La dérision au Moyen Âge. De la pratique sociale au rituel politique. Actes de la journée d’études Pratiques de la Dérision au Moyen Âge, Paris-Sorbonne, 29 novembre 2003, sous la dir. d’Élisabeth CROUZET-PAVAN et de Jacques VERGER, Paris, Presses de l’Université Paris-Sorbonne, 2007 ; 1 vol., 292 p. (Cultures et civilisations médiévales). ISBN : 978-2-84050-449-8. Prix : € 24,00.
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Citer cet article
- FARGETTE, Séverine,
- Fargette, Séverine.
- Fargette, S.
https://doi.org/10.3917/rma.142.0369x
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1 L’introduction précise d’emblée que l’étude de la dérision n’a rien de futile ni d’anachronique au Moyen Âge ; la dérision s’apparente à une véritable « moquerie non dépourvue de méchanceté cherchant non seulement à faire rire, mais à humilier, à discréditer, voire à annihiler, au moins symboliquement, celui ou ceux qu’elle vise ». Cette arme s’avère d’autant plus cruelle que, dans les sociétés médiévales, l’individu « existe d’abord dans le regard des autres » et qu’il dépend de son honneur et de sa réputation. Les seize communications réunies dans ce volume traitent avant tout de ce duel social et politique, mais l’abordent sous des angles très différents. Elles sont distribuées en trois parties distinctes.
2 La première, intitulée Visages sociaux de la dérision, comprend six interventions. Dans Sainte Foy et les quadrupèdes d’après Bernard d’Angers et ses continuateurs, D. Barthélemy montre que les récits de miracles prennent souvent « un tour plaisant et piquant ». P. Ménard aborde la question de l’humour, de l’ironie et de la dérision dans les chansons de geste. P. Magdalino, dans Tourner en dérision à Byzance, explique que la dérision à Byzance reste un héritage antique et que celle-ci, toujours nuisible, vise à humilier les modestes comme les puissants. Dans Rites d’initiation et conduites d’humiliation, J. Verger rappelle que la dérision anime le bizutage des béjaunes dans les universités médiévales. L. Vissière, dans Des cris pour rire ? Dérision et autodérision dans les cris de Paris (XIIIe-XVIe siècles), fait revivre le paysage sonore des rues de Paris, animé par les cris comiques et dérisoires des marchands ambulants. Enfin, L. Martines présente les différents visages sociaux de la dérision dans les novelle et la poésie satirique de la Renaissance.
3 La deuxième partie, Rituels politiques et judiciaires, regroupe huit interventions. B. Caseau, dans Rire des dieux, explique que, d’après Eusèbe de Césarée, Constantin exposa des statues des dieux grecs sur les places publiques de Constantinople afin de ridiculiser ces croyances païennes. Dans l’ennemi introuvable ou la dérision impossible dans les villes des terres du nord, É. Lecuppre-Desjardin montre que la dérision sert à disqualifier l’ennemi politique et militaire. G. Lecuppre, dans le roi et le singe couronné, étudie l’efficacité de la dérision comme arme de propagande politique. À partir des sources toscanes du XIIIe et XIVe siècles, I. Taddei s’attaque à la dérision, politisée et ritualisée, qui accompagne les luttes incessantes entre les Communes guelfes et gibelines. J.C. Maire-Vigueur rappelle, à partir de l’exemple de l’Italie communale, que l’usage des mots pour blesser et railler fait partie depuis toujours des rivalités politiques. Dans La queue de l’âne, R. Villard s’intéresse au visage cruel et violent de la dérision en Italie, lors des charivaris. A. Zorzi expose le rôle de la dérision dans les peines infâmantes et les exécutions capitales, également dans le cadre italien. Dans En grand esclandre et vitupere de nostre majesté, R. Telliez révèle que les archives judiciaires regorgent d’affaires où la dérision est « un instrument de contestation » de l’autorité publique et royale ; les agents publics deviennent ainsi les cibles privilégiées de la dérision et voient leur prestige avili.
4 La troisième partie, De la dérision à la compassion, réunit deux A., J.C. Schmitt, qui évoque les représentations iconographiques de la dérision, et J.M. Moeglin, qui analyse le rituel de la corde au cou comme acte de pénitence publique permettant le rachat de l’honneur blessé.
5 Severine FARGETTE