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Compte rendu

Wilfrid BESNARDEAU, Représentations littéraires de l’étranger au XIIe siècle. Des chansons de geste aux premières mises en roman, Paris, Champion, 2007 ; 1 vol., 872 p. (Nouvelle bibliothèque du Moyen Âge, 83). ISBN : 978-2-7453-1508-3. Prix : € 145,00.

Page XXVII

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  • Guidot, B.
(2008). Wilfrid BESNARDEAU, Représentations littéraires de l’étranger au XIIe siècle. Des chansons de geste aux premières mises en roman, Paris, Champion, 2007 ; 1 vol., 872 p. (Nouvelle bibliothèque du Moyen Âge, 83). ISBN : 978-2-7453-1508-3. Prix : € 145,00. Le Moyen Age, Tome CXIV(2), XXVII-XXVII. https://doi.org/10.3917/rma.142.0369za.

  • Guidot, Bernard.
« Wilfrid BESNARDEAU, Représentations littéraires de l’étranger au XIIe siècle. Des chansons de geste aux premières mises en roman, Paris, Champion, 2007 ; 1 vol., 872 p. (Nouvelle bibliothèque du Moyen Âge, 83). ISBN : 978-2-7453-1508-3. Prix : € 145,00. ». Le Moyen Age, 2008/2 Tome CXIV, 2008. p.XXVII-XXVII. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-le-moyen-age-2008-2-page-XXVII?lang=fr.

  • GUIDOT, Bernard,
2008. Wilfrid BESNARDEAU, Représentations littéraires de l’étranger au XIIe siècle. Des chansons de geste aux premières mises en roman, Paris, Champion, 2007 ; 1 vol., 872 p. (Nouvelle bibliothèque du Moyen Âge, 83). ISBN : 978-2-7453-1508-3. Prix : € 145,00. Le Moyen Age, 2008/2 Tome CXIV, p.XXVII-XXVII. DOI : 10.3917/rma.142.0369za. URL : https://shs.cairn.info/revue-le-moyen-age-2008-2-page-XXVII?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rma.142.0369za


1 Si les communautés modernes se soucient d’intégration, la société médiévale organise, quant à elle, l’exclusion de certaines classes d’hommes (cf. le livre d’U. Robert). Le sujet de W. Besnardeau est central pour comprendre les mentalités du Moyen Âge. D’entrée de jeu, il définit clairement son corpus, précise ses critères d’évaluation et ses intentions (notamment analyser de quelle manière l’image de l’étranger évolue au cours du XIIe siècle) et ne tarde pas à souligner la spécificité de l’approche littéraire. « La notion d’étranger n’est limitée ni dans le temps ni dans l’espace. » (p. 7). Il faut tenir compte des « civilisations » et surtout du « groupe qui sert de référence ». En général, on aboutit à une « définition négative ». Historiens, juristes et sociologues peuvent avoir leur mot à dire, la discrimination étant liée à tout un ensemble de préjugés dans l’imaginaire collectif. Si le territoire est important, il serait abusif de songer à la nation (l’esprit national n’existe pas encore au XIIe siècle). Sur le plan du vocabulaire, la littérature a privilégié le terme estrange.

2 D’esprit minutieux, l’A. de l’ouvrage aime travailler sur des détails significatifs, ce qui l’a conduit à délimiter strictement le corpus de sa recherche. Un plus grand nombre de textes étudiés aurait permis d’aboutir à des fresques plus convaincantes. Dans un premier temps, W.B. a décidé de se tourner vers la chanson de geste qui est « affaire de mémoire communautaire » (p. 10), liée à une « célébration collective ». De son point de vue, il analyse la Chanson de Roland et le noyau primitif du Cycle de Guillaume d’Orange. Pour mieux mesurer l’évolution des mentalités médiévales, il se penche aussi sur trois œuvres plus tardives : Aliscans, la Prise d’Orange et Raoul de Cambrai. Il songe ensuite au roman, « plutôt placé sous le signe de la réflexion individuelle et distanciée » (p. 11), choisissant le Roman de Thèbes, Énéas et se livrant à des incursions dans le Roman d’Alexandre. L’intention est de bien prendre en compte « la distance qu’introduit l’image », ainsi que les traditions artistiques et culturelles (qui peuvent déformer toute représentation de l’autre), le contenu symbolique et l’éventuelle portée idéologique. En fait, « dire l’étranger c’est se dire et c’est mener une réflexion sur la relation à autrui… » (p. 14).

3 « Percevoir l’autre, tâcher de l’appréhender, c’est d’abord le nommer puis le caractériser… » (p. 19). Il s’agit d’uniformiser l’approche ethnocentrique qui va reculer au cours du XIIe siècle : dans leur désir de simplifier à l’extrême, les A. font parler les étrangers comme des chrétiens. On note une recherche d’amalgames, des jeux d’échos liés aux stéréotypes, des réductions et de constantes simplifications. Celui qui nomme révèle sa mentalité et ses préjugés. De fait, la « typologie de l’étranger épique » (p. 145-252) repose sur des réflexes de caractérisation ancrés dans les esprits ; c’est ainsi qu’interviennent motifs rhétoriques, clichés, fantasmes, parfois déguisements, correspondant à des codes descriptifs, avec possible jeu sur l’identité.

4 Faisant preuve d’une subtilité digne d’éloges, W.B. a su trouver les formules qui, se répondant et s’opposant, expriment le chassé croisé social. C’est de l’ordre de la pirouette ou du clin d’œil : l’étranger en voie d’intégration et l’indigène en voie de marginalisation : tout le sujet de la deuxième partie, « L’étranger épique : les brouillages » (p. 253-483). La mutation d’un individu d’origine étrangère est un parcours rassurant pour le monde chrétien ; dans le corpus étudié, Orable et Rainouart en sont l’illustration. Mais le poète peut inverser les schémas habituels (voir le cas de Bernier et de Julien dans Raoul de Cambrai). D’ailleurs, tous les étrangers ne sont pas figés dans un rôle d’ennemis ; il n’empêche, malgré les rituels de passage, intégration n’est pas assimilation. La représentation épique de la société est figuration idéale ; certains chrétiens ne se conformant plus aux valeurs dominantes sont rejetés, mais les œuvres de la fin du XIIe siècle, prenant conscience que « la notion d’identité est fluctuante », rapprochent les peuples autrefois radicalement antagonistes : ouverture à l’autre, encore ponctuelle et balbutiante.

5 Dans les romans antiques, s’il existe des « survivances épiques » (p. 549-689), la figure de l’étranger est valorisée, ce qui conduit à faire une lecture politique des œuvres : l’ambiguïté et l’ambivalence aboutissent à la naissance d’une « figure de fondateur mythique » (comme Énée). C’est surtout en se plongeant dans ces premières mises en prose que le lecteur est saisi d’une sorte de fascination à l’égard de l’autre ; grâce au pouvoir de la transfiguration littéraire, au lieu d’être objet de haine ou de distance méprisante, l’étranger, transformé en possible modèle, devient miroir de soi. En revanche, il est vrai aussi que la peinture de l’étranger, parfois poussée vers l’exagération et la démesure inappropriée, peut faire naître rire et sourire, la dérision de l’autre, révolte contre une personnalité gênante, étant parfois d’une cruauté redoutable.

6 La Bibliographie sélective (p. 829-854) est sérieuse, bien informée dans le domaine éditorial et en histoire ; de bonnes investigations aussi dans le maquis des études littéraires. De rares erreurs : on trouve ainsi « Bercovi-Huard C. », au lieu de « Bercovici-Huard C. », p. 845, et « Maroldo A. », au lieu de « Moroldo A. », p. 841. Deux index (Index des noms d’étrangers présents dans nos chansons de geste, p. 855-859, et Index des noms d’étrangers présents dans nos mises en prose, p. 861-865), précieux pour effectuer des recherches ponctuelles, complètent utilement ce gros ouvrage à qui on pourra reprocher quelques redites ici ou là, mais qui témoigne de la compétence de W.B. et d’une maturité scientifique déjà affirmée.

7 Bernard GUIDOT


Date de mise en ligne : 14/11/2008

https://doi.org/10.3917/rma.142.0369za