Le jugement par esbatement : (d) énonciations dans les textes poétiques, éd. Élisabeth GAUCHER et Jean-Pierre DUPOUY, Brest, Équipe d’Accueil Littérature et Langues-Université de Bretagne Occidentale, 2006 ; 1 vol. in-8o, 202 p. (Camaren. Cahiers Moyen Âge et Renaissance, 1). Prix : € 15,00.
- Par Laurence Mathey
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- MATHEY, Laurence,
- Mathey, Laurence.
- Mathey, L.
https://doi.org/10.3917/rma.153.0613b
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1 Ce recueil d’articles constitue le premier numéro des Cahiers Moyen Âge et Renaissance (Camaren), une nouvelle revue dont le projet est de croiser le regard de spécialistes du Moyen Âge et de la Renaissance, afin de mieux saisir l’importance des notions d’héritage et de renouvellement. Comme le suggère le titre de l’ouvrage, la réflexion porte ici sur les registres du procès et du débat, dans une poésie médiévale et renaissante bien souvent informée par les modèles juridiques.
2 Les neuf contributions du recueil explorent tour à tour diverses formes de débats, du débat d’amour conçu comme un jeu de société ancré dans la tradition courtoise, aux plaintes et plaidoyers argumentés de Villon ou de Rutebeuf, aux discussions plus politiques, philosophiques ou poétiques, dont Christine de Pizan, Du Bellay ou Ronsard offrent quelques illustrations. Par delà les divergences, sensibles par exemple au niveau de l’enjeu du débat, les analyses révèlent surtout des points de rencontre entre les différents poètes pratiquant la disputatio : le débat apparaît presque systématiquement comme un passe-temps (par esbatement), un pur exercice où le dialogue se fait artifice et la dispute truchement ; le débat contribue toujours à l’instauration d’un tribunal imaginaire, il en appelle sans cesse au jugement du lecteur. Ancrées dans une longue chronologie, les différentes enquêtes se rejoignent et se font écho : ainsi, en montrant comment les représentations judiciaires du débat amoureux sont, chez Ronsard, dans le goût des jeux-partis médiévaux, le dernier article renvoie à celui qui ouvre le recueil. Ne fallait-il pas alors préférer un regroupement thématique des contributions à une succession chronologique ? On signalera enfin la présence d’une annexe très précieuse, puisqu’on y trouve l’édition, par P. Y. Badel, d’un débat inédit du XVe siècle, Le Discord des trois chevaliers, avec un glossaire, un index et des notes.
3 Trouvant son originalité dans le lien qu’il tisse entre Moyen Âge et Renaissance, ce volume témoigne de la richesse et de l’efficacité d’une recherche qui élargit les frontières de l’histoire littéraire traditionnelle. On attend avec impatience le prochain numéro de la revue.
4 Laurence MATHEY-MAILLE