Wolfgang STROBL, Karl der Grosse im italienischen Renaissance-Humanismus. Die Vita Caroli Magni des Hilarion aus Verona für Francesco Todeschini- Piccolomini. Einleitung, Text, Übersetzung und Kommentar, Vienne, Verlag der Österreichischen Akademie der Wissenschaften, 2010 ; 1 vol. in-8o, 158 p. (Wiener Studien, 34 – Arbeiten zur Mittel- und Neulateinischen Philologie, 10). ISBN : 978-3- 7001-6562-0. Prix : € 30,40.
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Citer cet article
- COQUELIN, Morwenna,
- Coquelin, Morwenna.
- Coquelin, M.
https://doi.org/10.3917/rma.172.0369zv
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- Coquelin, M.
- Coquelin, Morwenna.
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1 L’édition de la Vita Caroli d’Hilarion de Vérone s’inscrit dans un contexte historiographique replaçant Charlemagne dans sa dimension européenne. Les années 1998–2008 ont notamment vu la multiplication de biographies tant en français et en allemand qu’en anglais et en italien. Celle d’Hilarion de Vérone (ca 1444–1485/94 ?), conservée dans un unique ms. de Leipzig et donnée ici dans l’original latin et dans une traduction allemande (p. 13–69), fut commandée entre 1470 et 1477 par le cardinal Francesco Tedeschini-Piccolomini, neveu d’Enea Silvio (la lettre est éditée p. 74–75), et vraisemblablement achevée à la fin des années 1470 ou au début des années 1480. Elle est ici l’occasion de nouer nombre de questionnements historiographiques autour du genre biographique, de la Rezeptionsgeschichte, de la construction des représentations et d’une identité européenne ainsi que de la circulation des idées. Ces problématiques sont esquissées dans l’introduction et dans le commentaire qui encadrent le texte mais se présentent plus sous forme de pistes à suivre, notamment grâce à la riche bibliographie, que d’analyses détaillées, ce qui permet aussi de ne pas alourdir le volume. On trouve toutefois une comparaison précise de certains passages visant à montrer la généalogie du texte et les apports d’Hilarion (p. 100–108). Celui-ci ne se distingue ni par l’originalité ni par la critique historique, et suit largement Éginhard repris déjà dans la Vita Caroli Magni (a. 1461 ?) de Donato Acciaiuoli (1428/9–1478). C’est alors l’occasion de distinguer l’évolution de la langue et les influences stylistiques de l’humanisme : Hilarion raccourcit le texte médiéval, enrichit le fond par d’autres sources (Pomponius Mela ou Giovanni Villani), considérant le matériau médiéval comme une matière brute dont il convient de raffiner la langue et la pensée. Le texte est donc pris dans un premier réseau, celui des correspondances textuelles et du dialogue entre l’Antiquité, le Moyen Âge et l’Humanisme. Il est aussi pris dans un réseau proprement humaniste, celui d’Hilarion, proche d’hommes d’Église, d’imprimeurs, et d’autres humanistes ; il est enfin pris dans le réseau personnel de Francesco Tedeschini-Piccolomini – ce qui peut expliquer sa circulation et son arrivée en Allemagne.
2 Le prologue fait aussi l’objet d’un commentaire plus précis qui permet de le replacer dans la tradition antique reprise par les humanistes, et de montrer la triple construction de l’auteur, du commanditaire et de Charlemagne comme héritiers de l’Antiquité. Tout en faisant montre de sa culture antique par des citations mêlées au texte et la célébration de l’otium, Hilarion dresse le portrait de Francesco Tedeschini-Piccolomini comme défenseur des arts avant de replacer Charlemagne dans une chaine de modèles (Alexandre, César, Hadrien) et de vanter tant les exploits militaires et les conquêtes que les qualités intellectuelles et l’intérêt pour la littérature et les arts de l’empereur. In fine, derrière Charlemagne et dans l’alliance de la vie contemplative et de la vie active, l’on devine Pie II en tant que modèle indépassable. Le texte est en effet écrit dans un contexte politique au sein duquel la figure du souverain modèle a toute son importance : le conflit entre le roi de France et le pape Sixte IV ressurgit à partir de 1475. Francesco Tedeschini-Piccolomini fait ainsi partie de la commission réunie par le pape pour évaluer le risque d’une attaque franco-bourguignonne. Au-delà du lien familial entre le pape et le commanditaire du texte, Charlemagne cristallise donc les enjeux de ce contexte troublé en étant proposé comme un modèle de bon empereur chrétien, soutien fidèle de Rome, éclairé et lettré, dans une lecture destinée à Louis XI dont on sait l’intérêt qu’il portait à son illustre prédécesseur. Il est à ce propos particulièrement intéressant de noter que l’une des rares innovations d’Hilarion consiste à qualifier Charlemagne de rex Gallorum et à changer Franci en Galli. Il est possible que derrière le vernis antique se lisent ici des implications politiques : si Pie II cherchait à tirer Charlemagne hors de l’histoire de France, Francesco Tedeschini-Piccolomini a pu être favorable à une représentation de Charles comme prince gaulois/français pour mieux toucher Louis XI. Apparaît ainsi une volonté ecclésiastique et humaniste de participer au jeu politique européen des années 1470– 1480 et surtout à la définition de modèles communs au moment de l’émergence de l’Europe moderne – Charlemagne est aussi utilisé par Maximilien Ier. Le but du texte est autant historique que moral et il doit servir d’exemplum. Charlemagne devient ainsi le pivot de la culture et de l’histoire européennes ; l’édition du texte d’Hilarion s’insère alors dans une enquête plus large sur les représentations européennes.
3 Morwenna COQUELIN