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Compte rendu

Les villages dans l’Empire byzantin, IVe-XVe siècle, éd. Jacques LEFORT, Cécile MORRISSON et Jean-Pierre SODINI, Paris, Éditions Le Sénevé-Lethielleux, 2005 ; 1 vol., 592 p. (Réalités byzantines). Prix : € 35,00.

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  • Bougard, F.
(2009). Les villages dans l’Empire byzantin, IVe-XVe siècle, éd. Jacques LEFORT, Cécile MORRISSON et Jean-Pierre SODINI, Paris, Éditions Le Sénevé-Lethielleux, 2005 ; 1 vol., 592 p. (Réalités byzantines). Prix : € 35,00. Le Moyen Age, Tome CXV(2), LII-LII. https://doi.org/10.3917/rma.152.0375zz.

  • Bougard, François.
« Les villages dans l’Empire byzantin, IVe-XVe siècle, éd. Jacques LEFORT, Cécile MORRISSON et Jean-Pierre SODINI, Paris, Éditions Le Sénevé-Lethielleux, 2005 ; 1 vol., 592 p. (Réalités byzantines). Prix : € 35,00. ». Le Moyen Age, 2009/2 Tome CXV, 2009. p.LII-LII. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-le-moyen-age-2009-2-page-LII?lang=fr.

  • BOUGARD, François,
2009. Les villages dans l’Empire byzantin, IVe-XVe siècle, éd. Jacques LEFORT, Cécile MORRISSON et Jean-Pierre SODINI, Paris, Éditions Le Sénevé-Lethielleux, 2005 ; 1 vol., 592 p. (Réalités byzantines). Prix : € 35,00. Le Moyen Age, 2009/2 Tome CXV, p.LII-LII. DOI : 10.3917/rma.152.0375zz. URL : https://shs.cairn.info/revue-le-moyen-age-2009-2-page-LII?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rma.152.0375zz


Notes

  • [1]
    Les hommes et la terre à Byzance du VIe au XIe siècle, Paris, 1992.

1 Revenir sur la question des campagnes byzantines dix ans à peine après la publication de la thèse de M. Kaplan  [1] tenait un peu de la gageure. Cependant, outre le fait que l’information archéologique et numismatique a beaucoup progressé depuis et fournissait un ample matériau de réflexion, tandis que la publication des archives de l’Athos s’est enrichie de plusieurs volumes dans les années 1990, l’approche de l’ouvrage collectif édité par J. Lefort, C. Morrisson et J.P. Sodini est différente : moins ambitieuse dans son objet mais plus étendue dans le temps et dans l’espace (incluant l’Italie et l’Afrique du Nord), et privilégiant les études de cas régionaux là où M. Kaplan, de son propre aveu, leur avait tourné le dos. Les trente-neuf textes qui composent le volume sont issus de contributions prononcées lors des séances plénières ou de tables rondes organisées à l’occasion du XXe Congrès international des études byzantines (Paris, 19-24 août 2001). Une introduction des éditeurs scientifiques, nourrie des acquis historiographiques postérieurs à 2001 et qui aurait aussi bien tenu lieu de conclusion et de synthèse, précède cinq « études générales » (A. Laiou, The Byzantine Village (5th-14th century), C. Wickham, The Development of Villages in the West, 300-900, B. Cursente, Les villages dans l’Occident médiéval (IXe-XIVe siècle), S. Ellis, Byzantine Villages in North Africa, P.L. Gatier, Les villages du Proche-Orient protobyzantin : nouvelles perspectives 1994-2004) dont la liste montre à elle seule l’ambition du volume : une perspective comparatiste avec l’Occident, un usage conjoint des sources écrites et archéologiques (prospections et fouilles), un panorama géographique complet des terres qui furent sous domination byzantine à un moment ou à un autre du Moyen Âge. Suivent trente-trois « études régionales », ouvertes par deux états de la question sur la « monnaie au village » en France méridionale (M. Bompaire) et en Scandinavie (J.C. Moesgaard) et qui font le tour de la Méditerranée depuis l’Italie méridionale jusqu’à l’Égypte. Tout l’arc chronologique n’est pas uniformément traité – la période protobyzantine se taille la part du lion – et l’angle d’attaque des A. diverge parfois, mais l’ensemble offre une masse d’information et de réflexion remarquable, qui présente aussi ceci d’appréciable que bien des fois est examiné le devenir des régions une fois celles-ci sorties de la domination politique de Byzance, grâce à l’exploitation de sources non byzantines comme le rapport dressé sur le Fayyum par le fonctionnaire ayyoubide a-Nabulsi en 1245 (J.G. Keenan) ou les registres ottomans en Macédoine du Nord (K. Moustakas) ; dans le meilleur des cas, ces sources peuvent être combinées à l’enquête archéologique, comme au Proche-Orient (A.M. Eddé et J.P. Sodini). L’effort éditorial et son résultat justifient largement la toute relative lenteur de la publication.

2 Réunir l’ensemble des auteurs autour d’une même notion de « village » n’était pas chose facile. Au moins ne se pose pas la question de sa « morphogenèse », car les terres byzantines sont le lieu du « monde » ou de la « civilisation » des villages (cf. C. Wickham, p. 57, et P.L. Gatier, p. 114), villages qui remontent dans bien des cas à l’époque pré-romaine, alors que l’Occident, où dominait l’habitat dispersé, ne l’a faite sienne que durant le Moyen Âge, bien après la fin du régime des villae – les exemples de villae orientales (en particulier dans les Balkans) et les formes d’habitat villageois attestées de manière précoce en Occident nuancent cette macrodifférence sans la gommer. La définition la plus consensuelle est aussi la plus minimaliste, fondée sur des critères matériels : est crédité d’être village tout habitat rural groupé où les maisons servent à la fois de logement et de centre d’exploitation agricole, à l’exclusion donc des fermes individuelles isolées quel qu’en soit le statut (exploitation individuelle ou élément de « domaine », cf. S. Ellis à propos de l’Afrique du Nord, p. 92), et des villae là où il s’en trouve. L’obstacle de la taille est heureusement contourné, par le refus de fixer à l’échelle de l’empire des seuils quantitatifs ou des moyennes, qui n’ont de sens que dans le cadre d’enquêtes locales, et par l’abord de la réalité villageoise dans un continuum hiérarchisé qui va du hameau éventuellement qualifié de petit (expression qu’on espère tautologique, à propos de la Béotie médiobyzantine d’A. Avraméa, p. 219) à la ville en passant par la bourgade (éventuellement qualifiée de grosse, p. 15), les « grands », « moyens » et « petits » villages (p. 11 et 44-45). Sur cette base commencent les difficultés, et se déclinent tous les cas de figure, selon la région considérée et le type de sources (écrite ou archéologique). Ainsi, il est prudent de renoncer à enrichir la définition de deux éléments attendus sans examen préalable : la présence d’une église et le caractère ouvert de l’habitat. Parmi les bâtiments dits publics qui accompagnent parfois les habitations, l’église n’a en effet rien de systématique, il ne s’agit que d’un élément possible au sein d’autres structures d’usage collectif (bains, « auberge », presses, moulins, fours) ; quant à l’absence de fortification dans les périodes hautes, elle souffre de nombreuses exceptions (en Macédoine : A. Dunn, p. 268 ; en Dobroudja : E. Popescu, p. 374 ; en Anatolie : K. Belke, p. 429), tandis que l’on sait bien que le kastron des siècles postérieurs n’est pas forcément urbain. En revanche, la force de la dimension communautaire est partout relevée, qui fait l’autre différence avec l’Occident : l’historien la soulignait depuis longtemps face au fisc, mais on rappelle que le rôle du koinon ou de la koinotès dépasse le cadre de l’impôt et s’exprime aussi en matière de justice et de gestion des parties incultes du territoire ; et l’idée de collectivité ne disparaît pas quand, à partir du Xe siècle, les villages sont livrés aux grands propriétaires (A. Laiou p. 47, J. Lefort en Macédoine orientale p. 298, D. Kyritsès et K. Smyrlis pour la région de Smyrne, p. 446). Elle implique la nette perception d’un territoire villageois, c’est-à-dire d’un espace économique et juridique, dont les bornes sont connues et défendues.

3 Dans leur introduction, les É. distinguent les étapes d’une chronologie qui n’allait pas de soi il y a peu encore : « genèse et évolution » du IVe au milieu ou à la fin du VIe siècle, « transformations » de la fin du VIIe au Xe siècle, « croissance et abandons » du Xe au XIVe siècle – le hiatus qui sépare la première et la deuxième époque, s’il n’est pas dû à une faute de frappe, est révélateur de la difficulté à caractériser le VIIe siècle, dont l’appréciation varie considérablement selon les régions. Partout, le moment protobyzantin est réévalué à la hausse, là où les conditions de sécurité le permettent. P.L. Gatier évoque un « âge d’or » au Proche-Orient, que confirme Y. Hirschfeld à propos de la Palestine, qui connaît aux IVe-Ve siècles une forte croissance de l’habitat rural, non seulement sur les terres déjà occupées mais aussi dans des zones nouvellement gagnées à la culture ; même constat de prospérité en Italie méridionale (J.M. Martin et G. Noyé), en Grèce (A. Avraméa), en Macédoine (A. Dunn), à Chypre (M. Rautman), en Afrique du Nord même si le village n’est pas ici la forme dominante de l’habitat rural et si l’on y manque d’exemple archéologique (S. Ellis). Seul bémol, celui que fournissent les régions soumises aux invasions des Goths, puis des Huns ou des Slaves. Encore faut-il nuancer : si le choc fut semble-t-il durable en Chersonèse (A. Sazanov), il entraîna surtout une modification de structures dans les régions sub-danubiennes, manifestée par une mise en défense généralisée (E. Popescu) et un repli vers les hauteurs comme en Bulgarie. Malgré les difficultés, E. Popescu n’hésite pas à parler d’« une certaine prospérité » à propos de la Scythie mineure du VIe siècle. Certains proposent des explications à ce constat généralement positif. Ainsi Y. Hirschfeld invoque-t-il le climat, une hausse légère des précipitations ayant suffi à étendre la zone cultivable à l’est et au sud de la Palestine. Le droit a aussi sa part, avec l’incitation à la mise en culture de la législation sur les agri deserti.

4 Les « transformations » de la fin du VIIe au Xe siècle s’effectuent dans un contexte militaire dévaforable pour l’Empire, avec en toile de fond la ponction démographique de la peste de Justinien et de ses récurrences. Selon les lieux, elles permettent de juger de l’impact contrasté des conquêtes et des modifications environnementales. Le passage du Proche-Orient et de l’Égypte sous contrôle islamique n’affecte pas la continuité des villages. Au pire, l’activité rurale se maintient à un régime ralenti, comme en Syrie du Nord où des signes d’essoufflement étaient semble-t-il sensibles dès la deuxième moitié du VIe siècle. Au mieux, elle s’amplifie, comme dans la Jordanie d’A. Walmsley où l’attrait des villages s’était déjà fait sentir à la fin du VIe siècle, en alternative au modèle urbain promu par Justinien dans ce secteur, jugé « insoutenable ». La zone balkanique, surtout septentrionale, est en revanche durement éprouvée, à la fois par l’invasion et peut-être par le changement climatique, source de dégradation des sols et d’alluvionnement (A. Avraméa) : où l’on voit que les mêmes causes produisent des effets diamétralement opposés sur l’agriculture de l’Orient et celle de l’Occident. Chypre ne s’en tire pas mieux, dont les sites côtiers sont abandonnés au VIIe siècle, comme celui de Kopetra, subitement déserté vers 650, alors même que la population de l’île connaît sa première vague de déportations (M. Rautman). S’il faut chercher un trait commun à l’ensemble des terres byzantines occidentales durant cette période (Italie, Balkans, Afrique), il est dans la réduction du nombre d’habitats et dans la recherche de la sécurité par la fortification – celle de l’habitat lui-même ou celle d’enceintes-refuges qui n’ont pas vocation à être occupées de manière permanente – et le repli vers l’intérieur. Partout, il est aussi dans la ruralisation des cités, qui tend à gommer les différences d’aspect entre villes et villages et donne au réseau des villages une plus grande importance, même là où il connaît un temps de contraction. C’est ce qui permet à S. Ellis d’introduire une distinction supplémentaire intéressante entre l’Afrique d’une part, les Balkans et l’Orient de l’autre : les Balkans partagaient avec l’Anatolie et le Proche-Orient un semis de villages qui les a aidés à maintenir l’économie locale durant les périodes troublées, là où l’Afrique, terre où dominaient l’occupation et l’exploitation individuelle du sol sous forme de fermes et de « domaines », a subi de plein fouet la conquête arabe.

5 Sur les terres restées byzantines (Italie, Balkans et Anatolie), le IXe siècle voit s’inverser la tendance, à la faveur du retournement de la courbe démographique. S’ouvre alors une époque de croissance, qui est celle du village byzantin que l’on connaît le mieux : celui des historiens plutôt que celui des archéologues, celui aussi de la mainmise des grands propriétaires, souvent des monastères (à partir du Xe siècle), de l’affaiblissement de la dimension communale qui fait que chôrion ne désigne plus que l’habitat, celui enfin qui favorise la naissance de hameaux dépendants, souvent instables et à la durée de vie limitée. Les archives de l’Athos donnent la possibilité à J. Lefort de dresser une image détaillée du village de Macédoine orientale (de dix à cent feux, un territoire de 15 à 20 km2 dont un cinquième cultivé, des petites exploitations ne dépassant pas 4 ha de cultures), selon les axes qu’il avait lui-même (avec E. Patlagean et J.M. Martin) proposées aux auteurs – habitat (morphologie, groupement, techniques de construction), territoire et occupation du sol, population et production, évolution – et dont on trouvera le pendant pour l’Asie mineure grâce aux cartulaires locaux (Lembos, Stylos, Patmos : D. Kyritsès et K. Smyrlis). Les données archéologiques dans les Balkans et l’Anatolie permettent aussi de brosser un tableau de la culture matérielle à partir des objets métalliques ; sans surprise, puisque la civilisation agraire est la même, il offre peu de variantes, sinon pour certains types d’objets (lampes et croix), par rapport à ce qu’on connaît en Méditerranée occidentale (B. Pitarakis). Tout cependant n’est pas rose, et une fois encore joue le facteur militaire : sur le territoire bulgare, les attaques des Petchénègues provoquent un repli du village au sud de l’Hemus (B. Rašev, V. Din?ev et B. Borissov), démontrant s’il est besoin que l’un des facteurs de bouleversement de l’habitat est la guerre : on en trouvera confirmation au Proche-Orient, où l’occupation de la Syrie du Nord jusque-là continue fut interrompue aux Xe-XIIe siècles quand le Massif Calcaire fut pris dans les guerres entre Arabes, Byzantins et Francs.

6 La grande attention portée à l’information numismatique, en particulier aux espèces de bronze, permet, bien mieux qu’on ne pourrait le faire dans un Occident moins monétarisé, d’affiner et de corriger dans bien des cas les résultats fournis par l’analyse des seules données archéologiques ou écrites. L’abondance de monnaies du IVe siècle constatée un peu partout (en Thrace : E.S. Georganteli, en Scythie mineure : E. Popescu et E. Oberländer) et qui fournit souvent la référence pour juger en termes négatifs la distribution monétaire aux siècles postérieurs, est relativisée par H. Gitler et D. Weisburd à propos de la Palestine, à propos de laquelle ils montrent que le IVe siècle est une parenthèse (celle des décennies de la fondation de l’empire) entre deux temps « normaux » d’émission : rien d’étonnant dans ces conditions qu’elles continuent à circuler, alors que le monnayage des Ve-VIe siècles est plus limité. Mais la comparaison des milieux urbains et ruraux permet d’affiner le constat : en Syrie du Nord, la part des monnaies byzantines précoces est non seulement réduite par rapport à celle du IVe siècle, mais elle reste dans tous les cas plus faible en ville que dans les villages, ce qui montre une plus grande importance relative de ces derniers (T. Vorderstrasse). Partout, le VIIe siècle est un moment de faible monétarisation, qui selon les cas est apprécié diversement : au Proche-Orient, elle est compensée par la continuité d’usage des espèces antérieures et par la frappe de types bilingues, puis califaux ; à l’est des Balkans, le volume est non seulement réduit, mais il y a des hiatus chronologiques, dans un contexte où dès la deuxième moitié du VIe siècle, les campagnes n’avaient rien perçu des vagues inflationnistes tant les échanges avec la cité paraissent avoir été inexistants (E. Oberländer) ; pour le nord du Péloponnèse, B. Callegher va jusqu’à parler de démonétarisation. De manière générale, il faut attendre le IXe siècle pour retrouver une vraie circulation monétaire ; selon qu’on est au centre ou à la périphérie de l’empire, elle mettra plus ou moins de temps à se concrétiser dans la thésaurisation et dans l’usage quotidien du bronze dans les échanges entre paysans aussi bien qu’entre villages et villes.

7 Sans pouvoir rendre compte de toutes les facettes d’un volume aussi riche, signalons encore l’attention portée aux formes d’occupation du sol liées à l’élevage. Exposant les résultats de prospections dans les « marges arides » de Syrie du Nord, M.O. Rousset et C. Duvette mettent en évidence pour les Ve-VIe siècles une ligne nord-sud de villages disposant d’enclos desservis par des rues au contact entre la zone nomade orientale et la zone agricole de l’ouest, témoins d’une économie agropastorale et de marchés. L’habitat de huttes est évoqué à propos de la Bulgarie, de même que, pour la Serbie du XIVe siècle (qui n’est alors plus byzantine), les villages mobiles (katuni) des éleveurs nomades, qui se fixèrent au siècle suivant (L. Maksimovi? et M. Popovi?). L’élevage va par ailleurs de pair avec le maintien des distinctions ethniques, entre les Valaques éleveurs et les Serbes agriculteurs. On peut alors se demander si, au moins pour un temps, l’habitat distinct des Slaves et des Grecs que l’on observe en Macédoine (p. 18,290 et J. Rosser) n’a pas recoupé une différence d’activité.

8 Une réflexion sur l’artisanat n’est pas absente, et précieuse pour ce qu’elle peut apporter au thème de la diversification sociale à l’intérieur du village, mais il faut reconnaître qu’elle est difficile à mener, entre les pôles opposés du village syrien du Nord des Ve-VIe siècles, « égalitaire » et presque exclusivement voué à l’agriculture et à la transformation immédiate de ses produits – une situation que semble partager le Fayyoum du IVe siècle (R. S. Bagnall) –, et de la société rurale médiévale que l’on imagine plus composite. Il faut passer au XIVe siècle pour avoir des données précises sur les métiers et leurs fréquences en Macédoine (au minimum un artisan pour deux villages selon J. Lefort, p. 297 ; trois forgerons dans le village de Gomatou, 562 habitants, en 1300, p. 260). M. Panayotodi offre une contribution intéressante sur les peintres « amateurs » de village en Grèce méridionale. N’oublions pas non plus la possibilité de villages spécialisés, comme le « centre métallurgique » qui occupa les ruines de la ville hellénistique de Seuthopolis (Bulgarie) aux XIe-XIVe siècles (p. 360). De manière générale, ce thème de la production non agricole au village n’a pas beaucoup retenu les A., faute d’informations. La même remarque vaut pour les traces laissées par les notables : ici une maison plus grande au centre de l’habitat, là une différence de matériaux (pierre ou bois et argile), ailleurs la présence d’une vaisselle plus fine attestent certes de l’existence d’une couche sociale plus élevée, mais il faut le témoignage des textes, pour des époques et des régions généralement différentes de celles des enquêtes archéologiques, pour en savoir davantage.

9 La dimension culturelle et religieuse, enfin, est évoquée, avec quelques indications sur l’illettrisme des paysans (p. 298 et 448), et surtout par deux études sur la dévotion aux saints en Grèce et dans le Salento (S.E.J. Gerstel et L. Safran). La place des morts est aussi régulièrement signalée, par l’indication de l’existence éventuelle de nécropoles (parfois plusieurs pour un même village) sur les sites fouillés ou prospectés.

10 Éclairant au mieux la réalité villageoise de l’empire d’Orient dans sa diversité, le volume, augmenté d’un index des lieux, sera de consultation précieuse aussi bien pour les « occidentalistes » que pour les spécialistes d’histoire byzantine.

11 François BOUGARD


Date de mise en ligne : 22/07/2009

https://doi.org/10.3917/rma.152.0375zz