The Medieval crusade , éd. Susan J. RIDYARD, Woodbridge, Boydell, 2004 ; 1 vol., IX-177 p. (Sewanee Medieval Studies, 14). ISBN : 1-84383-087-6. Prix : GBP 35 ; USD 60.
- Par Jean Richard
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- RICHARD, Jean,
- Richard, Jean.
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https://doi.org/10.3917/rma.143.0647x
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1 Réunissant les actes d’un colloque qui s’est tenu en 2000 sous l’égide de l’University of the South, ce volume s’ouvre par une préface de J. Philipps ; celui-ci fait état du progrès dans l’historiographie actuelle, de la notion de la croisade considérée comme une guerre sainte menée « tous azimuths », au moins jusqu’au XVIe siècle, par rapport à la conception plus étroite d’une croisade initiée en 1095 et qui ne survécut guère après 1291. En fait, la dualité de ces deux points de vue n’est pas nouvelle (on la rencontre dès 1274 sous la plume d’Humbert de Romans) et les deux perspectives restent bien vivantes, la seconde insistant sur le caractère particulier d’une entreprise liée au pèlerinage et à son indulgence spécifique, dont on usa pour d’autres propos.
2 Le débat n’est sans doute pas clos. En tout état de cause, c’est surtout au domaine traditionnel que les travaux ici réunis s’attachent.
3 Deux études de R. Chazan nous mettent en présence des persécutions infligées aux communautés juives de Rhénanie lors de la première croisade. Un examen critique des sources juives souligne l’intérêt particulier de l’Anonyme de Mayence. Et l’A. note un certain parallélisme entre l’exaltation des croisés et celle des juifs, dont bon nombre assimilèrent leur épreuve à un sacrifice offert volontairement à Dieu. Il recherche d’autre part les origines de la polémique judéo-chrétienne qui renaît au milieu du XIIe siècle, en la plaçant en Espagne et dans la France du Midi, en liaison avec la reconquista et avec les efforts de conversion qui se manifestent alors.
4 Après J. Flori, J. Rubenstein reprend l’étude du personnage de Pierre l’Ermite en insistant sur l’aspect apocalyptique de la prédication de celui-ci, qui a influencé Guibert de Nogent en amenant celui-ci à l’introduire dans sa reconstruction du discours d’Urbain II. Tandis que C. McEvitt soumet à la critique le témoignage de Mathieu d’Édesse insistant sur les conflits entre Croisés et chrétiens d’Orient dans le comté d’Édesse, en constatant que les autres auteurs orientaux remarquent au contraire le caractère cordial de leurs relations, qui vont jusqu’à l’intercommunion.
5 Nous nous séparerions peut-être de lui à propos de l’interprétation du titre rex Latinorum Hierusalem où il voit l’affirmation du caractère national de la royauté franque tandis que nous sommes tenté d’y reconnaître la volonté de placer la nouvelle dynastie dans le prolongement de celle des rois de l’époque biblique.
6 Deux études traitent de la quatrième croisade en se complétant : T.F. Madden analyse les rapports du pape et de Venise en les prenant dès avant le départ de la croisade, Innocent III tendant dès lors à empêcher une attaque des Vénitiens contre le roi de Hongrie, lui-même croisé. Le pape maintint l’excommunication de ceux-ci du fait qu’ils conservaient Zara, tandis qu’il la levait à l’égard des croisés auxquels, après tout, Dandolo avait offert la seule possibilité qui leur permît de ne pas abandonner la croisade… Quant à A.J. Andrea, il s’attache à l’attitude du même pape à l’endroit de la conquête de Constantinople qu’il avait cherché à écarter, mais qui, une fois intervenue, lui apparut, dans une perspective qui doit beaucoup à Joachim de Flore, comme le prémice d’un retour à l’unité de l’Église annonçant la reprise de Jérusalem et la réalisation des prophéties. Sa déconvenue se marque dès mai 1205 quand il constate les réticences des Grecs et l’avidité des conquérants.
7 J. Riley-Smith s’est attaché à l’ordre du Temple et à la réalité des accusations portées contre lui, certainement très exagérées, mais qui révèlent que l’ordre avait grand besoin d’une réforme ; certains points de la règle étaient oubliés (l’urgence d’acheminer des renforts avait fait, par exemple, disparaître le noviciat). Ses structures, moins élaborées que celles de l’Hôpital, souffraient de la faiblesse de la chaîne de commandement et de l’insuffisance de son articulation. Mieux adapté, l’Hôpital a pu surmonter une crise qui le menaçait aussi.
8 Nous quittons l’Orient avec W.E. Rogers, qui retrouve l’écho de la « croisade urbaniste » menée en Flandre par Henry Despenser dans la critique de la croisade qu’on rencontre dans l’œuvre de Langland, avant de passer, avec K. DeVries, au milieu du XVe siècle et à la défaillance de Philippe le Bon face à la réalisation de son vœu de croisade. Elle y voit surtout sa réticence à s’engager dans cette expédition dès lors que Charles VII n’entendait pas s’y associer – éventualité qu’il avait cependant envisagée lors du banquet du Faisan, mais que l’hostilité que lui témoignait son suzerain l’empêchait de négliger.
9 Ces points de vue et ces approfondissements de questions débattues retiendront l’attention. Les spécialistes ainsi réunis, par delà la variété des sujets et l’ampleur du champ des recherches, nous apportent d’utiles éclairages sur la croisade, sous ses deux acceptions.
10 Jean RICHARD