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Compte rendu

John HAINES, Satires in the Songs of Renart le Nouvel , Genève, Droz, 2010 ; 1 vol. in-8o, 364 p. (Publications romanes et française, 247). ISBN : 978-2-600-01324-6. Prix : CHF 80,00.

Page LVIII

Citer cet article


  • Mühlethaler, J.-C.
(2010). John HAINES, Satires in the Songs of Renart le Nouvel , Genève, Droz, 2010 ; 1 vol. in-8o, 364 p. (Publications romanes et française, 247). ISBN : 978-2-600-01324-6. Prix : CHF 80,00. Le Moyen Age, Tome CXVI(3), LVIII-LVIII. https://doi.org/10.3917/rma.163.0725zzf.

  • Mühlethaler, Jean-Claude.
« John HAINES, Satires in the Songs of Renart le Nouvel , Genève, Droz, 2010 ; 1 vol. in-8o, 364 p. (Publications romanes et française, 247). ISBN : 978-2-600-01324-6. Prix : CHF 80,00. ». Le Moyen Age, 2010/3 Tome CXVI, 2010. p.LVIII-LVIII. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-le-moyen-age-2010-3-page-LVIII?lang=fr.

  • MÜHLETHALER, Jean-Claude,
2010. John HAINES, Satires in the Songs of Renart le Nouvel , Genève, Droz, 2010 ; 1 vol. in-8o, 364 p. (Publications romanes et française, 247). ISBN : 978-2-600-01324-6. Prix : CHF 80,00. Le Moyen Age, 2010/3 Tome CXVI, p.LVIII-LVIII. DOI : 10.3917/rma.163.0725zzf. URL : https://shs.cairn.info/revue-le-moyen-age-2010-3-page-LVIII?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rma.163.0725zzf


1 Les investigations de l’A. dépassent les promesses du titre. Loin de se limiter à éditer les chansons (p. 229–341) de Renart le Nouvel et d’analyser les enjeux satiriques des pièces musicales, il offre une fresque du contexte littéraire et historique. L’entreprise, interdisciplinaire, est ambitieuse et expose l’A. à la critique des spécialistes. S’il tire pour l’essentiel son épingle du jeu, on trouve néanmoins quelques conclusions hâtives ou des mises au point qui ne dépassent guère les résultats obtenus par la critique antérieure, ainsi dans le chap. I (Renart le Nouvel, p. 15–39) à caractère introductif : les quatre manuscrits de Renart le Nouvel proviennent du nord de la France et Jacquemart Giélée serait l’auteur du second livre seulement. Les chansons ont été intégrées plus tard, après 1291.

2 Chap. II, Singing Animals (p. 41–77). Au cœur du chapitre, un tableau récapitulatif (p. 54) visualise la répartition des refrains sur les animaux. Renart vient en tête, mais les dames (Orgueilleuse, Hersent, Harouge) le suivent de près. Leurs chansons traduisent une critique de la fin’amor, telle qu’on la retrouvera, rappelons-le, dans Le Roman de Fauvel interpolé. Dans la mesure où les pièces chantées par Renart recourent aussi au registre courtois, on voit mal en quoi elles exprimeraient « his deceitful and evil nature » (p. 65). Ceci est plutôt vrai pour dame Guile, dont la chanson (p. 278) célèbre l’amour vénal. Mais pourquoi la qualifier de « human character » (p. 71), alors qu’il s’agit de la Tromperie personnifiée ?

3 Chap. III, Literary Context (p. 79–110). Dans le sillage des travaux d’H. Roussel, l’A. replace Renart le Nouvel dans la tradition renardienne et satirique, mais n’apporte rien de vraiment nouveau : la riche bibliographie concernant la littérature animalière au Moyen Âge (voir le site Arlima) n’a guère été mise à contribution. En ce qui concerne la circulation des refrains (tableau, p. 105), l’A. dépasse les recherches de J. Maillard en proposant des comparaisons avec des chansonniers, preuve des liens de Renart le Nouvel avec la Flandre.

4 Chap. IV, Historical Context (p. 111–149) retrace l’histoire de Flandre au XIIIe siècle, marquée par le conflit entre les Dampierre et les Avesnes. L’A. rappelle le soutien apporté par le pape Nicolas IV (1288–1292) aux ordres mendiants dans les années où Renart le Nouvel est rédigé, ce qui explique à ses yeux la virulence de la satire. L’évocation des Templiers (p. 124) aurait pu être approfondie : l’A. ne semble pas connaître les travaux d’A. Demurger sur la fin de l’ordre.

5 Chap. V, A Satirical Composite (p. 151–180). Même si l’A. admet que la satire tend d’un côté au général (par l’allégorie) et qu’elle est, de l’autre, ancrée dans la réalité de l’époque, il privilégie le second aspect. Ce sont des personnes bien réelles qui sont attaquées sous le masque des animaux : Orgueilleuse serait Marguerite de Flandre ; quand Orgueil tue Primaut, son crime rappellerait la mort de Guillaume de Dampierre au tournoi de Trazegnies en 1251. Mais une telle lecture, quoique bien argumentée, ne reste-t-elle pas nécessairement hypothétique ? Ne réduit-elle pas Renart le Nouvel à un roman à clés ?

6 Chap. VI, The Fox, the Ass and the End Times (p. 181–225). L’A. rappelle à juste titre l’importance de la veine apocalyptique dans la satire médiévale, mais n’en profite pas pour dégager les enjeux de cette tendance à l’universel, sans laquelle Renart le Nouvel n’aurait pas pu être actualisé au XVe siècle dans Le Livre de Regnart. Le chapitre offre des réflexions sur l’aspect parodique des chansons, évoque la « seductiveness » (p. 197) des motets, mais sans tisser des liens directs avec Renart le Nouvel. Les remarques sur la fête des fous auraient gagné à s’inspirer de l’étude de J. Heers et le rapprochement entre le goupil et l’âne, autre animal diabolique, conduit à une comparaison problématique avec Le Roman de Fauvel. Tout au long du texte, Fauvel est qualifié de cheval, jamais il n’est question d’un âne ! Il est aussi difficile de suivre l’A. quand il décèle, sous une symbolique chrétienne du Mal, des relents de paganisme. Les auteurs de Renart le Nouvel et du Roman de Fauvel sont des clercs et leur satire est au service de la doxa.

7 L’étude de l’A. est des plus utiles par les informations rassemblées et l’édition des chansons avec leurs mélodies. Mais, si elle situe Renart le Nouvel dans son cadre culturel et analyse bien l’ancrage historique de la satire, certains rapprochements avec d’autres œuvres sont trop rapides, certaines réflexions pas assez étayées pour emporter vraiment notre adhésion.

8 Jean-Claude MÜHLETHALER


Date de mise en ligne : 28/10/2011

https://doi.org/10.3917/rma.163.0725zzf