventilation des galeries de mines (il faut éliminer l’air vicié et propager l’air pur). Le vent est le propulseur de la navigation à voile. J.P.L. nous fait découvrir les bateaux et embarcations de toutes dimensions pour la mer, les fleuves et les rivières ; il évoque aussi les infrastructures portuaires développées ou très élémentaires. Il en profite pour parler des vents dominants et de leurs mentions sur les portulans (les rumbs délimitent les aires des principaux vents). Les moulins à vent, instruments symboliques du Moyen Âge, sont décrits en détail : origines floues, mécanisme, usages, fragilité, coût. Mais le vent est aussi source de catastrophes : des tempêtes amènent destructions, pertes navales, ruines des récoltes, etc. Il peut y avoir également absence d’air comme cause de mort par asphyxie, pendaison ou enfouissement.

5 On le voit, les sujets abordés sont innombrables, voire disparates, comme si l’air était le plus petit commun dénominateur. Il donne, par exemple, encore à l’A. l’occasion de parler de l’apparition des fenêtres (un vrai luxe avant le XIIIe siècle), de la présence d’espaces verts dans les villes ou des gens sans domicile, souvent considérés comme dangereux…

6 Le public curieux se plongera avec profit dans ces ouvrages très riches en informations, anecdotes et récits, même s’il manque une ligne directrice claire. Ils sont ponctués d’encadrés (extraits de sources ou de travaux, exemples ou explications) et dotés d’un index thématique et d’un index des noms propres. Une iconographie intéressante (machines en usage au Moyen Âge, forges, moulins à vent, bateaux à voiles, métiers liés au feu, cartes et plans, etc.) augmente quelque peu l’intérêt du texte. Malheureusement, elle est de médiocre qualité et n’a pas donné lieu à une table des illustrations. Le volume consacré au feu est enrichi d’une large bibliographie à la fin de chaque partie, ce qui n’est pas le cas pour celui sur l’air : on y recourra seulement aux notes en bas de page. Regrettons aussi le manque de conclusions dans les deux ouvrages. Celles-ci auraient permis de mieux cerner les lignes de force et le fil conducteur de tous ces sujets disparates, parfois très éloignés les uns des autres, d’importances fort différentes et pourtant mis sur le même pied.

7 Christiane DE CRAECKER-DUSSART


Date de mise en ligne : 18/01/2013

https://doi.org/10.3917/rma.183.0683e