La Suite du Roman de Merlin, trad. Stéphane MARCOTTE, Paris, Champion, 2006 ; 1 vol. in-8°, 936 p. (Traductions des Classiques du Moyen Âge, 70). ISBN : 2-7453-1178-6. Prix : € 19,00.
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Citer cet article
- TOURY, Marie-Noëlle,
- Toury, Marie-Noëlle.
- Toury, M.-N.
https://doi.org/10.3917/rma.142.0369zzq
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- Toury, M.-N.
- Toury, Marie-Noëlle.
- TOURY, Marie-Noëlle,
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1 L’ouvrage s’ouvre sur une substantielle Introduction assortie de nombreuses notes et suivie d’une bibliographie qui fait état des éditions et des traductions des différentes suites du Merlin, des éditions du Merlin citées dans le texte et de leurs traductions, enfin des études sur la version française des suites du Merlin. Après le texte viennent deux index, l’un mentionne les personnages désignés par leur nom, leur titre ou un sobriquet, les anonymes, les animaux, les végétaux, les lieux, noms propres et noms communs, le calendrier, les allégories, notions abstraites et motifs arthuriens, les objets et matières. L’autre index signale les auteurs et les œuvres cités dans le texte ainsi que les références bibliques, littéraires et mythologiques. Enfin quelques dernières pages sont consacrées à des notes additionnelles.
2 La traduction, excellente, est à la fois élégante et précise. Ce double souci se manifeste dans des notes très abondantes où l’A. discute, dans les passages délicats, les différentes interprétations avancées par G. Roussineau, éditeur du texte, par H. de Briel et E. Baumgartner, respectivement traducteurs du Roman de Merlin l’enchanteur et de Merlin l’enchanteur ou le livre du Graal. Il se réfère, pour justifier ses choix, soit à la syntaxe (n. 165 entre autres, où il retient deux traductions possibles), soit au simple bon sens (n. 168), soit encore à certains éléments du texte, voire à un autre ms. (n. 171), ou au vocabulaire (n. 176 et 272) et à d’autres romans de la littérature médiévale, souvent le Merlin (n. 219), mais aussi le Tristan en prose (n. 241), la Mort Artu, (n. 273), etc. Les exemples, très nombreux, pourraient facilement être multipliés. Un regret cependant : pourquoi ces « messieurs » qui émaillent le texte (par exemple p. 445,463,629, etc.), alternant avec « seigneurs chevaliers » et qui semblent s’adresser à un conseil d’administration ou « monsieur le chevalier » (p. 579,863, etc.) qui exhale un parfum de mousquetaire ? pourquoi ce « cheval de promenade » (p. 533) alors que « palefroi » est parfaitement compréhensible ? On peut trouver dommage qu’une aussi bonne traduction s’alourdisse de quelques mots qui, en la modernisant par trop, lui retire un peu de son charme.
3 L’introduction apporte tout d’abord une précision sur la date du texte (v. 1235-1240), indique qu’il fait suite au Merlin de Robert de Boron mais que celui-ci n’est pas l’auteur de la Suite, puis fait un résumé du Merlin, très utile pour aborder sa Suite, laquelle se situe au tout début du règne d’Arthur. L’A. signale deux autres suites : la Suite-Vulgate (1230/1245) et le Livre d’Artus (1240) qui parlent surtout des guerres d’Arthur. Il résume d’une image le texte, « fil tendu entre l’essor et la chute » du royaume arthurien et montre que le livre est destiné à faire connaître à la postérité les prodiges et la gloire du royaume de Logres : la personnalité d’Arthur, jeune et ambitieux, désireux d’immortalité, y concourt, tout comme Merlin qui multiplie les signes à laisser aux générations futures et demande au roi de faire consigner toutes les aventures des chevaliers errants, obsédés à la fois par la prouesse et la mort. La crainte de la mort, omniprésente, car la plupart des personnages ont un destin tragique, est apaisée par la résignation plus que par la foi. Et l’amour apparaît comme une force éminemment dévastatrice. Cependant la fatalité qui préside à nombre de malheurs est compensée par l’exaltation de la liberté de l’homme qui est toujours placé devant un choix que n’orientent pas la prescience divine ni même les prophéties de Merlin. Victime lui aussi de l’amour en toute connaissance de cause, Merlin disparaît et Arthur assume pleinement ses fautes, ce qu’il fallait pour que l’histoire du royaume de Logres puisse aller librement à son terme.
4 Marie-Noëlle TOURY