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Compte rendu

Les discours de la haine. Récits et figures de la passion dans la Cité, éd. Marc DELEPLACE, Villeneuve d’Ascq, P.U. du Septentrion, 2009 ; 1 vol. in-8o, 347 p. (Histoire et Civilisation). ISBN : 978-2-7574-0083-8. Prix : € 25,00.

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  • Masson, C.
(2012). Les discours de la haine. Récits et figures de la passion dans la Cité, éd. Marc DELEPLACE, Villeneuve d’Ascq, P.U. du Septentrion, 2009 ; 1 vol. in-8o, 347 p. (Histoire et Civilisation). ISBN : 978-2-7574-0083-8. Prix : € 25,00. Le Moyen Age, Tome CXVIII(1), XXX-XXX. https://doi.org/10.3917/rma.181.0177zd.

  • Masson, Christophe.
« Les discours de la haine. Récits et figures de la passion dans la Cité, éd. Marc DELEPLACE, Villeneuve d’Ascq, P.U. du Septentrion, 2009 ; 1 vol. in-8o, 347 p. (Histoire et Civilisation). ISBN : 978-2-7574-0083-8. Prix : € 25,00. ». Le Moyen Age, 2012/1 Tome CXVIII, 2012. p.XXX-XXX. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-le-moyen-age-2012-1-page-XXX?lang=fr.

  • MASSON, Christophe,
2012. Les discours de la haine. Récits et figures de la passion dans la Cité, éd. Marc DELEPLACE, Villeneuve d’Ascq, P.U. du Septentrion, 2009 ; 1 vol. in-8o, 347 p. (Histoire et Civilisation). ISBN : 978-2-7574-0083-8. Prix : € 25,00. Le Moyen Age, 2012/1 Tome CXVIII, p.XXX-XXX. DOI : 10.3917/rma.181.0177zd. URL : https://shs.cairn.info/revue-le-moyen-age-2012-1-page-XXX?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rma.181.0177zd


1 « La haine n’est certes pas une passion inconnue des historiens », comme le rappelle M. Deleplace pour ouvrir son introduction, mais elle ne doit pas pour autant rester dans leur seul champ d’étude. Le colloque qui sert de base à cette publication a en effet eu le souci d’étudier la haine dans la cité par le biais de l’histoire, de la philologie et de la musicologie, depuis l’Égypte ptolémaïque jusqu’au début du XXIe siècle. Parmi les diverses contributions, nous nous arrêterons ici aux six d’entre elles qui concernent le Moyen Âge.

2 B. Lemesle, dans le cadre son art. Des discours de la haine. Récits comparés de haine et de vengeance aux XIe et XIIe siècles, met en avant les ecclésiastiques. Ressort en effet des récits, chroniques comme hagiographies, qu’ils nous livrent l’idée que la paix entre deux partis haineux n’est possible que par l’intervention de l’Église. M.G. Grossel, pour sa part, se tourne vers la Grèce (Des Griffons vos sai dire c’onques genz ne fu pires. Modalités et expressions de la haine contre les Grecs dans les écrits contemporains de la quatrième croisade). Les traits infamants que partagent tous les Grecs et que les textes répètent, amplifient, modifient à l’envi ne constituent pas un catalogue des raisons que l’on a de haïr les Grecs mais légitiment cette haine. Par suite, c’est un comportement agressif bien réel qui naîtra de ces mots. Pour É. Lusset (Per rancorem et odium motum – Réflexions sur la haine au sein des communautés conventuelles de l’Occident médiéval. XIIIe–XVe siècle), dans le cadre clos des couvents et abbayes, la haine se manifeste non par les agressions physiques mais par une rupture des règles de la vie commune. C’est en cela qu’elle est dangereuse, portant en elle la destruction d’un idéal. Afin de défendre ce dernier, l’accent sera d’abord mis sur l’attitude irréprochable du supérieur, attitude qui devra empêcher la naissance et le développement de la haine. Ce ne sera qu’à partir du XIVe siècle que l’on tentera d’extirper ces haines par le déplacement de l’un des protagonistes, ou, peine moins lourde, par un passage en justice. I. Heullant-Donat, étudiant Odium fidei et définition du martyre chrétien, rappelle que le martyre médiéval ne se lie pas à l’odium fidei, la mort des martyrs ayant lieu pro fide catholica, avant le XVIe siècle et la colonisation du Nouveau Monde, lorsque cette haine deviendra un élément adéquat, voire nécessaire, à la définition du martyre. J. Briand se concentre sur Haine et haineux devant la justice rémoise à la fin du Moyen Âge. Dans une ville où la procédure inquisitoriale continue à dépendre principalement de la plainte personnelle jusqu’à la fin du XIVe siècle, les hommes de loi joueront sur les haines pour obtenir la dénonciation des crimes et des délits. C’est en maintenant cette haine dans le cadre des procédures judiciaires qu’ils escomptent empêcher le développement des vengeances privées et des désordres les accompagnant. F. Rocco Rossi analyse, dans Deux cas paradigmatiques d’invective musicale dans la musique ancienne : Fons totius superbia / Livoris feritas / Fera pessima de Guillaume de Machaut et Sola caret monstris / Fera pessima de Loyset Compère, l’expression de la haine dans la musique. À la fin du Moyen Âge, nombre des signes de haine restent cryptés, accessibles à l’élite des auditeurs, voire des lecteurs dans le cas d’éléments qui n’apparaissent qu’écrits. C’est à la Renaissance que l’on abandonnera cette tradition pour une exposition de la haine et de ses raisons.

3 De ces différentes contributions ressortent plusieurs idées communes. On peut ainsi voir que jamais la haine n’apparaît comme un élément perturbateur, mais, au contraire, elle structure la société, même lorsque, comme dans le cas de la vengeance privée, on cherche à lui ôter ce pouvoir structurant. De plus, elle n’est jamais isolée, et contient d’ailleurs en elle les modalités de son rachat, de son contrôle. C’est ce portrait de la haine, fruit de la confrontation de cas variés, qui ressort d’un travail prouvant à nouveau, s’il en était encore besoin, la pertinence d’analyses croisées de ce genre.

4 Christophe MASSON


Date de mise en ligne : 06/07/2012

https://doi.org/10.3917/rma.181.0177zd